VIDEO. Mort de France Gall: Dix tubes qui ont marqué la chanson française

MUSIQUE Le répertoire de l’artiste, décédée ce dimanche matin à Paris à 70 ans, est riche de classiques de la chanson française…

Anne Demoulin

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France Gall dans l'émission «Formule un» sur TF1.

France Gall dans l'émission «Formule un» sur TF1. — CHAUSSE/TF1/SIPA

France Gall, décédée ce dimanche matin à l’âge de 70 ans, doit ses succès à la plume des plus grands auteurs et compositeurs. Au début des années 1960, outre son père, Robert Gall, le compositeur de Sacré Charlemagne, la femme-enfant chante entre autres les œuvres de Gérard Bourgeois, Joe Dassin ou Pierre Delanoë.

Les textes riches, parfois sombres, souvent à double sens, écrits par Serge Gainsbourg et porté par l’innocence de la jeune France, vont lui permettre de s’installer durablement dans le répertoire de la chanson française. Elle se battra ensuite avec détermination pour collaborer avec un autre grand auteur-compositeur, Michel Berger. Ils enregistreront ensemble quelques-uns des plus grands albums de la chanson française et auront deux enfants, Pauline et Raphaël. 20 Minutes vous propose une sélection des plus beaux tubes de la chanteuse signés Serge Gainsbourg ou Michel Berger.

« Laisse tomber les filles » (Serge Gainsbourg, 1964)

France Gall a relancé la carrière de Serge Gainsbourg. Au début des années 1960, en pleine euphorie de la vague yéyé, l’homme à tête de chou peine dans l’industrie du disque. Son directeur artistique, Denis Bourgeois, lui propose d’écrire pour la jeune vedette. Le compositeur signe un ironique N’écoute pas les idoles sur le 2e 45 tours de la chanteuse. Le titre se place en tête du hit-parade en mars 1964. « J’ai retourné ma veste le jour où je me suis aperçu qu’elle était doublée de vison », dira plus tard Gainsbarre.

Dans sa seconde œuvre pour la « Lolita Française », le tube Laisse tomber les filles, le chant vindicatif de France est soutenu par un déploiement des cuivres et des percussions de l’équipe de jazzmen guidés par Alain Goraguer (« Gogo »), la même équipe avec laquelle Gainsbourg enregistre à l’époque. Un « french pop sound » qui conquit les Anglo-saxons. La reprise en anglais de l’Américaine April March, sous le titre Chick Habit, figure sur la bande originale de nombreux films.

« Poupée de cire, poupée de son » (Serge Gainsbourg, 1965)

Même si le 45 tours s’écoule à plus de 2 millions d’exemplaires dans le monde, France Gall n’a jamais été fan de Sacré Charlemagne : « J’en étais malade, je me souviens, je n’aimais pas du tout ça », confiera-t-elle à Laurent Boyer dans Fréquenstar le 25 avril 1993. La même année en 1965, elle représente le Luxembourg au Concours Eurovision de la chanson. Parmi les 10 titres qu’on lui propose, elle choisit Poupée de cire, poupée de son, un texte où Serge Gainsbourg n’hésite pas à la présenter comme un pantin dont d’autres tirent les ficelles. A Naples, le 20 mars 1965, les répétitions sont huées, Gainsbourg, furieux, claque la porte et menace de retirer sa chanson du concours.

Le même soir, devant 150 millions de téléspectateurs, la voix tremblante et le teint pâle, France Gall interprète sa chanson, plébiscitée par le jury à la majorité absolue, d’une voix mal assurée. La chanteuse devient une star internationale et enregistre le morceau en japonais, italien et en allemand.

« Les Sucettes à l’anis » (Serge Gainsbourg, 1966)

Une chanson au goût amer. Les Sucettes à l’anis vont entacher la collaboration Gainsbourg/Gall. Pour la gagnante de l’Eurovision, Annie est une fillette qui aime les sucreries, alors que pour Serge, Annie est une lolita qui aime le gamahuchage. Quand le tube sort au printemps 1966, France Gall se trouve au Japon, auréolée de son récent succès à l’Eurovision. Le titre fait un carton, mais déclenche aussitôt un énorme tollé.

La pauvre France Gall s’apercevra bien trop tard de ce qu’elle venait de chanter : « Je n’en comprenais pas le sens et je peux vous certifier qu’à l’époque personne n’en comprenait le double sens », a indiqué France Gall lors d’un grand entretien accordé aux lecteurs du Parisien, dans le cadre de la sortie de sa comédie musicale Résiste.

« La Déclaration d’amour » (Michel Berger, 1974)

France Gall croise pour la première fois Michel Berger lors d’une séance photo pour Salut les Copains avec Jean-Marie Périer en 1966. Lorsqu’en 1973, en pleine traversée du désert, elle lui demande une chanson, Michel Berger décline avec le sourire. France Gall ne lâche pas l’affaire, obtient les coordonnées de l’artiste et lui fait « livrer des croissants de chez Fauchon », selon l’écrivain et biographe Alain Wodras­cka dans son livre Douce France, paru en octobre 2015. La suite, on la connaît. Ils ne se quitteront plus.

La Déclaration d’amour est la première chanson écrite par Michel Berger pour France Gall. « J’attendais tellement de cette première fois que quand il m’a joué la chanson au piano, j’ai été… comment dire… un peu déçue, expliquait-elle en 2004 dans son anthologie Évidemment. Je rêvais d’une chanson rythmique, et me voilà avec une sensuelle déclaration. » Un contretemps qui ne les empêchera pas de se marier deux ans plus tard, en 1976.

« Ça balance pas mal à Paris » (Michel Berger, 1976)

Un cadeau prénuptial ! Michel Berger consacre son Numéro 1, diffusé le 22 mai 1976 sur TF1, à l’écriture d’une comédie musicale, Émilie ou la Petite Sirène 76, inspirée du célèbre conte d’Hans Christian Andersen. Son héroïne est évidemment sa compagne, France Gall. « C’est la date de cette émission qui a déterminé la date de notre mariage un mois plus tard », écrira la chanteuse dans les livrets de son anthologie Évidemment sortie en 2004. Les deux artistes se marient effectivement le 22 juin 1976, le duo du couple, Ça balance pas mal à Paris, deviendra un des succès de l’été 1976.

« Musique » (Michel Berger, 1977)

Sous l’impulsion de Berger, France Gall monte sur la scène du théâtre des Champs-Élysées en 1978, avec un spectacle intitulé Made in France. Musique est le premier titre d’un show où les seuls garçons à partager la scène avec les musiciennes, les danseuses et la chanteuse, sont deux chanteurs travestis brésiliens, Les Étoiles. Une idée jugée un peu trop audacieuse à l’époque. Le morceau deviendra l’hymne de l’émission Star Academy 2en 2002, l’année où Nolwenn Leroy remporta le télécrochet.

« Si maman si » (Michel Berger, 1977)

Une chanson sur le mal-être, le second extrait de l’album-concept Dancing Disco (1977). Reprise à maintes reprises, notamment en novembre 1980 par Coluche, accompagné par Michel Berger au piano, dans l’émission télévisée Numéro 1, elle a été adaptée par le rappeur La Fouine en 2012.

« Besoin d’amour » (Michel Berger, 1978)

Une chanson écrite par Luc Plamondon et composée par Michel Berger pour le premier opéra-rock français de l’histoire, Starmania. Besoin d’amour, raconte le coup de foudre entre le rockeur Johnny Rockfort, joué par Daniel Balavoine, et Cristal, la présentatrice vedette de la télé campée par France Gall.

« Résiste ! » (Michel Berger, 1981)

La face B du 45 tours Tout pour la musique. Résiste aura les honneurs de la face A d’un autre 45 tours, pressé illico, compte tenu de son succès. La chanson deviendra, au fil des années, la plus emblématique des chansons écrite par Michel Berger pour France Gall, au nom d’une génération qui espérait améliorer le monde en s’engageant.

Le morceau donnera son titre à la comédie musicale de 2015 qui célèbre les mélodies de Michel Berger et l’époque des Chanteurs pour l’Éthiopie, des Restos du cœur par Coluche, de « Touche pas à mon pote », le slogan de SOS Racisme, et des colères de Renaud et de Balavoine.

« Ella, elle a » (Michel Berger, 1987)

Une chanson en hommage à la chanteuse de jazz Ella Fitzgerald, et un immense succès, puisque le titre, s’est vendu à 1,5 million d’exemplaires dans le monde, dont 452.000 ventes rien qu’en France.