«Black Mirror»: Pubs, traques et données personnelles… Dans l'avenir technologique, les pauvres vivront un enfer

CAUCHEMAR A l’occasion de la diffusion de la saison 4 de « Black Mirror » le 29 décembre prochain, on explore les futurs dystopiques… 

Laure Beaudonnet

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Illustration des données personnelles

Illustration des données personnelles — SEBASTIEN SALOM-GOMIS/SIPA

  • La saison 4 de Black Mirror est diffusée sur Netflix à partir du 29 décembre.
  • A la réalisation des six épisodes, on trouve des stars telles que Jodie Foster, Toby Haynes, John Hillcoat.
  • Pour l’occasion, 20 Minutes a décidé de plonger dans l'actualité du cauchemar technologique.

Vendredi 27 décembre 2030, 7h30. Votre maison intelligente allume progressivement la lumière pour vous réveiller, vous entendez le chant des oiseaux à travers les enceintes, votre petit-déjeuner est servi sur la table selon vos goûts alimentaires. Votre maison anticipe tous vos désirs -que vous avez préalablement paramétrés-, vous indique les rendez-vous de votre journée et vous informe si votre aînée dort toujours. Un rêve… si vous avec beaucoup d’argent.

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L’idéal des riches ou l’enfer des pauvres ?

Pour les moins aisés, la réalité a tout l’air d’un cauchemar où vous vous faites piller vos données personnelles, spamer par des publicités intempestives, traquer par des robots. Et tous ces inconvénients vous assurent un minium de confort. « Une infime partie de la population pourra s’offrir les nouvelles technologies et, suivant le même modèle qu’aujourd’hui, vous pourrez accéder à des services sans payer, mais la gratuité n’est jamais sans contrepartie », note Andra Keay, directrice de la Silicon Valley Robotics, une association d’industriels qui promeut l’innovation et la commercialisation des technologies robotiques.

Jon Hamm dans l'épisode White Christmas de «Black Mirror»
Jon Hamm dans l'épisode White Christmas de «Black Mirror» - Zeppotron/Channel 4

Fondatrice de Robot Launch, le premier concours mondial de robotique, elle avait décrit le futur dystopique pendant le Web Summit de Lisbonne. L’enfer technologique pour les plus pauvres verra le jour en 2030. On rembobine au vendredi 20 décembre 2030, 7h30.

Vous gagnez le Smic et, pour accéder à votre calendrier et à vos données, vous devez écouter cinq publicités et renvoyer cinq avis. Tout le monde dans votre famille doit s’y soumettre mais vous en faites un peu plus pour obtenir des privilèges comme le contrôle parental. Si les plus pauvres pourront sans doute accéder aux mêmes services que les plus riches, ils devront tirer un trait sur leur vie privée et céder leurs données personnelles. Leur ADN servira à la science, seul moyen d’obtenir des soins de santé. Ils crouleront sous les publicités holographiques dans les magasins, ils devront répondre à des sondages, laisser des commentaires, noter des services, prendre des selfies pour des marques… Ils n’auront aucun répit.

La spirale des bulles à filtres

En 2030, les androïdes, comme les robots-vendeurs qu’on voit déjà dans les rayons de certains magasins- seront minoritaires. Les robots qui auront le plus d’impact dans nos vies -en dehors de ceux qui serviront à augmenter la productivité dans la grande distribution- seront beaucoup plus discrets qu’on ne le pense. « Nous ne les remarquerons pas, notre maison sera remplie d’appareils intelligents qui agiront comme nous leur avons enseigné. Vous leur direz : "Je veux du thon" et ils se débrouilleront pour vous trouver du thon », décrit Andra Keay. L’automatisation des choses va augmenter.

Et, ne vous méprenez pas, les riches ne seront pas complètement épargnés. « Il y a un effet pervers inhérent à l’automatisation. Quand vous faites passer le confort avant la transparence, vous renoncez à comprendre comment tout cela fonctionne. Vous pourriez être aspiré dans une spirale où vous ne voyez qu’une partie du monde », insiste Andra Keay.

Des algorithmes trop complexes pour être comprises

Les filtres sont déjà une réalité, les informations auxquelles on accède sur Internet « sont le résultat d’une personnalisation mise en place à notre insu », expliquait l’activiste Eli Pariser, qui a inventé le concept de bulle à filtres en 2011. L’internaute pense avoir une vision objective de la réalité, ce qui est absolument faux et c’est le principal danger de ce filtrage.

 

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« Les dispositifs technologiques sont si complexes que même les experts n’ont plus la possibilité de comprendre l’algorithme à partir duquel ils construisent. Si bien que, eux-mêmes, ne voient plus qu’un seul fragment de cet ensemble de données, conclut Andra Keay. Nous obtenons une situation où nous ne voyons qu’une partie de la structure sur laquelle nous développons nos systèmes, celle à laquelle nous avons accès ». Plus personne n’a une vue d’ensemble de cette réalité. On ne voit plus que par le petit bout d’une lorgnette et toutes nos interactions virtuelles nous maintiennent dans nos croyances. Êtes-vous sûrs d’avoir pris la décision de lire cet article ? Le cauchemar n’est déjà plus très loin.