Ce jeudi après midi, des gouttes de pluie s’abattent sur la vitrine du magasin de disques. Comme pour prévenir de l’ambiance qui règne à l’intérieur de Culture Factory, situé dans le 15e arrondissement parisien, depuis la mort de Johnny Hallyday. Il faut dire que le lieu est un repère pour les fans du chanteur, car Culture Factory n’est pas un simple disquaire, mais édite des vinyles et des CD en séries limitées. « On s’attendait à son décès, mais l’annonce de sa disparition a été un choc », confie Eric Mareska, directeur marketing du label.

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Depuis mercredi, il n’arrête pas : « le téléphone sonne sans cesse. Les gens nous appellent pour commander des albums ou pour simplement parler ou  pour pleurer », confie-t-il. A l’autre bout du magasin, son collègue est justement pendu au téléphone avec un admirateur de la star, manifestement bouleversé : « Vous avez raison, Johnny a accompagné les gens pendant toute leur vie. C’était un immense artiste qui va laisser un grand vide », déclare le disquaire à son interlocuteur, avant d’évoquer les différents albums de légende de la star. « Si la mort de Johnny a une telle résonance, c’est parce que cet artiste représentait la liberté. Dans ses choix musicaux, dans sa manière de vivre… Et il faut l’avoir vu sur scène pour comprendre l’aura du personnage et la fascination du public à son égard », commente Eric Mareska.

« On ne veut pas se faire un maximum d’argent avec la mort de Johnny »

Dans les bacs du magasin, toutes les époques musicales du chanteur aux plus de 100 millions de disques vendus sont représentées sous une soixantaine de références. « Mais les fans viennent surtout nous acheter ses vieux albums, que nous avons réédités à l’identique. En ce moment, c’est le vinyle de l’enregistrement du premier passage télé de Johnny avec la célèbre présentation de Line Renaud qui est demandé », précise le disquaire. Et les collectionneurs viennent parfois de loin pour faire un tour dans le magasin. L’occasion pour certains d’eux de faire une razzia Une clientèle éclectique qui va « du notaire à la retraite à l’étudiant », décrit Eric Mareska.

Des pochettes d'albums de Johnny chez Culture factory.
Des pochettes d'albums de Johnny chez Culture factory. - D.Bancaud/20minutes

Un jeune homme entre justement dans la boutique et demande un double coffret best of du chanteur pour l’offrir à son père. « Désolé, mais on ne l’a plus », annonce le disquaire au client dépité. « Nos produits ne sont édités qu’à 500 ou 1.000 exemplaires, on ne les refabrique jamais », explique Eric Mareska. Et pas question pour lui d’exploiter le surcroît de demande que va entraîner le décès de la star : « On a jamais surfé sur la maladie ou la mort d’un artiste. On refuse d’anticiper la demande et d’augmenter nos prix. On ne veut pas se faire un maximum d’argent avec la mort de Johnny. Si c’était le cas, ses fans nous en voudraient ». D’ailleurs sur les plateformes musicales, les téléchargements des chansons et albums de Johnny se sont déjà envolés. Les écoutes des titres du chanteur avaient grimpé de 4.400 % sur Deezer, au cours de la journée de mercredi et de 5.045 % sur Spotify.

La boutique risque d’être très fréquentée samedi

Les disquaires s’attendent d’ailleurs à une grosse journée samedi, jour de l'«hommage populaire» qui sera rendu à la star sur les Champs-Elysées. « J’étais au téléphone avec un fan qui habite dans le Sud. Il m’a déjà dit qu’il ferait le voyage jusqu’à Paris. C’est sûr que ce sera une journée mémorable, non seulement pour ses fans, mais aussi pour tous les passionnés de musique », commente Eric Mareska, avant de renseigner une cliente.