Mort de Johnny Hallyday: «Son succès couvre quasiment trois générations, c'est rarissime»

INTERVIEW Jean-François Brieu, auteur du livre « Johnny Hallyday: Une passion française », analyse l'empreinte laissée par le rockeur, décédé ce mercredi à l’âge de 74 ans...

Propos recueillis par Clio Weickert

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Décédé ce mercredi à l'âge de 74 ans, le rockeur a marqué à tout jamais l'histoire de la chanson française

Décédé ce mercredi à l'âge de 74 ans, le rockeur a marqué à tout jamais l'histoire de la chanson française — ASLAN/SIPA

Une page de la chanson française se tourne. Johnny Hallyday est décédé dans la nuit de mardi à mercredi, à l’âge de 74 ans, des suites d’un cancer du poumon. Une légende nous a quittés, après avoir conquis des générations de fans pendant près de 60 ans. Et qu’on l’aime ou non, le rockeur marquera à jamais les esprits, par sa voix, sa musique ou encore son style de vie. Un véritable phénomène que décrypte Jean-François Brieu, professeur à l’Institut de journalisme Bordeaux Aquitaine et auteur du livre Johnny Hallyday : Une passion française (éditions du Layeur).

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Comment peut-on expliquer le succès incroyable qu’a rencontré Johnny ?

Au démarrage, ce gamin - parce que rappelons que, quand il enregistre son premier disque, il a 17 ans, il est mineur - a fait basculer la France de l’après-guerre dans celle qu’on connaît aujourd’hui, d’une certaine manière. Tout d’un coup, pour une France qui vit plutôt à la campagne, il arrive avec Elvis, les bagnoles, les filles, les clopes, la vitesse… On s’éclate, on sort le samedi soir… Ça a mis un bazar extraordinaire, et ça a fâché tous les gamins avec leurs parents ! Cela a beaucoup compté pour cette génération, qui a gardé ça en elle. Ensuite, il y a eu un phénomène de transmission, le grand frère a branché son petit frère, puis les enfants, les enfants des enfants… Ça couvre quasiment trois générations et ça commence par faire du monde. Et comme il n’a jamais disparu et a toujours trouvé le moyen de faire des tubes quasiment tous les ans, ça a fini par faire cet effet boule de neige hallucinant et rarissime.

Pourquoi a-t-il si bien traversé les époques selon vous ?

Johnny Hallyday, c’est un rockeur. Son truc, c’est Chuck Berry, Elvis Presley… Mais il a eu tellement de musiciens et de compositeurs différents, et à chaque fois ils l’ont amené tantôt vers les Beatles, tantôt vers les hippies de San Francisco, vers les Punks, le Ministère A.M.E.R. dans les années 2000… Mais il n’empêche que Johnny est resté cœur de rockeur, et il suffit de le voir sur scène pour le comprendre.

On oublie parfois que ce grand artiste a aussi connu quelques traversées du désert…

Ça lui est arrivé notamment au milieu des années 1960, il a même fait une tentative de suicide. Mais Johnny est toujours reparti à la bagarre. C’était un mec dur, un mec qui montait sur scène malgré 40 degrés de fièvre et malade comme un chien ! C’est ça finalement qui fait qu’il a triomphé de tout ça. Par exemple, dans cette période de creux, il va réfléchir à quelque chose qu’on ne fait jamais, il va mettre tout le monde à la porte, et refaire un spectacle avec de nouveaux musiciens. Ça fonctionne, et il redevient numéro 1 ! Il n’y a pas eu beaucoup de personnes avec cette « soif de vivre ». C’était un boxeur, un lutteur.

Un rockeur parfois moqué, considéré comme ringard par certains, mais qui restera à jamais « Le Taulier » ?

Il a parfois rendu des albums avec des chansons qui n’étaient pas forcément dignes de lui, parce qu’il fallait enregistrer vite par exemple, et qu’il a toujours privilégié la scène. Mais comme il y a toujours eu des grands morceaux sur ses albums, il a tout de même au moins cinquante chansons fabuleuses ! Qui peut aligner cinquante chansons fabuleuses en France ? Peu d’artistes.

Johnny Hallyday était-il en quelque sorte, notre dernière grande star française ?

Avec cette dimension-là, je crois que oui. Beaucoup ont une magnifique carrière sur dix ans, mais sur quasiment 60 ans je ne vois pas très bien qui… Je dis toujours que la seule star d’après-guerre qu’on peut lui comparer, c’était Edith Piaf. Quand vous voyez des images de son enterrement en 1963, il y a une foule incroyable dans les rues qui suit le cercueil ! Et je pense que cela risque d’être pareil dans quelques jours pour Johnny.

Le gouvernement envisagerait un hommage national, cela vous semble-t-il légitime ?

De toute façon, s’ils ne le décrètent pas, il y a déjà un élan national. Aussi bien de la part de ceux qui sont tristes, que des autres, et on sent bien qu’il y a beaucoup, beaucoup de gens touchés par l’annonce de son décès. C’est ça, le vrai hommage national.