VIDEO. Lyon: Au «Lorada Bar», les fans de Johnny très émus après la disparition de leur idole

REPORTAGE Le Lorada Bar, logé sur le plateau de la Croix-Rousse à Lyon, est le seul établissement de la ville dédié à Johnny Hallyday...

Caroline Girardon

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Bernard Page a fondé le Lorada Bar à la gloire de Johnny Hallyday, dans le quartier de la Croix-Rousse à Lyon. Lancer le diaporama

Bernard Page a fondé le Lorada Bar à la gloire de Johnny Hallyday, dans le quartier de la Croix-Rousse à Lyon. — C. Girardon / 20 Minutes

  • Après la mort de Johnny Hallyday, «20 Minutes» s’est rendu dans le quartier de la Croix-Rousse, où le « Lorada Bar » est dédié à la gloire du chanteur.
  • Les fans se disaient « tristes » et sous « le choc ».
  • Son fondateur est aussi un passionné d’opéra.

« Aujourd’hui, c’est jour de deuil. Pas de PMU ». Un clin d’œil adressé à l’un de ses clients. Une boutade pour éviter de dire qu’il en a un peu gros sur le cœur. Derrière son comptoir, Cyril essuie quelques verres et sert les clients, venus remplir une grille ou parler de l’idole. C’est lui qui a repris le Lorada Bar, le seul établissement de Lyon, dédié à la gloire de Johnny Hallyday. Un bar crée par son père Bernard en 1996.

Pudique, l’homme confesse néanmoins que l'annonce de son décès a été « un choc ». « Ce matin vers 5h, j’écoutais la radio. J’ai entendu deux chansons de Johnny, diffusées à la suite. J’ai zappé sur une autre station. Une troisième chanson. J’ai compris avant même que le mot mort ne soit prononcé », explique-t-il. Des concerts, il en a assisté à des dizaines. La plupart du temps avec son paternel. La première fois, à l’âge de 8 ans.

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« On le savait malade mais j’espérais qu’il décède plus tard »

« On le savait malade mais j’espérais qu’il décède plus tard », poursuit Cyril. « La France est en deuil. On a perdu un grand chanteur », ajoute Yolande, venue le saluer. A ses côtés, Patrice sirote un demi et se montre plus sceptique : « Pour moi, il n’a été qu’un interprète. Je ne trouvais pas qu’il avait une voix exceptionnelle ». Le débat s’engage.

« Ça me fait de la peine. Le pauvre. Je me disais qu’il irait mieux en 2018 et qu’il passerait cette épreuve », lâche sa voisine. Et d’ajouter : « J’avais ses 16 ans quand j’ai commencé à écouter. Mes frères et sœurs aînés étaient fans. Ils avaient mis plein de photos de lui dans la maison. On avait aussi beaucoup de disques ».

« Il y a quelque chose en moi qui a disparu »

Dans le poste, des chansons du rockeur tournent en boucle. La télévision est branchée sur les chaînes d’information. Sur les murs de l’établissement, Johnny trône fièrement aux côtés des fanions de l’Olympique lyonnais. Des photos agrandies et plastifiées que Bernard a pris le soin d’ajouter les unes après les autres.

« J’ai enrichi le bureau de tabac en face. C’est là que j’allais faire imprimer ces photos », glisse-t-il dans un sourire. Et d’ajouter le regard triste : « On a tendance à dire que l’on a tous en nous quelque chose de Tennessee. Ce matin, il y a quelque chose en moi qui a disparu. »

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« Avant Johnny, le rock en France n’existait pas »

« Avant Johnny, il n’y avait rien. Le rock en France n’existait pas. On avait Tino Rossi ou André Claveau. Lui a insufflé un vent nouveau. Il avait une énergie incroyable sur scène. Il dégageait quelque chose d’extraordinaire, d’électrique. Il avait cette folie. On n’avait encore jamais vu ça. Certains disaient à l’époque que si son ramage ressemblait à son jeu de jambes, il irait loin », poursuit Bernard. La révélation, il l’a eue en 1962, à l’âge de 25 ans lors d’un concert au Palais d’hiver de Lyon, où le nouveau phénomène de chanson française se produisait en première partie de Charles Aznavour. « Le venin a fait effet. »

Depuis, l’homme n’a pas manqué un concert à Lyon. Sans compter les deux fois où il est allé au Parc des Princes pour les 50 ans et 60 ans du chanteur. « Si je dis que j’ai assisté à une cinquantaine de concerts, ça ne serait pas exagéré. Et je suis même peut-être loin du compte. »

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Jacqueline qui vivait à l’étranger, n’a pas vu Johnny Hallyday enflammer les salles de concerts. Ni assister à ses débuts prometteurs. Mais elle s’est prise d’affection pour l’homme sur le tard et a fini par l’apprécier. « Son visage buriné au fil des années m’a touché. Quand je l’ai réellement découvert, il avait gagné en maturité. On était loin de son physique juvénile de ses débuts », se livre-t-elle. Et d’ajouter : « Je le trouvais émouvant. Il incarnait pour moi un membre de la famille : un père, un mari. C’était un peu comme s’il était le frère de tout le monde. Cet ami à qui on avait envie de se confier. »

« Sans vouloir faire preuve d’idolâtrie », elle dit avoir aimé « sa simplicité » et « sa réserve ». « Ce n’est pas quelqu’un qui se vantait. On se sentait proche de lui ». Si Jacqueline avoue avoir été transcendée par la chanson Diego, et la « puissance vocale » de Johnny, Bernard préfère L’Envie, un titre qui « lui parle ».

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« Ecouter de l’Opéra et Johnny n’est pas incompatible »

Son « grand regret » reste de ne pas avoir pu rencontrer son idole. « J’étais en contact avec Michaël Jones. J’avais également été mis en relation avec le petit-fils des Carpentier et l’un de ses choristes qui étaient venus dans mon établissement. mais cela n’a pas pu se faire. Ce n’est pas faute d’avoir demandé », glisse le septuagénaire, fixant les murs de son bar. Un petit musée qu’il couve du regard.

« A la maison, c’est différent. J’ai des disques, des DVD, mais sur les murs… c’est plutôt des portraits de la Callas », confesse Bernard. Si « personne ne le sait », l’homme est un fin connaisseur de la culture lyrique. « L’opéra est ma deuxième passion. Comme quoi on peut aimer Johnny et adorer le chant lyrique. Ce n’est pas incompatible… »