Manu Larcenet: «Oui, j'arrête de dessiner Le Combat ordinaire»

BD Interview du dessinateur qui sort le dernier tome de la série de «Le Combat ordinaire»...

Recueilli par Alice Antheaume

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Cases de BD extraites de "Planter des clous", le dernier tome de "Combat ordinaire", de Manu Larcenet

Cases de BD extraites de "Planter des clous", le dernier tome de "Combat ordinaire", de Manu Larcenet — Manu Larcenet

Cinq ans après la sortie du premier tome de «Le Combat ordinaire», Manu Larcenet tourne la page et livre le quatrième et dernier opus de cette série, «Planter des clous» (voir une planche ici). La der, donc, des aventures de Marco, un photographe exilé à la campagne qui suit un mouvement de grève à la fermeture d’un chantier et a du mal à garder son calme avec sa fille. Le tout sur fond de soirée électorale présidentielle, avec Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal en guest stars. Interview du dessinateur qui, malgré le succès, craint encore la réaction du public. «Montrer un album, c'est comme montrer son cul, c'est très intime», confie-t-il.

Pourquoi arrêtez-vous la série?

Parce que je n’ai plus grand chose à dire. Dès le début, je m’étais fixé le cap des quatre albums, je m’y tiens. Continuer serait la solution de facilité, pour plaire aux gens. Ce n’est pas une bonne raison. Marco, le personnage du «Combat», est gentil, animé de bonnes intentions, un peu bêta même, et il ne s’en sort pas si mal. Maintenant, j'arrête de dessiner des personnages qui s'en sortent. Place aux personnages qui tombent.

Un nouveau personnage en vue alors?

Oui, j’ai commencé à dessiner pour un gros livre, «Blast», en noir et blanc (mais avec quelques pages en couleurs), où il y aura un mec qui perdra tout, job, famille, et prendra la route. Il y aura des cases entières de silence, de la place, comme dans un manga. Je veux que les lecteurs puissent flâner dans les pages, pas comme dans «Le Combat ordinaire», où je bourrais douze cases par page.

Dans ce dernier tome, Maud, la fille de Marco, parle. Est-elle inspirée de vos enfants?

C’est très difficile de dessiner des enfants, car il faut s’empêcher de leur projeter des intentions - sinon, ce ne sont plus des enfants mais des personnages. Un bébé qui fait dadada, tu crois que c’est mignon, mais en vrai, tu as envie de te tirer une balle! Même si je fais des clins d’œil à des gens que je connais dans mes dessins - mon attachée de presse, des voisins, l’éditeur Guy Vidal - je préfère ne pas exposer mes enfants. Il y a une dizaine d’années, j’avais fait un album, «Presque», qui racontait comment j’avais vécu le service militaire. Mal en fait. Dans une scène, ma mère était représentée, et elle me proposait de manger du poulet. J’étais à mille kilomètres de m’en douter, mais elle l’a pris comme une attaque. Elle m’a dit «tu crois que je n’avais pas vu que tu te sentais mal à cette époque?» Depuis, je préfère donner des points de vue sur des personnages qui n’existent pas dans la réalité.

Avec vos blogs successifs, vous êtes plutôt du genre homo numericus. Pourtant, aucun internaute ne peut laisser de commentaire sur votre site. Pourquoi?

Parce que je suis trop sensible aux critiques. De plus, je ne reconnais aucune légitimité à ceux qui se cachent derrière un pseudo comme julo98 alors que Manu Larcenet, c’est mon vrai nom. Mais Internet est le seul média qui me permette de mettre en ligne photos, vidéos et dessins chaque jour. Pour faire un livre, je réfléchis un an, je me cache dans mon atelier, je ne montre mon travail à personne avant que l’album soit imprimé, alors que pour faire un post sur mon blog, je réfléchis 30 secondes. Ça a un côté carnet de bord qui me rappelle le mémoire que j’avais fait en tant qu’étudiant en arts appliqués: «Comment retranscrire le quotidien en livre?» - j’avais eu 19/20, oui madame!

A lire: «Planter des clous», éd. Dargaud

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