« J’arrêterai de chanter le jour de ma mort », confiait-il au Parisien en 2011. Nous y sommes donc, Johnny Hallyday ne chante plus. La vieille canaille nous a quittés dans la nuit du 5 au 6 décembre à l’âge de 74 ans, quelques mois seulement après avoir dévoilé se battre contre un cancer du poumon.

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Une page de la chanson française se tourne, et un monstre sacré s’endort. Un poète aussi, qui était probablement mieux placé que quiconque pour parler de lui-même. La preuve avec cette poignée de citations et de confidences extraites du livre Paroles de Johnny de Stéphane Deschamps et Frank Margerin.

Pour clouer le bec aux rageux

« Cela m’agace qu’on me traite d’imbécile. C’est parce que je suis quelqu’un de timide dans la vie, je n’aime pas trop parler, alors comme je ne parle pas beaucoup, je panique, je ne m’exprime pas du tout comme ce que je pense dans ma tête. Et quelque part ça m’arrange car on ne se méfie pas des cons », expliquait-il sur France Inter en 1998. Pas folle, la guêpe.

De même, en juillet 2015 auprès de Paris Match, l’artiste revenait sans honte, sur ses erreurs. « J’ai dit trop de conneries qui se sont retournées contre moi. Je regrette la plupart des choses que j’ai pu dire, souvent par maladresse, précisait-il. Cela m’a renvoyé à ce que je suis : un musicien qui n’est pas armé pour parler de politique. On ne demande pas aux hommes politiques de venir chanter sur scène. Si chacun est à sa place, c’est bien mieux comme ça. ».

L’instant spleen

« On n’échappe pas à son enfance. Oui, c’est vrai, au fond, je suis quelqu’un de malheureux. Je me méfie des gens trop heureux, ce n’est pas normal », confiait-il dans son autobiographie Destroy en 1997. Dans la même veine, seize ans plus tard, Johnny offrait à 20 Minutes, son avis sur le bonheur : « Il faut souffrir un peu pour être heureux. Il n’y a que les cons qui sont heureux tout le temps. »

Jean-Philippe qui ?

Certains l’avaient peut-être oublié, mais un Jean-Philippe se cachait derrière Johnny. Et pourtant… « Je ne suis pas fait pour être Jean-Philippe Smet, déclarait-il au 20 Heures de TF1 en 2013, moi je suis fait pour aller sur les routes. J’ai voulu arrêter une fois et je me suis aperçu que je m’ennuyais beaucoup quand je ne travaillais pas. J’ai besoin de ça, j’ai besoin de faire le chanteur, j’ai besoin de faire l’acteur. J’ai besoin du public aussi, c’est vital. »

Et sa version métaphysique, quelques mois plus tôt au JDD : « Jean-Philippe Smet peut s’ennuyer rapidement quand il n’est pas Johnny. Vous savez, je suis gémeaux, donc je suis deux personnes à la fois. Jean-Philippe le pudique dans la vie et Johnny l’impudique sur scène. »

Rock’n’roll attitude

Parce que ce cancer nous ferait presque oublier que Johnny était un dur, un vrai, un tatoué. « Un chanteur de rock ou de blues est comme un boxeur. Il fait ça parce qu’il vient de nulle part et qu’il a faim. Littéralement. C’est vrai à ses débuts et ça doit le rester. […] Le rock, c’est de l’inconscience, de la défiance. Et même arrivé, installé comme je le suis aujourd’hui, c’est toujours un combat », dévoilait-il à Télérama en 2014.

Un combat et une inconscience qui mènent parfois aux excès… « La cocaïne, j’en ai pris longtemps en tombant de mon lit le matin, reconnaissait-il auprès du Monde en 1998. Maintenant c’est fini. J’en prends pour travailler, relancer la machine, tenir le coup […] La poudre et le hasch circulent à mort chez les musiciens. Il n’y a pas à s’en vanter, je n’en suis pas fier, c’est ainsi, c’est tout. Mais il faut bien savoir que nos chansons, on ne les sort pas forcément d’une pochette-surprise. »

Johnny, c’était aussi ça…

De la poésie à l’état pur : « Même s’il tombe de la merde, même si la foudre menace, je chanterai » (interview dans Le Parisien en 1993). Ou encore ça : « Je suis plus fort que les gouttes, désormais elles glissent sur moi comme les caresses sur le ciel » (au stade de France le 15 juin 2012). Et enfin ça : « J’aimerais apprendre à dire non pour ne plus me retrouver à dire oui sans faire attention » (interview dans le Vogue Hommes en septembre 1994).

Bonjour tristesse

« Parfois, je me réveille la nuit, je me dis : "Je vais disparaître, je ne verrai plus les gens que j’aime, je ne pourrai plus avoir les habitudes que j’aime avoir". C’est ce qu’il y a de plus terrifiant » (VSD en 2006). Au revoir, Johnny.