130 morts, dont 90 au Bataclan. Le 13 novembre 2015, le nom de la salle de spectacle parisienne devenait célèbre pour d’autres raisons que les groupes qui y faisaient étape dans leurs tournées européennes. En marquant durablement les esprits, les attentats de Paris qui s’y sont déroulés ont changé notre perception de la salle. 20 Minutes a donc demandé à ses lecteurs si, deux ans après, ils envisageaient de franchir à nouveau les portes de la salle, rouverte le 12 novembre 2016.

« Dédiaboliser la salle »

Les positions sur le sujet sont aussi variées que le nombre de témoignages. Et toutes vos réponses montrent que le choix de retourner au Bataclan ou de ne jamais y remettre les pieds est motivé à la fois par les émotions provoquées par le drame, et une volonté de résister. Maude, qui devait aller au concert des Eagle of Death Metal le 13 novembre 2015 et a eu un empêchement de dernière minute, y est retournée « le 22 et le 23 décembre 2016 pour y voir Damien Saez. J’y suis allée pour deux raisons : Dédiaboliser la salle qui m’a pris mon fiancé et aussi pour voir cet artiste. J’y retourne souvent avec toujours une rose blanche à la main. »

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Une volonté respectée par tous, même ceux qui ne se sentent pas capables de remettre dans cet endroit. « Pour moi l’endroit a reçu beaucoup trop de larmes, de sang et d’horreur pour qu’on puisse s’y amuser, estime Laure. Je ne trouve pas cela décent tout en ne jetant pas la pierre aux personnes qui s’y rendent. Le respect m’interdit d’y mettre les pieds, ayant entendu des témoignages bouleversants de survivants qui eux ont décidé de ne plus y aller… Ça ne m’empêche pas de sortir ailleurs. Mais pas là-bas. »

« J’ai cherché les sorties de secours »

Vincent va souvent au concert. Il était déjà allé au Bataclan et y est retourné en juin, un peu par hasard. « Le groupe Good Charlotte fait très rarement des concerts en France. Quand j’ai vu qu’ils venaient pour une date à Paris, j’ai pris mon ticket sans faire attention à la salle, raconte le jeune homme de 21 ans. Quand je me suis rendu compte que c’était au Bataclan, ça m’a fait bizarre. En rentrant j’ai cherché les sorties de secours, j’ai essayé de me placer à un endroit qui m’évitait de rester coincé. »

En même temps, ce retour dans la salle du 11e arrondissement parisien a servi d’exutoire à la peur de Vincent. « Après les attentats, j’avais peur à chaque concert. Dès qu’il y avait de la batterie un peu forte, je regardais autour de moi pour vérifier qu’il n’y avait rien de grave. Depuis que je suis retourné au Bataclan, je n’ai plus ce sentiment. J’ai le sentiment qu’il fallait que j’y retourne, ça m’a soulagé. » Un soulagement qui n’est malheureusement pas encore à la portée d’Emilie.

Les convictions contre les émotions

Après les attentats de Paris, Emilie a longtemps dû renoncer à aller en cours parce que son école se trouvait dans la même rue que deux des bars visés. En parallèle, la jeune femme de 24 ans était hôtesse en événementiel et évitait à tout prix le Stade de France où elle avait déjà travaillé auparavant, « puisque ces lieux déclenchaient des crises d’angoisses ». « Personnellement, je pense fermement qu’on ne peut pas laisser les attentats gouverner nos vies personnelles, ou même justifier l’intégration de l’état d’urgence dans le droit commun, ajoute Emilie. Mais cette conviction est rendue difficile dans des cas particuliers, tels que le Bataclan puisque j’y ai perdu un très cher ami. J’espère qu’avec le temps mes convictions reprendront le dessus sur mes émotions. »