VIDÉO. 20 ans plus tard, IAM reprend sa tournée de «L'école du micro d'argent», et le monde du rap a bien changé

HIP-HOP Le groupe marseillais n’avait pas fait de tournée digne de ce nom après la sortie, en 1997, de cet album devenu mythique…

Benjamin Chapon

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IAM en 2017

IAM en 2017 — Didier D. Daarwin

Il y a vingt ans sortait L’école du micro d’argent, troisième album de IAM. Et le monde de rap français allait s’en trouver bouleversé. Nés sous la même étoile, L’Empire du côté obscur, Petit frère ou encore, et surtout Demain, c’est loin, considéré par certains comme la meilleure chanson de rap français… Outre ses tubes, cet album est devenu emblématique de la percée du rap chez un nouveau public, plus large qu’auparavant. « On s’est rendu compte après coup que cet album a marqué les gens, raconte aujourd’hui Shurik'n. Il y avait toute une effervescence à cette époque à Marseille, une créativité et les moyens de travailler, une facilité à sortir des disques. Cet anniversaire, c’est aussi l’anniversaire d’une époque bénie. »

Pour marquer le coup, le groupe a ressorti l’album, il y a quelques mois, agrémenté d’inédit. Et les compères repartent aujourd’hui d ans une grande tournée des Zéniths avec ces chansons de 1997 (et aussi quelques autres). « On avait vite switché sur autre chose à l’époque, on avait chacun des projets solos et de producteurs à ce moment-là, raconte Shurik'n. Au vu du côté emblématique de l’album, et du caractère inachevé de la tournée de l’époque, on s’est dit qu’il fallait faire quelque chose. » Akhenaton pointe le paradoxe : « C’est l’album qu’on a le plus vendu et avec lequel on a le moins tourné. Aujourd’hui la musique vit plus sur scène qu’à l’époque. On était plus souvent en studio qu’aujourd’hui… »

« Tout le monde continue à sampler sauf les gens du rap »

D’ailleurs, il n’y a pas que ça qui a changé depuis 1997… « On ne veut pas jouer les vieux cons, explique Akhenaton. On constate juste que la créativité qui nous a fait naître n’existe plus aujourd’hui. Tout est différent. » Le groupe cite par exemple l’époque bénie des samples. « On en a profité pendant 10 ans. Le temps des procès… » Aujourd’hui, quand ils utilisent un sample dont ils n’ont pas trouvé l’ayant droit, ils tremblent. « On a fait 9 ou 10 demandes de samples sur le dernier Rêvolution, aucune réponse. Quand on sent que ce n’est pas clair, on ne sort pas le morceau. »

Ce qui ne manque pas d’agacer Akhenaton : « Un DJ qui est un pousse-bouton, qui joue sur les aigus et les graves et qui te fait croire qu’il mixe, il touche des parts pour son « arrangement » sur le morceau. Alors qu’il joue juste des disques d’autres personnes. Alors que nous, on sample, on écrit des paroles et on produit un morceau complètement nouveau, et on paye des droits. Il y a un truc qui ne va pas. »

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Le rappeur pointe une forme d’hypocrisie : « Dans la variété, il y a des covers, des reprises de mélodies, mais il n’y a pas de procès. En fait, tout le monde continue à sampler sauf les gens du rap, alors que c’est la base de notre culture. C’est le paradoxe. D’un côté tu as les mégas stars qui payent 80.000 dollars pour un sample, et de l’autre les petits artistes que personne n’attaque parce que ça ne vaut pas le coup. Et entre les deux tu as nous : on est trop gros pour ne pas être attaqués et pas assez gros pour payer des samples à 100.000 dollars. »

Une tournée vite expédiée

A l’époque de L’école du micro d’argent, IAM ne ne se posait pas encore toutes ces questions. « On était à fond tout le temps, c’était une époque géniale pour le rap, se souvient Akhenaton. C’est à ce moment-là que ça a basculé pour nous. Avant la sortie de l’album, on avait réservé des salles comme l’Elysée Montmartre ou le théâtre Barbey à Bordeaux mais finalement, face à la demande, on n’a fait que des zéniths. On s’est adapté, on a dû construire un décor avec un soleil de 300 tonnes en cuivre. C’était magnifique. Je me demande où il est passé ce décor d’ailleurs… »

La mini-tournée vite expédiée, les membres d’IAM étaient ensuite repartis en studio enregistrer leurs albums solos ou ceux d’autres artistes marseillais. « On était partout. Des tas de radios ou de télés jouaient nos morceaux en boucle. Des gens qui se mangent dix ou douze fois par jour nos morceaux, forcément à un moment ils finissent par s’y intéresser. Ça a élargi notre public qui avant ça était un public rap orthodoxe. Mais le grand public de l’époque avait été éduqué à coups de morceaux à textes de la chanson française alors que le grand public d’aujourd’hui est éduqué musicalement avec des morceaux d’ambiance, pour faire la fête et dans lesquels on ne dit pas grand-chose. »

Il faut digger

Là encore, IAM refuse la nostalgie de vieux grognons. « Le rap d’aujourd’hui, ça ressemble à de la pub, rigole Shurik'n. Les couplets sont plus courts que le refrain ! Il y a une phrase forte, un gimmick et c’est tout. Mais ce n’est pas nouveau du tout. La trap music est née dans les clubs des états du sud des États-Unis. C’est la phrase autour de laquelle tourne le morceau qui fait tout. Ça ressemble plus à de la house que du rap. Mais à nos débuts, on était très marqués par la musique new-yorkaise des années 1970 qui était aussi dans cet esprit très dansant. »

Par ailleurs, Akhenaton reconnaît aux jeunes rappeurs de 2017 leur capacité à avoir emmené le rap dans tous les ménages français. « Ils ont mis le système à l’amende, ils ont été virés par la porte, et sont revenus par la fenêtre. Ils produisent eux-mêmes, ils n’ont plus besoin de personne. Ils produisent chez eux. Nous, on devait faire du très bon son parce qu’on devait sonner sur CD, dans les salles. Eux, ils produisent pour être écoutés en streaming sur des téléphones. Nous, aujourd’hui encore, on est plus acheté sur support physique, on a un tout petit streaming. » S’ils ne se reconnaissent pas dans la masse des productions rap actuelles, les membres d’IAM notent qu’il y a toujours de bonnes nouvelles choses à découvrir. « Je ne comprends pas les gens qui nous disent "Ha pétard, c’était bien avant." Il y a toujours de bons groupes. Mais ce n’est pas en écoutant NRJ que vous allez les découvrir c’est sûr. Il faut fouiller, il faut digger, si vous aimez vraiment le rap. »

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