• Les comédies musicales américaines sont différentes des « spectacles musicaux » français.
  • Le public français apprécie tout particulièrement la qualité de production et la profondeur des comédies musicales US.
  • Deux salles parisiennes produisent l’essentiel des adaptations de comédies musicales américaines, avec deux publics assez distincts.

Quel est le point commun entre Grease, West Side Story et Singin in the rain ? Les trois sont des comédies musicales, nous viennent tout droit des Etats-Unis, et font un carton (éprouvé ou annoncé) sur les scènes parisiennes depuis le mois de septembre. Pour cause, ces comédies musicales façonnées outre-Atlantique ont un petit secret de fabrication que 20 Minutes a décidé de percer.

En France, on ne sait pas faire de comédies musicales. Premier constat qui met tous les spécialistes d’accord. Mais Notre Dame de Paris, Les 10 Commandements et tous leurs héritiers ? Ce sont des « spectacles musicaux ». « Dans nos spectacles musicaux, les chansons coupent l’action, explique Patrick Niedo, auteur d’Hello, Broadway ! Au contraire, dans la comédie musicale, ce sont les chansons qui font avancer l’action. » Et la culture américaine se prête beaucoup plus à monter ce type de spectacles.

L’exigence au programme

« Dans la culture anglo-saxonne, il n’y a pas de différence entre la culture et l’entertainment [le divertissement], qui permet d’oser dans les œuvres, alors qu’en France, on estime que la comédie musicale appartient à la variété donc on ne fait que de la variété, estime Jean-Luc Choplin, producteur de comédies musicales en France. Aux Etats-Unis, la comédie musicale est plus proche d’un opéra populaire. Il faut une grande partition, une belle histoire avec un message. C’est de la très haute qualité. »

Et Véronique Bandelier, la metteure en scène de Grease, d’abonder sur les trucs en plus des spectacles américains : « Dans Mamma Mia ou Grease, il y a une énorme recherche sur l’identité des individus pour qu’on puisse les identifier dans le groupe, chacun apporte sa propre dimension, explique-t-elle. L’histoire est là, elle captive les gens. L’orchestre, souvent absent dans les comédies musicales françaises, envoie des vibrations, des énergies, qui transportent le public. Beaucoup de choses ne sont pas perceptibles, mais contribuent à la magie du spectacle. »

Merci la télé

OK, les comédies musicales américaines sont de qualité. Mais on a déjà vu des œuvres de qualité ne pas attirer grand monde… Le succès des spectacles américains s’explique donc en partie parce que le cinéma et la télévision s’en sont emparés leur ont permis de toucher un public très large. « On vient découvrir ou redécouvrir ce qu’on connaît ou qu’on croit connaître », estime Véronique Bandelier. Exception faite de Singin in the Rain, qui a d’abord été un film.

Mais la télévision est-elle l’unique vecteur du succès des comédies musicales en France ? Evidemment, non. « Simultanément, le créateur de spectacles Stage Entertainment est arrivé à Mogador et Jean Luc Choplin au théâtre du Châtelet et ont fait énormément pour la comédie musicale en France, rappelle Patrick Niedo. Jean-Luc Choplin a présenté la « grande » comédie musicale américaine. Mogador, au contraire, présente des comédies musicales un peu plus commerciales, souvent francisées, donc plus accessibles. »

Une fracture en France

Et le public dans tout ça, que préfère-t-il ? « Au départ, c’était deux publics différents qui sont en train de se rassembler, même s’il y a une grande différence entre Paris et la province, remarque Patrick Niedo. A Paris, les publics se confondent dans l’énorme choix qui leur est offert (400 spectacles musicaux en 2016) alors qu’en province c’est le désert culturel en dehors des zéniths, qui n’ont, pour l’instant, présenté que des spectacles musicaux comme Mozart l’Opéra rock ou Jésus. » Des spectacles pas mauvais, mais qu’on ne peut pas comparer à ceux montés par les Américains, selon le spécialiste.

La comédie musicale américaine a ainsi encore un public à conquérir. Et nos spectacles musicaux, qui intriguent les Anglo-Saxons (qui, vraisemblablement, n’apprécient pas du tout la façon de faire à la française), sont très prisés en Asie et dans les pays de l’Est. De quoi permettre aux productions de se multiplier et de nous laisser le temps de décider si, vraiment, ce sont les comédies musicales américaines qu’on préfère.