De Benjamin Lacombe, on avait beaucoup aimé le foisonnant Les super-héros détestent les artichauts, cosigné avec  Sébastien Perez et paru en 2014 chez Albin Michel Jeunesse. Un séduisant livre à tiroirs, plein d’humour, de culture pop, à savourer en mode picorage et plongée dans l’univers des comic book américains, bref de ces livres qui amusent aussi bien les pré-ados que les amateurs du genre.

Voici qu’en sort, ce mercredi 8 novembre, la version numérique, disponible sur l’iBookstore ou téléchargeable sur Mac ou tablette Android via une figurine spécialement créée pour l’occasion (côté technique, le livre utilise le format Epub3, qui requiert une application de lecture idoine). L’histoire ? Celle du super-héros Phosfo, qui nous embarque dans un parcours initiatique pour tester nos capacités de super-héros. En nous livrant, au passage, moult conseils précieux et infos sur une galaxie de surhommes et surfemmes du monde entier.

Parce qu’il a fallu trois années à Benjamin Lacombe pour concevoir cette nouvelle version, bien loin d’un simple PDF, comme le souligne l’illustrateur qui aime à parler de « livre enrichi ». Et parce que la réalité du livre numérique reste souvent encore floue, 20 Minutes a demandé à tester ce nouvel opus - Benjamin Lacombre s’était déjà essayé au numérique avec L’Herbier des fées. Voici notre verdict.

On a vivement apprécié…

L’avatar. Avant que ne commence notre enseignement de super-héros, il nous faut créer un avatar. D’emblée le ton est donné, tant dans le graphisme (vaste choix de coiffure, de l’afro à la coupe bien méchée) que dans le texte, qui précise par exemple, au moment de choisir le sexe de son avatar, qu'« homme et femme ont la même probabilité de devenir super-héros ». En ces temps troublés, on prend.

Notre super-masque et notre pseudo de super-héros ? Ce sera pour plus tard, une fois parcouru le livre. Alors seulement, on pourra laisser notre état civil et partager sur les réseaux sociaux notre carte de super-héros, enfin si nos réponses aux différents tests nous a bien idenfié comme tel (et non comme un super-vilain, ou super-normal)… «Le lecteur est beaucoup plus acteur, relève Benjamin Lacombe. En fonction de sa participation, cela modifie la narration. »

De ce point de vue, Les super-héros détestent les artichauts, version numérique, remplit le contrat. Sans confondre les styles : certes, on a créé un avatar et l’on navigue d’une histoire et d’une époque à une autre, mais tout en restant dans la dimension d’un livre. « Il ne fallait pas que cela devienne un jeu ou un film, le lecteur doit rester dans la narration », avance l’illustrateur.

Le super-héros TV. C’est la nouveauté du livre numérique, une série de six petits films d’animation qui introduisent les différents chapitres et donnent vie aux personnages créés pour le livre papier. Le super-héros Phosfo endosse le rôle de présentateur télé vedette. Il faut dire qu’il peut devenir phosphorescent à l’envi, ça aide.

Ces courts JT sont une jolie réussite, non dépourvue d’humour quand Phosfo annonce : « Le baron Baryton a pris la tête d’un cortège de super-vilains qui manifestent contre la loi autorisant le mariage entre un super-héros et un humain sans super pouvoir. Wasp Woman est sur place… ».

L’univers visuel et sonore. Le livre numérique exploite de façon intéressante 3D et 2D, celle-ci étant par exemple réservée aux reportages de la mini-série, quand le plateau de Phosfo est en 3D. « Nous voulions un écart entre le "réel" et ce qu’on voit à la télévision », explique Benjamin Lacombe. Avec son équipe, il dû faire face à d’autres enjeux techniques, notamment sur l’adaptation des pages 3D qui se lisaient avec des lunettes super-vision, fournies avec le livre papier pour voir comme un super-héros.

« Nous avons créé un système de GIF qui, par un phénomène d’optique, donne le sentiment de la 3D », poursuit l’illustrateur. Autre nouveauté du livre numérique : la musique. « Narrativement, c’est une force incroyable, je m’en suis servi comme je me sers des pinceaux », assure Benjamin Lacombe. Chaque personnage a son thème musical, que l’on peut réécouter à la fin dans une playlist audio et qui ajoute en effet au sentiment d’immersion dans le livre.

On a moins aimé…

La figurine. Là réside peut-être notre principale déception. Sauf à être un collectionneur, la version super-héros du lapin d’Alice, en vente exclusivement dans les magasins Fnac (25 euros), n’offre à notre sens pas de grande valeur ajoutée. D’autant que le socle (sous lequel se trouve le numéro pour télécharger le livre numérique) puis les pattes de Neverlate – son petit nom – ont vite cassé à la manipulation.

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Après, on comprend l’idée de Benjamin Lacombe, pour qui la figurine permet non seulement de « recréer toute la chaîne du livre », avec un libraire et un diffuseur, mais aussi de donner un aspect physique au livre numérique. « Beaucoup de gens ne supportent pas d’acheter de l’immatériel et n’imaginent pas tout le travail d’animation et de modélisation », estime-t-il.

La longueur de certains tests. Rien à redire sur l’humour, toujours efficace, des différents quiz pour tester si l’on a l’étoffe d’un super-héros. A titre d’avant-goût : « Pour vous, voler c’est le moyen le plus efficace d’arriver à destination, avoir une vue plongeante sur la piscine des voisin.e.s (attention, écriture inclusive) ou une bonne solution pour arrondir les fins de mois difficiles… ». Reste qu’à l’usage, la version numérique peut se révéler plus longue, puisqu’il s’agit de répondre à chacune des questions. Le prix de l’interactivité sans doute, ou le super-pouvoir de la manipulation de la matière qui nous fait encore un peu défaut…

La graphie des textes. Autre point faible à notre sens, le traitement de la partie texte à proprement parler. Dès que la narration est un peu plus longue, elle nous paraît moins lisible pour un jeune lecteur, contrairement au reste du livre numérique tout à fait accessible à partir de 8 ans.

Un extrait de la version numérique.
Un extrait de la version numérique. - Benjamin Lacombe et Sébastien Pérez.

Notre bilan 

Ces points faibles mis à part, nous avons navigué avec plaisir en quête du super-héros qui sommeille en nous. On salue la performance, et l’on prend ce livre numérique comme une invitation à entrer dans l’univers fantasque créé par Benjamin Lacombe et Sébastien Perez.

« Cela peut amener de nouveaux lecteurs effrayés par le livre papier, qui reste un objet culturel très fort », affirme aussi Benjamin Lacombe. On ne saurait trop leur conseiller de feuilleter, au moins une fois, le livre original Les super-héros détestent les artichauts, dont la qualité de réalisation procure un réel plaisir dans la prise en main. Finalement, les deux versions –  numérique et papier – paraissent presque complémentaires.