VIDÉO. Histoire vraie: Le jour où mon chef m'a forcée à ranger mon bureau

FAIL Pour l’opération de la dernière chance, mon supérieur hiérarchique a fait appel à une spécialiste du rangement, adepte de la méthode KonMari…

Clio Weickert et Thomas Lemoine

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Le lieu du crime avant l'opération de la dernière chance

Le lieu du crime avant l'opération de la dernière chance — C.WEICKERT

Que les choses soient claires, oui, j’ai un problème avec le rangement. Et oui, j’aime vivre dans le chaos. J’assume parfaitement faire partie de cette grande famille des bordéliques (des personnes très intelligentes, parait-il), et je cultive l’art du désordre depuis ma plus tendre enfance. Et cela ne fait pas de moi pour autant une sociopathe en puissance qui se complaît dans sa crasse (c’est important de le préciser).

Donc voilà, tout se déroulait relativement bien depuis près de 29 ans (hormis les quelques crises de nerfs au sein de la cellule familiale), jusqu’à ce début du mois d’octobre 2017. Ce jour où tout a basculé, ce jour où mon supérieur hiérarchique m’a planté un couteau dans le dos, en faisant appel à une spécialiste du rangement pour mettre en ordre mon bureau. Un peu comme une punition, voire une exécution en place de grève (j’exagère un peu), et dans le seul but de rire de moi (mais je ne juge pas, j’aurais fait la même chose).

Si vous avez la flemme de lire l’article, voici le résumé en vidéo (garantie 100 % malaise) :

« On peut arrêter là si vous voulez »

C’est donc dans ces circonstances particulières que j’ai fait la connaissance de Véronique Lebon, spécialiste du rangement. Son credo ? La fameuse méthode KonMari de la japonaise Marie Kondo. Mondialement connue (excepté par moi, vous imaginez bien que les méthodes de rangement me laissent de marbre), « la méthode KonMari consiste à d’abord trier et ensuite ranger de façon à créer un espace qui nous inspire de la joie », m’explique Véronique, « consultante KonMari certifiée », qui dispense ses conseils de rangement aux particuliers.

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Le problème ? Pas besoin de ranger, mon fouillis m’apporte déjà beaucoup, beaucoup de joie. Et Véronique le voit. « La démarche doit venir de vous, vous ne devez pas être contrainte si vous voulez que cela fonctionne », m’explique-t-elle, très attentive à ce que je ressens, elle. « Si vous ne le sentez pas, on peut arrêter là si vous le voulez ». Résignée, je poursuis tout de même l’expérience, même si Véronique me met en garde : « on rentre inconsciemment en introspection avec cette méthode car on se questionne sur notre façon de penser et de voir les objets. Votre regard changera peut-être sur le rangement et sur votre espace personnel ». Je prends le risque de basculer dans le camp des rangeurs fous, tout en gardant en tête de faire valoir ce sacrifice pour mon augmentation l’année prochaine.

« Cet objet m’apporte-t-il de la joie » ?

Mon calvaire aura duré 2 heures. Deux heures à trier, recycler, jeter, et ranger. Et pas n’importe comment, car la méthode KonMari veut que l’on respecte un ordre précis : d’abord les vêtements (pour le cas d’une maison), puis les livres, les papiers, les komonos (objets divers), et enfin les objets sentimentaux. « On va crescendo dans la difficulté de choisir si l’on garde ou l’on recycle, m’explique Véronique, comme ça, on a eu 4 catégories pour s’entraîner avant d’aborder la plus difficile, celle des objets sentimentaux ». Et à chaque fois il faut se poser LA question : est-ce que cet objet m’apporte de la joie ? Si oui, on garde, si non, on balance. Pour rappel, je partais de ça :

Le lieu du crime avant l'opération de la dernière chance
Le lieu du crime avant l'opération de la dernière chance - C.WEICKERT

Détestant par-dessus tout me séparer de quoi que ce soit, c’est avec déchirement que j’ai dû faire ce choix, pour chaque bout de papier, chaque pot de crème périmé (que j’ai récupéré dans la poubelle après) et petits trésors qui cohabitent depuis des mois dans mon espace personnel. Et Véronique m’a dit que je m’en sortais très bien, répétant, « on ne conserve que ce qui nous apporte de la joie, de façon à ne s’entourer que d’objets qu’on aime et qui nous apporte du plaisir ». Bon, je dois reconnaître qu’à un moment j’ai failli perdre patience, et j’ai jeté compulsivement un paquet de trucs, non pas parce qu’ils ne m’apportaient plus de joie, mais parce que je voulais en finir.

Passée l’étape du tri, il a fallu ensuite ranger tout ce petit monde (j’ai réussi à garder un mini-pot de Nutella, un gâteau citrouille et mon filet à papillons), en « créant son antre personnel pour que l’ordre perdure ». Au final, ça a donné ça :

Le lieu du crime après l'opération de la dernière chance
Le lieu du crime après l'opération de la dernière chance - T.LEMOINE

Vide, épuisement et ressentiment

Question ordre et rangement, Véronique et la méthode KonMari ont été d’une redoutable efficacité. Mais d’un point de vue psychologique, je suis ressortie de cette expérience épuisée, avec le sentiment de n’être plus que l’ombre de moi-même, un être affaibli à qui on avait chamboulé ses repères, et arraché ses fidèles alliés. Sans oublier un fort ressentiment envers mon chef. Je mets d’ailleurs actuellement au point le plan le plus machiavélique pour me venger.

Ce que je retiens de cette expérience ? Que le rangement n’est définitivement pas fait pour moi. Mais je reconnais tout de même avoir adopté quelques conseils de la méthode KonMari pour vivre dans le bordel, mais un bordel organisé. Et un grand bravo à Véronique pour sa patience, et pour avoir relevé le défi de faire ranger son bureau à une bordélique, et fière de l’être qui plus est.

Le lieu du crime un mois après l'opération de la dernière chance
Le lieu du crime un mois après l'opération de la dernière chance - C.WEICKERT

Note pour mon chef : ma vengeance sera terrible.