VIDEO. «20 Minutes» en 1984: Présenté comme une révolution, le nouveau Macintosh d'Apple fait un bide

LA RÉVOLUTION ARRIVE A l’occasion de la saison 2 de « Stranger Things », qui débarque sur Netflix, « 20 Minutes » fait un voyage dans le temps, direction le 27 octobre 1984, et imagine les articles que le service Culture aurait signés ce jour-là…

Laure Beaudonnet

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Steve Jobs, président d'Apple Computers, John Sculley, président et PDG, et Steve Wozniak, co-fondateur d'Apple, le 24 avril 1984

Steve Jobs, président d'Apple Computers, John Sculley, président et PDG, et Steve Wozniak, co-fondateur d'Apple, le 24 avril 1984 — SAL VEDER/AP/SIPA

Il y a comme une odeur de malaise chez Apple. Un peu plus d’un mois après la sortie du « Fat Mac », attendu comme le messie par le monde de la tech avec sa mémoire quadruplée (512 Kio au lieu des 120 kio de la version précédente), c’est la grosse déception. Les ventes du Macintosh ne décollent pas et, en coulisses, l’atmosphère serait électrique entre l’excentrique Steve Jobs et son PDG John Sculley, qu’il a lui-même recruté l’année dernière. Que se passe-t-il dans les couloirs de la firme californienne ?

« Vous verrez pourquoi 1984 ne sera pas comme 1984 »

Il faut remonter au mois de janvier pour déceler les premières crispations entre les deux figures de la marque à la pomme croquée. Souvenez-vous, le 22 janvier dernier, une publicité a fait sensation pendant le Super Bowl. Dans un univers à la Big Brother de George Orwell, le spot annonçait l’arrivée du premier ordinateur Macintosh - sans jamais montrer physiquement la machine - à l’aide du slogan : « Vous verrez pourquoi 1984 ne sera pas comme 1984 ». Derrière ce chef-d’œuvre de 60 secondes, on retrouve le jeune et brillant Ridley Scott, réalisateur de Blade Runner et Alien, le huitième passager (tout de même).

« Le Super Bowl fait des records d’audience, c’est un choix stratégique, Steve Jobs vend sa vision : mettre un ordinateur dans chaque foyer. Il fait appel à la révolte, c’est l’annonce de libération », explique Antoine Dubuquoy qui décrit le cofondateur d’Apple comme une sorte de gourou hippie. Steve Jobs aurait d’ailleurs séduit John Sculley, qui dirigeait Pepsi-Cola, avec sa fameuse révolution. « Tu veux passer le reste de ta vie à vendre de l’eau sucrée ou tu veux changer le monde ? », lui aurait-il demandé, selon la rumeur.

Deux jours après le Super Bowl, Steve Jobs lance officiellement son bijou de technologie le jour de l’assemblée générale des actionnaires. Devant les 2.600 personnes de l’auditorium Flint du De Anza Community College, à Cupertino, Steve Jobs insère une disquette dans la machine. Sur le thème des Chariots de feu, « Macintosh » défile sur l’écran avec le texte « Incroyablement génial ». D’un seul clic sur sa fameuse « souris », l’ordinateur se met à parler : « Bonjour. Je m’appelle Macintosh. Cela fait du bien de sortir de ce sac ».

D’un seul clic, l’ordinateur se met à parler

Une pub géniale, un ordinateur révolutionnaire capable de se présenter lui-même. Steve Jobs vend du rêve, mais ça commence à sérieusement coincer avec les dirigeants d’Apple. John Sculley qui a le nez dans les comptes de l’entreprise ne voit pas les extravagances de Steve Jobs - et les investissements qu’elles génèrent - d’un très bon œil. « Il annonce une révolution, mais les ventes ne sont pas très bonnes », confie Antoine Dubuquoy, spécialiste de nouvelles technologies. La part de marché du Macintosh n’est que de 6 % dans le monde. Ça ne pèse pas très lourd face au monstre IBM. Et il faut préciser que « Fat Mac » n’est pas à la portée de tout le monde, il coûte plus de 3.000 dollars.

Le génie du marketing a des progrès à faire en management. En se concentrant sur le Macinstosh, Steve Jobs a désorganisé sa propre boîte, créant une équipe parallèle. « Il est fondamentalement ingérable, il a des obsessions géniales, mais pas rationnelles », reprend Antoine Dubuquoy. Si le Macintosh est un succès d’estime, Apple vit paradoxalement des heures difficiles. La magie de Steve Jobs peut-elle sauver la firme de Cupertino ?

 

* Antoine Dubuquoy a coécrit Steve Jobs, figure mythique (Les Belles Lettres, 2014)

Flash Forward

>>> Steve Jobs perd la lutte de pouvoir à la tête d’Apple et quitte l’entreprise en septembre 1985 pour fonder NeXT. Début 1997, soit 12 ans plus tard, Apple, alors au bord de la faillite, rachète NeXT. L’opération permet à Steve Jobs de revenir à la tête de la firme et d'y enchaîner les succès. Steve Jobs est mort en 2011 d’un cancer. <<<