• Inès Rau, 26 ans, est une mannequin française.
  • La jeune femme trans, qui a déjà posé en 2014 pour l’édition américaine de « Playboy », est la « Playmate du mois » du numéro de novembre.
  • « Playboy » se réjouit de « se tenir du bon côté de l’histoire » alors que la transphobie fait des ravages. Aux Etats-Unis, 23 femmes trans ont été tuées depuis le début de l’année.

Tout un symbole. Dans son numéro de novembre, l’édition américaine de Playboy consacrera pour la première fois de son histoire une femme trans comme « Playmate du mois ». Une petite révolution qui s’accompagne d’un cocorico puisque la modèle à l’honneur, Inès Rau, est française.

« Durant la séance photo, j’ai pensé à tous ces jours difficiles de mon enfance, a-t-elle confié au magazine. Et maintenant, tout ce qui m’arrive me comble de joie. Je me disais : "Est-ce que je vais vraiment être Playmate ? Moi ! ? C’est le plus beau compliment qu’on m’ait jamais fait. C’est comme recevoir un gigantesque bouquet de roses." »

« Mes parents l’ont très très bien accepté »

Le destin d’Inès Rau a éclos en banlieue parisienne. Née en mars 1990, d’une maman franco-marocaine et d’un père algérien, elle commence dès ses 16 ans à prendre des hormones qu’elle se procure sur des marchés parallèles, avec la carte bancaire de sa mère, comme elle l’a expliqué en 2014 dans Salut les Terriens ! Elle fait cela en cachette de ses parents. « Je viens un petit peu du ghetto, (…) c’était compliqué de leur dire à cet âge-là ». Un an et demi après le début de son traitement, elle se décide pourtant à leur révéler son secret. « Ils l’ont très très bien accepté. Je suis très chanceuse », a-t-elle assuré dans l’émission de C8.

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Sa transition de genre, elle l’a vécu « comme une réincarnation » : « C’était ça que je devais être, je ne me suis pas posé la question. Je me suis fait opérer directement et c’est ce qu’il fallait que je fasse. De ce jour, ma vie a complètement changé et je suis très heureuse de l’avoir fait. »

Inès Rau entre dans la lumière. Danseuse pour David Guetta qu’elle a suivi en tournée tout autour du monde, elle est repérée au Man Ray, un resto parisien, par une pro de la mode qui ignore tout de sa transidentité. Elle débute alors une carrière dans le mannequinat et, à 23 ans, débarque à New York. Elle pose notammant pour Vogue et Balmain.

« J’ai passé un long moment sans dire que j’étais trans »

En 2014, elle apparaît nue dans le Playboy américain et révèle dans la foulée officiellement être trans. Au magazine qui a de nouveau fait appel cette année, mais cette fois-ci pour la convoitée page centrale, elle raconte : « J’ai passé un long moment sans dire que j’étais trans, j’enchaînais les rendez-vous galants et j’ai presque oublié. J’avais peur de ne jamais trouver un petit ami et d’être vue comme une personne bizarre. »

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L’an passé pour l’émission Sept à Huit de TF1, elle a accepté de revoir des images d’elle enfant. La séquence, baignée de larmes, est douloureuse à regarder. « J’avais oublié que j’étais un petit garçon avant. Je ne voulais plus voir de photos, j’ai eu une période de rejet », expliquait-elle aux journalistes qui ont parfois du mal à comprendre qu’une personne trans refuse d’évoquer son « genre de naissance ».

« Se battre pour éveiller les consciences et pour le respect »

« Je n’aurais jamais imaginé que les gens soient aussi transphobes, même si je savais qu’il y a encore beaucoup de boulot à faire pour que les gens considèrent les femmes trans comme des femmes, a déploré Inès Rau, citée par le New York Timesqui constate que la Playmate ne fait pas l’unanimité chez les lecteurs. Mon histoire est très chargée, et il y aura toujours des gens ne comprendront pas et seront très méchants, et au regard de ça, il apparaît encore plus pertinent de se battre pour éveiller les consciences et pour le respect. »

Playboy a fait la promotion de son nouveau numéro en soulignant qu’il se rangeait « du bon côté de l’histoire ». Rien que depuis le début de l’année, aux Etats-Unis, 23 personnes trans ont été assassinées, selon la Human Rights Campaign. Une statistique glaçante qui rend d’autant plus forte les prises de position sur papier glacé.