VIDEO. Dix ans après le phénomène, que reste-t-il de la tecktonik?

ELECTRO Il y a dix ans, la danse labellisée Tecktonik explosait, dans tous les sens du terme…

Benjamin Chapon

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Le 15 septembre 2007, pour la Techno Parade, les danseurs de Tecktonik déferlaient sur Paris

Le 15 septembre 2007, pour la Techno Parade, les danseurs de Tecktonik déferlaient sur Paris — PELE/SIPA

Tecktonik. Un mot, un voyage dans le temps. C’était l’époque du premier iPhone, de Sarkozy au Fouquet’s et de la grippe aviaire. Le pic de l’épidémie tecktonik frappe à la mi-septembre 2007, il y a dix ans : la Techno Parade, dont l’édition 2017 se tient ce samedi, accueillait un char tecktonik. Ainsi entrait au panthéon de la musique électronique une danse devenue un genre voire une sous-culture, en même temps qu’une marque. Née en 2006, la tecktonik n’allait pas survivre à l’excessive exposition médiatique de 2007.

Comment ce mouvement plutôt underground, né dans une discothèque de banlieue pour marier les passions musicales de deux organisateurs de soirées, a-t-elle pu devenir cette mode moquée de toutes parts ?

Ex-DJ parisien désormais installé à Atlanta, aux Etats-Unis, Mozzyx est encore mal à l’aise aujourd’hui quand il évoque le succès tecktonik : « On a beaucoup dit que le matraquage médiatique et l’exploitation commerciale avaient tué le truc mais, honnêtement, dès le début, beaucoup de gens trouvaient ça ridicule.La haine anti-tecktonik avait des relents homophobes parce que les mouvements de danse étaient considérés comme "féminins". Il y avait aussi un sous-texte de lutte des classes. Les premiers Tecktonik killers étaient issus de la classe moyenne de grande banlieue et de province. Pour danser de la Tecktonik à Paris, il fallait aller dans les clubs de Montparnasse, les clubs de provinciaux… »

Un succès mal géré

Conseillère en stratégie dans le milieu musical, Aude Dubourg a débuté dans le métier en 2007 : « Les séminaires pour cadres intégraient des cours de tecktonik. C’est bien la preuve que le truc était ringard… Le développement de la tecktonik, c’est l’exemple à ne pas suivre : un emballement mal maîtrisé, un manque de fond, aucun relais artistique. » La spécialiste en communication remarque que le succès de la tecktonik était, en partie, assis sur de mauvaises raisons : « C’était une success story à la française et une danse urbaine de jeunes mais pour les blancs. Et ça, pour certains décideurs, c’était très bien venu. Mais les gens ont vite flairé une sorte d’arnaque, un business monté de toutes pièces. »

Certains datent le début de la fin de la tecktonik avec l’arrivée de la major EMI et de TF1 dans le jeu. A partir de là, la marque a été déclinée sur tous types de produits bien loin du monde de la nuit. Les médias auraient aussi largement contribué à l’overdose tecktonik.

Les médias découvrent la musique électronique

Mais le DJ Mozzyx note que l’année tecktonik coïncide aussi avecl’explosion de la nouvelle scène électro française : « La tecktonik a suscité une curiosité internationale et placé la France sur la carte. 2007, c’est l’année de Love is gone, David Guetta devient un artiste international cette année-là. » Et les médias changent leur approche de phénomène électro. « Avant la tecktonik, et même s’ils étaient un peu condescendants, les médias grand public ne parlaient d’électro que pour évoquer les morts en marge de rave party. »

A en croire ses créateurs, la tecktonik aurait connu une résurrection dans différents pays, notamment au Mexique. Mais le mouvement a aussi une postérité positive en France. Les coupes mulet et crêtes tecktonik tellement moquées à l’époque ont, depuis, été largement adoptés par les footballeurs les plus stylés. Sans parler des pantalons slims et les imprimés fluo, devenus la norme. On oublie aussi que la danse tecktonik s’inspirait, entre autres, du Voguing. Son succès aura précédé de plusieurs années l’arrivée des balls Voguing à Paris. Plus largement, l’électro est devenue le genre musical dominant ces dix dernières années, et la danse électro un passe-temps tout à fait respectable (euphémisme).

Armand Deschars, organisateurs de soirées dans les années 2000, dresse un bilan plutôt positif de la courte vague tecktonik : « Il est de bon ton de s’en moquer. Mais comme pour la mode des boys band, la tecktonik a eu un impact positif à long terme. La musique électro n’avait pas de danse à elle avant cela. Et ça a attiré un public plus large. Les soirées parisiennes branchées de 2017 sont les enfants de la tecktonic. »