La Berlinale fait fi des polémiques

CINEMA – Le palmarès choc du festival de Berlin...

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En attribuant l'Ours d'or au violent «Troupe d'élite» du Brésilien José Padilha malgré l'ambiguïté de son message, la Berlinale marque un retour aux films politiques dans lequel les commentateurs voient la marque du président du jury, le cinéaste franco-grec Costa-Gavras.

Le 58e Festival de Berlin a attribué sa plus haute récompense samedi soir lors de la cérémonie de clôture à cette fiction musclée qui met en scène la lutte anti-drogue d'une police corrompue dans les favelas de Rio.








En outre le premier documentaire jamais admis en compétition à la Berlinale, l'impressionnant «Standard operating procedure» où l'Américain Errol Morris enquête sur les sévices commis par l'armée américaine à la prison irakienne d'Abou Ghraïb, a décroché le Prix du jury. Pour Jan Schulz-Ojala, rédacteur en chef cinéma au quotidien berlinois «Der Tagesspiegel», ces choix marquent un retour aux racines d'un festival qui aime défendre des oeuvres porteuses d'un message politique.

«Ces deux films font penser à des éditoriaux de journaux -- leur forme discutable a apparemment été jugée secondaire», écrit-il dimanche. Car certains ont reproché à Errol Morris, lauréat d'un Oscar en 2004, d'avoir «dramatisé» son film en ajoutant aux entretiens qui le composent des reconstitutions de scènes filmées.

De son côté «Troupe d'élite», grand succès dans les salles brésiliennes en 2007, a fortement divisé à Berlin, une partie des critiques jugeant le film ambigu, «hyper macho» voire porteur d'une vision d'extrême droite. Mais pour Hanns-Georg Rodek du quotidien Welt am Sonntag, le jury a été «malin» de récompenser un film porteur d'une critique sociale incisive.

Critique au quotidien espagnol «El Pais», Carlos Boyero voit dans l'Ours d'or attribué à Padilha le choix du président du jury, un «éternel chroniqueur et conscience sociale de tous les crimes et injustices commis dans le monde» qui aurait pu «filmer lui-même» une telle oeuvre. Costa-Gavras, 75 ans, a réalisé des films politiques empreints de ses convictions de gauche: «Z» (1969) sur la dictature des colonels en Grèce, ou «Missing» (1982) sur le rôle des Etats-Unis dans le coup d'Etat du général Pinochet au Chili en 1973.







«Dans une Berlinale épaisse et torturante bourrée de films aussi prétentieux qu'inutiles, aussi grise qu'oubliable, il est cohérent d'avoir récompensé un film qui respire la vitalité, la tension et la rage», affirme Boyero. La Berlinale et son directeur artistique Dieter Kosslick ont été vivement critiqués cette année, où la compétition a été jugée peu audacieuse, avare en nouveaux talents et riche en cinéastes de renom pas toujours inspirés
Déjà multi-primée et huit fois nommée aux Oscars, la sombre fresque sur les débuts de l'exploitation pétrolière en Californie «There will be blood» a valu à l'Américain Paul Thomas Anderson l'Ours d'argent de la mise en scène.

Deux comédies légères et optimistes ont raflé les prix d'interprétation. La pétillante Britannique Sally Hawkins, 31 ans, a ainsi été récompensée pour son rôle d'une extravagante Londonienne célibataire dans «Happy-go-Lucky» de Mike Leigh.







Côté masculin l'Iranien Reza Najie, 65 ans, a séduit en interprétant un sympathique père de famille dans un conte rural aux accents tantôt réalistes, tantôt poétiques: «The song of sparrows» de Majid Majidi. Outre son président, le jury comprenait les actrices Shu Qi (Taïwan) et Diane Kruger (Allemagne), le chef décorateur Uli Hanisch (Allemagne), le producteur Alexander Rodnyansky (Ukraine) et le monteur Walter Murch (Etats-Unis).

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