VIDÉO. Jésus, Romero, «The Walking Dead»…  L’histoire de la figure du zombie

MYTHE Retour sur l’évolution de la figure du zombie, dont le cinéaste George A. Romero, décédé ce dimanche, a fixé les règles…

Anne Demoulin

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Un zombie de «Walking Dead»

Un zombie de «Walking Dead» — Wild Side

George A Romero n’est ni l’inventeur du zombie, ni celui du film de zombie. Le réalisateur de La Nuit des morts-vivants, décédé ce dimanche, est cependant considéré comme le papa de la figure du zombie dans la culture pop occidentale. Explications.

Jésus, Lazare et la naissance du zombie

Les figures bibliques de Lazare et de la fille de Jaïre sont des modèles de retour à la vie que la thématique du mort-vivant va pasticher. Jésus n’est pourtant pas un zombie. Dans la Bible, l’âme est redonnée au corps, ça s’appelle la résurrection, alors que dans les histoires de morts-vivants, il s’agit de reviviscence, la machine biologique est uniquement réactivée.

On trouve déjà des morts animés, plus ou moins putréfiés, attaquant des vivants dans la tradition picturale occidentale du Moyen Age. L’un des tableaux les plus célèbres du genre est Le Triomphe de la mort de Bruegel l’Ancien.

«Le Triomphe de la Mort» (1562) de Pieter Brueghel l'Ancien conservée au musée du Prado à Madrid (Espagne).
«Le Triomphe de la Mort» (1562) de Pieter Brueghel l'Ancien conservée au musée du Prado à Madrid (Espagne). - Pieter Brueghel l'Ancien

Le mot « zombie » trouve quant à lui son origine dans la culture vaudoue. Traditionnellement, dans la culture haïtienne, le mot « zonbi », qui signifie « esprit » ou « revenant », désigne un mort réanimé, ayant perdu toute forme de conscience et d’humanité, sous le contrôle total d’un sorcier. Il a un comportement violent vis-à-vis des humains et son mal est terriblement contagieux.

Le zombie vaudou, premier zombie du cinéma

Les Etats-Unis découvrent la culture vaudoue en 1915, lorsque le gouvernement occupe Haïti pour protéger les intérêts des banques américaines ayant investi sur place jusqu’en 1934. De nombreux ouvrages sensationnalistes sont publiés à cette période.

Ce n’est pas un hasard donc si la figure du zombie arrive sur les grands écrans en 1932 avec Les Morts-Vivants des frères Edward et Victor Halperin. Le film se déroule à Haïti et montre comment un homme s’adjoint les services d’un sorcier vaudou pour faire de la femme qu’il aime mais le rejette, une zombie afin qu’elle cède à ses avances.

En 1943, Jacques Tourneur réalise Vaudou (I Walked with a Zombie). Le long-métrage se déroule dans une île proche d’Haïti, où l’on suit une infirmière qui soigne une femme qui pense avoir été victime de rites vaudous et découvre qu’elle est un zombie. Son cœur ne bat pas. On est encore loin du cadavre assoiffé de chair fraîche tel qu’on le connaît aujourd’hui dans la pop culture.

« La Nuit des morts-vivants », modèle du zombie de la pop culture

Après la Seconde Guerre mondiale, le cinéma fantastique américain délaisse le zombie pour se tourner vers les extraterrestres et l’espace, à l’exception des films série Z à tout petit budget comme Night of the Ghouls d’Ed Wood en 1959 ou I Eat Your Skin de Del Tenney en 1964.

C’est George Romero qui va fixer en 1968 le modèle du zombie tel qu’on le conçoit aujourd’hui. « Il s’agit en fait d’un malentendu. Lorsque George Romero imagine les créatures de La Nuit des morts-vivants en 1968, il ne s’inspire pas des zombies, mais des ghouls, des créatures issues de la culture arabe », explique Julien Sévéon, auteur de George A. Romero : Révolutions, zombies et chevalerie (Popcorn, 2017).

Le cinéaste s’inspire également du roman de Richard Matheson, Je suis une légende, qui relate le destin du dernier homme sur Terre, seul survivant d’une pandémie ayant inexorablement transformé les victimes infectées en créatures présentant des caractéristiques attribuables à la fois aux vampires et aux morts-vivants. « C’est la presse qui a attribué le terme “zombie” aux créatures de Romero », poursuit l’expert.

Le réalisateur américain fixe les règles du zombie moderne. « L’origine du mal est inconnue. Le zombie se nourrit de chair humaine. Il ne peut être abattu que par une balle dans la tête. Il représente une menace massive pour l’humanité », résume Julien Sévéon.

« Zombie » et l’évolution psychologique de la créature

Les zombies de George A. Romero se déplacent lentement. « George A. Romero avait une approche “réaliste” du zombie. Il estimait que des créatures aux corps décharnés ne pouvaient pas courir », analyse l’auteur.

Au cours des différents films de zombie qu’il va réaliser, le cinéaste va faire évoluer la créature : « L’évolution est d’ordre psychologique. A la fin de Zombie en 1978, un zombie réussit à s’emparer d’un fusil. Dans Le Jour des morts-vivants en 1985, on suit un scientifique qui tente d’apprivoiser un zombie, qui exprime des émotions. Dans Le Territoire des morts (Land of the Dead) en 2005, les zombies ont leur propre société, et une certaine forme d’empathie », détaille Julien Sévéon.

Chez Romero, le zombie sert toujours à critiquer notre société. « Zombie est une critique de la société de consommation par exemple. Romero se réinvente à chaque fois », souligne Julien Sévéon.

« 28 jours plus tard » accélère le zombie

Le film 28 jours plus tard, réalisé par Danny Boyle et sorti en 2002, modifie un peu les codes esthétiques du film de zombies. « Ici, le zombie est infecté, c’est une déclinaison un peu différente », souligne Julien Sévéon.

Avec l’infection (chimique ou biologique), le zombie gagne en vélocité comme dans le film World War Z de Marc Forster. « La vitesse est symptomatique de notre société », commente l’auteur.

Les zombies de Marc Forster et Danny Boyle ou ceux de The Walking Dead sont tous les descendants des zombies de Romero. « C’est lui qui leur a donné leurs propriétés immuables et c’est lui qui maîtrisait le plus le film de zombies. C’est dommage qu’il ait eu tant de difficultés à obtenir les moyens de faire les films qu’il voulait », déplore Julien Sévéon.

« The Walking Dead » et le zombie mainstream

Films, chansons, séries, BD, jeux vidéo, la figure du zombie constitue l’un des plus grands genres de la culture pop, devenu mainstream avec The Walking Dead. « Tout le phénomène est né grâce à Romero, sans lui, pas de Walking Dead. C’est dommage que son apport soit souvent réduit à une simple note de bas de page », conclut Julien Sévéon.