Japan Expo 2017: «Dreamland», un rêve de manga à la française

MANGA Du rêve à la réalité, Reno Lemaire revient sur « Dreamland », un des premiers mangas à la française, et un des mangas les plus vendus en France…

Vincent Julé

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«Dreamland», le seul titre français à se classer parmi les meilleures ventes de mangas

«Dreamland», le seul titre français à se classer parmi les meilleures ventes de mangas — Pika

La France est le deuxième consommateur de mangas au monde. Après le Japon ! Une réalité qu’il est toujours bon de rappeler, car elle dure depuis plus de 20 ans. Début des années 2000, en plein essor du marché, certains éditeurs lancent leurs mangas maison, même format, même noir et blanc, même nombre de pages mais 100 % français. L’idée était de se trouver une identité propre, au-delà de leurs licences japonaises. C’est Pink Diary chez Delcourt, ou Dys et Dreamland chez Pika.

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Dans la foulée, les Humanoïdes Associés créent la collection « Shogun », avec un magazine de prépublication et une vingtaine de titres. Des formations pour devenir mangaka fleurissent dans le pays, spécialistes et médias se prennent la tête sur le nom : manfra ou de franga. Puis plus rien. Sauf Dreamland. Son auteur Reno Lemaire a fêté les 10 ans de sa série en 2016 et sort le volume 17 pour Japan Expo 2017.

Une première vague qui fait plouf

« Il y a eu une volonté de créer une mode, de mettre une étiquette, de prouver que nous, Français, nous étions capables de faire du manga, commente-t-il. Mais ça a loupé. » Reno met ce premier échec sur le compte du dessin, du niveau. « Les auteurs n’étaient pas super-forts, et je me compte dedans. Tu ne commences pas une nouvelle vague comme ça. Pour Pika, alors exclusivement éditeur de mangas, c’était plus un test, sans plan prédéfini ou ambition particulière. Dreamland était même publié en sens japonais, pour une éventuelle exportation, mais ça n’avait aucun sens. » Pourquoi, lui alors, est-il toujours là, dans le top 5 des meilleures ventes de mangas ?

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« J’ai été cherché mon public »

Reno joue les modestes, mais dès ses débuts, son trait sortait du lot, très dynamique et très proche de One Piece. « J’ai été cherché mon public, ajoute-t-il. J’ai fait 70-80 festivals de BD en deux ans, et à un moment, le lecteur a dû se dire qu’au lieu d’acheter son shônen habituel, il allait prendre le manga du petit Français qui dessine à sa table. »

Dreamland raconte l’histoire de Terrence, un jeune qui a peur du feu depuis la mort de sa mère dans un incendie. Un soir pourtant, il surpasse sa phobie et parvient à contrôler le feu. Dès lors, il mènera une double vie : lycéen à Montpellier le jour, « Voyageur » dans le monde des rêves la nuit. Le lecteur comprend qu’il a entre les mains un univers qui peut se déployer sur plusieurs volumes et années, à l’instar d’un Naruto ou Hunter X Hunter.

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« Un éditeur laisse max trois tomes pour juger »

« En bande dessinée, franco-belge comme manga, tu ne te projettes pas dans dix ans, raconte le dessinateur. Je savais juste que ce serait une série longue, mais un éditeur te laisse maximum trois tomes pour juger. Bon, j’avoue, si Dreamland s’était arrêté au tome 3, ça n’aurait pas été la fin. Une fois lancé, tu réfléchis en termes de cycles. » Après 17 volumes, Reno Lemaire tient bon. S’il était assisté de son cousin Romain et son ami Salim, gracieusement jusqu’au volume 5 puis rémunérés jusqu’au 14 pour le premier et 15 pour le second, le dessinateur est aujourd’hui tout seul : « Je leur ai dit de penser à leurs gueules, de développer leurs projets, car un clignement des yeux et on était reparti pour une décennie. »

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S’il ne donne pas officiellement rendez-vous au lecteur dans dix ans, même jour même heure à Japan Expo, Reno a déjà écrit la fin de Dreamland, et il sait à quel tome elle interviendra. D’ici là, il devrait être rejoint par de nouveaux auteurs, car même s’il a changé de format, qu’il est plus hybride, le manga à la française existe bel et bien, avec des titres et succès comme Lastman, Radiant et Save Me Pythie, tous trois publiés au Japon.

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