«Summer of Love» 1967-2017: «20 Minutes» part à la recherche de l'esprit «Amour et paix»

SERIE D'ETE Eté 1967, près de 100.000 jeunes déferlent à San Francisco pour changer de vie, et tenter de dépoussiérer le monde. Cinquante ans après, que reste-t-il de l’esprit du «Summer of Love» ?….

Romain Lescurieux et Clio Weickert

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En cet été 2017,

En cet été 2017, — David Graves / Rex Feat/REX/SIPA

  • A la radio, sur les maillots de bain, dans des pubs ou à l’affiche de festivals… Le « Summer of Love » sera PARTOUT cet été à l’occasion des 50 ans du mouvement.
  • Cette récupération mercantile ne rend cependant pas hommage à l’esprit du mouvement. 20 Minutes veut croire à un nouvel « été de l’amour » possible et va partir à la recherche de l’esprit du Summer 67 dans le monde de 2017.
  • Ce premier épisode de notre série offre un rappel historique des événements de 1967.

Peace & Love. 1967, il y a cinquante ans, l’été s’annonce caniculaire, le monde bouillonne et les yeux se tournent soudain vers la Californie. Plus précisément sur le quartier de Haight-Ashbury à San Francisco, où s’établissent alors des dizaines de milliers de jeunes. Leur plan ? Goûter à un nouveau mode de vie, aimer son prochain et celui d’après, tout en franchissant les pieds dans l’herbe, « Les Portes de la perception », grâce à la défonce. Le mouvement hippie est en pleine jouissance. Retour sur cette vague d’amour estivale aussi spontanée que furtive. Une hallucination ?

Monterey, 1967
Monterey, 1967 - Shutterstock/SIPA

« Sortez de votre esprit »

Avant le hippie, deux mots sur son « père » : le beatnik. Dans les années 1950, des esprits libres venus de l’est des Etats-Unis - Kerouac et Ginsberg en tête - posent régulièrement leurs sacs à dos à San-Francisco. Un havre de paix idéale pour leur credo : la contestation de l’ordre établi et la revendication de la liberté comme voie vers la connaissance de soi-même. Dans une Amérique puritaine (et le terme est faible), confrontée à une guerre du Vietnam qui s’intensifie, « ce message trouve un écho auprès des jeunes californiens, appelés pour certains au front », explique Frédéric Monneyron, auteur avec Martine Xiberras de Le monde hippie : De l’imaginaire psychédélique à la révolution informatique (Imago).

Des hippies en 1967
Des hippies en 1967 - MARY EVANS/SIPA

Très vite, des auteurs, des professeurs et des artistes deviennent les icônes de cette jeunesse. Bob Dylan et ses chansons engagées, Aldous Huxley et ses « Portes de la perception », ou encore Herbert Marcuse, un prof de l’université San Diego qui prône, lui, la libération sexuelle. Il ne manque plus qu’un catalyseur. La chimie va s’en charger. Tel le messie, Timothy Leary, titulaire d’un doctorat de psychologie, prône la solution : le LSD. « Sortez de votre esprit et entrez dans vos sens », sème le pape de la came, avant un rassemblement historique.

Timothy Leary devant la foule du «Human Be-In», le 14 janvier 1967
Timothy Leary devant la foule du «Human Be-In», le 14 janvier 1967 - Robert W. Klein/AP/SIPA

If you’re going to San Francisco…

Le 14 janvier 1967, près de 20,000 personnes se retrouvent au Golden Gate Park, à San Francisco. Au programme : lectures de poésies de la Beat Génération et concerts en plein air de Jefferson Airplane et Grateful Dead. Un manifeste est édité pour l’occasion : « La jeunesse mondiale a eu la révélation de l’unité spirituelle de tous les hommes et femmes, de toutes les races. Ici et partout, sur toutes les planètes de tous les systèmes solaires de toutes les galaxies de l’univers ». Le slogan est tout trouvé : « s’ouvrir, s’harmoniser, se détacher ».

Tel un aimant, Haight-Ashbury devient le bastion de hippies aux cheveux longs, de gamins et de vagabonds, rejetant le mode de vie des parents, en vivant en communauté. Les love-in et les sit-in pacifiques s’enchaînent, aussi vite que se consomment les joints et se dissolvent les buvards de LSD. Le 21 juin, sur fond, d’If you’re going to San Francisco signé Scott McKenzie, et sous les étendards de l’amour et de la paix, une foule célèbre « l’avènement d’une aube nouvelle ».

« Laboratoire du monde de demain »

« Ce mouvement est accueilli avec fascination. Tout le monde s’est précipité là-bas, des Américains, Européens et même quelques Français, pour savoir ce qu’il se passait. C’était vu comme une sorte de laboratoire du monde de demain », affirme Frédéric Monneyron. Un échec ? « Je suis allé là-bas en espérant trouver un endroit éblouissant plein de bohémiens sympas réalisant des œuvres d’art (…) Mais c’était bourré d’horribles adolescents fugueurs boutonneux et défoncés », se souviendra, lui, George Harrison dans Anthology.

Des hippies en 1967 à Haight-Ashbury (San Francisco)
Des hippies en 1967 à Haight-Ashbury (San Francisco) - PETER LARSEN/Shuttersto/SIPA

Le « Summer of Love » se diffuse en Europe, notamment à Londres, et prend fin quelques mois plus tard, en octobre 67. Le mouvement hippie « meurt », lui, selon les spécialistes, en apothéose deux ans plus tard, à Woodstock devant les riffs d’Hendrix. « Nous étions des artistes, des gens qui passaient leur vie à faire la vie. Mais on ne pouvait pas être hippie toute la vie », estime Nicky, une « hippie chic » Française, qui s’est rendue à San Francisco à cette époque. Témoin des « ravages » de la défonce sur ses contemporains, elle se souvient. « Beaucoup ont sombré dans la drogue et leurs vieux démons et en sont morts… », conclut-elle. Cinquante ans plus tard, que reste-t-il des premiers amours ?

Esprit hippie, es-tu (toujours) là ?

« Les temps ont changé, la jeunesse hippie était progressiste, ils voulaient changer le monde pour le meilleur… Aujourd’hui, je crois que c’est l’inverse », tranche Frédéric Monneyron, ne cachant pas son pessimisme.

Un rassemblement hippie en 1967 en Angleterre
Un rassemblement hippie en 1967 en Angleterre - DAVID GRAVES / Rex Feat/REX/SIPA

A 20 Minutes, certains sont incapables de se résoudre à cette conclusion. Cinquante ans après le « Summer of Love », nous partons donc à la recherche de l’esprit hippie, et pourquoi pas le raviver, à l’heure où la jeunesse est dépeinte comme fataliste et déprimée. Soyons fous. Suivez-nous tout l’été sur la route. Nous vous promettons paix et amour. Et cela ne fera de mal à personne.