«Tour de force»: C'était comment, à votre avis, la Grande Boucle il y a cent ans?

BD Les éditions Glénat et 20 Minutes vous présentent les premières pages d'une fiction dessinée sur les premiers Tours de France…

Olivier Mimran

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Extrait de Tour de Force

Extrait de Tour de Force — © Frédéric Kinder & éditions Glénat 2017

À quelques jours du départ du Tour de France 2017, pourquoi ne pas regarder dans le rétro pour voir à quoi l’événement ressemblait un siècle auparavant ? Dopage, petites « tricheries » matérielles et stratégies au long cours entachaient-ils déjà l’épreuve dans les 1900-1920 ? Oui, et il y avait même pire si l’on en croit l’album Tour de force, de Frédéric Kinder… Ça vous fait doucement sourire ? OK. Alors lisez donc ce court - mais effarant - récit et on en reparle après…

Terrible, non ? C’est bien la force de cet album édité une première fois en 2005 et indisponible depuis plus de dix ans, que de se focaliser sur ces (plus ou moins) « petits drames » humains qui jalonnent l’histoire de la plus grande épreuve cycliste au monde. Bon, bien sûr, ceux proposés dans Tour de force sont de pures fictions. Mais des fictions souvent crédibles, de la bagarre entre deux coureurs de tête qui, du coup, se font reprendre par le peloton à la victoire d’un autre ayant abusé d’un sacré tord-boyaux avant le départ - ce qui n’était pas interdit à l’époque…
 

Des « forçats de la route »

Les six récits qui composent cet album - à ce jour la seule réalisation BD de Frédéric Kinder, illustrateur dans la publicité - mettent donc en scène un cyclisme d’un autre temps, cet « âge d’or » durant lequel les « forçats de la route », comme les nommait Albert Londres, dépourvus de mécaniques de précision et qui couraient même avec des chambres à air croisées sur le torse, devaient quotidiennement fournir des efforts absolument surhumains pour terminer des étapes souvent longues de plus de 400 kilomètres (les départs, notamment, avaient alors lieu en pleine nuit).
 


McGyver avant l’heure

À travers ces aventures profondément humaines et sous le pinceau de Kinder, la compétition devient le révélateur de la noblesse - ou de la bassesse - des concurrents. Parce qu’à l’époque, hein, c’était vraiment du « chacun pour soi ». Aujourd’hui encore, me direz-vous. Certes, mais avant-guerre (celle de 1914-18), on ne comptait que sur la débrouille en cas de pépin, les équipes sportives n’existant pas. Et le plus fort, c’est que les vrais « 22 dents », « Mange caillou », « Tête de guidon » (des pseudos de personnages de la BD) ne reculaient certainement devant rien pour rallier la ligne d’arrivée.
 

Des héros invisibles derrière les tournesols

Imprégné de la peinture de Van Gogh, avec ses perspectives «  Fish eye », son mix de couleurs ternes et saturées et, comme un clin d’œil, la traversée d’un champ de tournesols au gré de l’un de ses récits, Tour de force est l’un des plus vibrants hommages jamais rendus à la « Grande boucle » en bande dessinée (avec le cultissime Le meilleur du Tour de France, de René Pellos). Outre le plaisir rafraîchissant que cela procure, s’y plonger rappelle combien cette énorme machine commerciale qu’est devenu le Tour de France doit aux héros invisibles qui ont contribué à en faire l’épreuve mythique que l’on sait.

 

« Tour de force », de Frédéric Kinder - éditions Glénat, 13,90 euros
En vente le 28 juin 2017