Futur en Seine: En safari transhumaniste, on a rencontré quatre nouvelles espèces d'homme

PORTRAIT Portraits des spécimens du futur qu’on pourrait bientôt croiser dans la rue…

Laure Beaudonnet

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Gille de Bast - Futur en Seine

Gille de Bast - Futur en Seine — Adrien Malguy / Propsy

  • Le festival d’innovation numérique Futur en Seine a lieu à La Villette, à Paris, du 8 au 10 juin
  • Une programmation Off a lieu jusqu’au 18 juin dans toute l’Ile-de-France
  • Les intelligences artificielles sont à l’honneur de cette vingtième édition

Deux jours en terre du futur, on ne pouvait pas faire l’économie d’un safari pour observer de près les espèces de demain. Par chance, le festival Futur en Seine a organisé ce vendredi une visite des zones peuplées par l’homme augmenté au parc de la Villette, avec un biohacker en guise de guide touristique. Le voyageur a pu s’approcher de quatre nouvelles espèces, vivre dans les mêmes conditions qu'elles (le temps d'une après-midi) et découvrir ses spécificités. Portraits des spécimens du futur qu’on pourrait bientôt croiser au feu rouge.

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Hannes Sjoblad - Biohacker

Hannes Sjoblad - Futur en Seine 2017
Hannes Sjoblad - Futur en Seine 2017 - L. BEAUDONNET / 20 MINUTES

Son blase : C’est le guide du safari transhumaniste, notre éclaireur. Fondateur de l’association suédoise de biohacking, Hannes Sjoblad est l’un des principaux défenseurs de l’amélioration de l’homme grâce à la technologie et, notamment, l’implant de puces électroniques. « Plus besoin de se demander si on a bien pris les clés de chez soi, on les a sous la peau », sourit-il. L’idée du biohacking est d’utiliser une technologie qui existait déjà, la puce électronique, et de détourner son utilité pour en faire autre chose.

Son terrain de jeu ? Le corps humain. Son objectif est de montrer les manières dont l’expérience humaine a été modifiée à l’aide de la technologie et comment le corps interagit avec elle. 

Son espèce. Les cyborgs, les biohackers, et toutes les espèces d'hommes augmentés. Ils sont plus de 10.000 à porter une puce dans le monde. Son idée : l’espèce humaine telle qu’on la connaît n’est pas la dernière version de l’homme, la prochaine arrive.

Sa vision de l’homme du futur. « Nous allons assister à une belle explosion de la diversité de l’homme et de son identité. Dans le futur, les gens auront des nouveaux sens et de nouveaux organes, et ces améliorations donneront une nouvelle façon de comprendre le monde ».

Liviu Babitz - Cofondateur de Cyborg Nest

Liviu Babitz - Cyborg Nest Futur en Seine 2017
Liviu Babitz - Cyborg Nest Futur en Seine 2017 - L. BEAUDONNET / 20 MINUTES

Son invention : Le sixième sens. Proche du cyborg Neil Harbisson, Liviu Babitz a inventé le north sense, un implant accroché sur le torse qui permet de percevoir le nord par petites vibrations. « La notion du nord est profondément ancrée dans les traditions et créer ce sixième sens nous semblait intéressant pour commencer », explique-t-il. Ce n’est pas un instrument pour l’orientation, mais un sens qui permet de percevoir le nord qu’on le veuille ou non, de la même manière qu’on ne décide pas d’entendre le monde qui nous entoure, ou qu’on ne retire pas ses yeux après avoir regardé un film. On ne choisit pas quand le north sense nous donne une information.

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Son terrain de jeu ? Le corps humain. L'idée est de créer une nouvelle réalité pour les hommes avec de nouveaux sens. L’implant communique de nouvelles informations au cerveau.

Son espèce. Les cyborgs. Plus de 250 personnes se sont greffées ce nouveau sens et il s'apprête à en créer de nouveaux.

Sa vision de l’homme du futur. « Il sera plus heureux, en meilleure santé. Il aura une expérience de la vie augmentée avec une réalité augmentée. Il nous reste de nombreuses portes à ouvrir pour étendre notre expérience de la réalité. »

Gille de Bast - L’artiste du futur

Gille de Bast - Futur en Seine
Gille de Bast - Futur en Seine - Adrien Malguy / Propsy

Son invention : Mentalista foot. On pourrait l’appeler « l’homme qui jouait au foot par la pensée ». Gille de Bast développe des installations artistiques qui permettent au grand public de comprendre comment fonctionnent les interfaces cerveau-machine. Comment contrôler une lévitation de saucisson, bouger une balle ou prendre le contrôle d’êtres humains par électro-stimulation. Avec Mentalista foot, une électrode placée sur l’arrière de l’hémisphère gauche va témoigner de l’état mental du joueur. L’installation va savoir s’il y a une intention pour déplacer la balle sur la gauche ou sur la droite. A Futur en Seine, deux personnes s’affrontent par la pensée sur un terrain de foot.

Son terrain de jeu ? Le cortex visuel. Il traite tout ce qu’on voit. Dans cette partie du cerveau se trouvent les neurones miroirs qui fonctionnent de la même manière quand on regarde quelque chose et quand on y pense. Mentalista foot enregistre le cerveau d’une personne quand elle regarde un ballon aller à gauche ou à droite et crée un modèle électrique de référence qui est enregistré. Quand elle imaginera le ballon aller à gauche ou à droite, il bougera selon la pensée.

Son espèce. Les artistes du futur. Depuis deux ans, il prend plaisir à travailler sur le cerveau et adopte une posture techno-critique face aux recherches d’Elon Musk ou de Facebook. « J’ai envie d’être présent sur cette scène en tant qu’artiste au moment où ces technologies seront utilisées, qu’on ne nous impose pas une technologie fermée ».

Sa vision de l’homme du futur. « Il sera comme moi : fatigué, sapé n’importe comment ».

L’ExoAtlet - Un nouveau squelette

Exosquelette russe - ExoAtlet
Exosquelette russe - ExoAtlet - L. BEAUDONNET / 20 MINUTES

Son invention : L’exosquelette, conçu par le centre de recherche et développement russe Skolkovo, permet aux patients à la mobilité réduite et aux paraplégiques de se lever, de marcher et même de monter des escaliers. Le mécanisme produit les mouvements par lui-même, avec l’aide de l’intelligence artificielle.

Son terrain de jeu ? Les structures médicales et les institutions. Il existe plus d’une centaine d'exosquelettes de ce type en test. L'idée principale de cette innovation : « pour marcher, il faut marcher ».

Son espèce. Les personnes infirmes ou handicapées. L’exosquelette permet de rééduquer les jambes, d’irriguer le système sanguin de manière à éviter les effets secondaires de l’immobilisme sur le corps.

Sa vision de l’homme du futur. « Il permettra à la nature de grandir en sécurité ».