Nuit des musées: Comment s’organisent les musées pour vous forcer à venir les voir

MÉDIATION A l'occasion de la 13e Nuit des musées, les établissements multiplient les initiatives pour inciter les visiteurs à franchir le pas…

Benjamin Chapon

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Au musée du Louvre-Lens

Au musée du Louvre-Lens — M.ASTAR/SIPA

Samedi 20 mai 2017, dans la soirée, des centaines de musées en France (et 3.000 dans toute l’Europe) ouvriront leurs portes aux visiteurs mais aussi aux autres formes d’art pour des lectures, spectacles, animations…

La Nuit des musées, créé en 2005, était conçue pour aider les gens qui ne s’y sentent pas les bienvenus à entrer dans un musée, souvent pour la première fois. «  Ça a marché très fort  les premières années, nous confie le responsable des publics d’un grand musée régional. Mais petit à petit, l’événement s’est essoufflé sur le plan de la fréquentation. On ne fait pas plus d’entrée pour la nuit des musées que pour une nocturne sur une grosse exposition. » Aujourd’hui, pour de nombreux professionnels des musées, l’intérêt de l’événement réside ailleurs : tester des dispositifs.

Pas plus de visiteurs, mais des visiteurs plus différenciés

Gratuité partielle ou totale, ouvertures exceptionnelles, soirées festives… Les musées semblent avoir tout essayé ces dernières années pour séduire un public plus large. Pourtant, la fréquentation de musées est stable sur les dix dernières années. Certains s’en félicitent, notant que le développement des loisirs numériques a eu un impact négatif sur des pratiques culturelles comme la lecture.

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Reste qu’en 2016, seuls quatre Français sur dix ont fréquenté un musée. Statistique immuable, mais en trompe l’œil, depuis plus de trente ans : un Français visite en moyenne un musée par an. « L’objectif primordial, c’est la diversification des publics, explique Delphine Levy, directrice de Paris Musées. Aller chercher les plus jeunes, ce n’est pas si compliqué, les retraités non plus. Le vrai combat, il est sur les actifs avec enfants, déjà sollicités de toute part et qui ont des vies bien remplies. »

Des enfants médiateurs pour faire venir les adultes

Pour la Nuit des musées, les organisateurs se creusent la tête. A Paris, le Palais de la découverte sera ouvert toute la nuit. Au musée d’Orsay, l’astrophysicien Hubert Reeves racontera l’histoire de l’univers accompagné par la musique de l’Ensemble Calliopée et des magnifiques images du cosmos qui seront projetées sur un grand écran. Au musée de l’Orangerie, dans le cadre de l’exposition Tokyo – Paris. Chefs-d’œuvre du Bridgestone Museum of Art de Tokyo, un concert de luth, flûte et tambours japonais sera donné dans les salles des Nymphéas et sous la verrière du musée. A l’Institut du Monde Arabe, les visiteurs pourront découvrir en exclusivité l’époustouflant documentaire en réalité virtuelle The Enemy.

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Tout ça c’est bien joli mais avec les expositions-événements qui scandent désormais l’agenda des urbains, cette offre ne tranche pas forcément. A donc été imaginé le dispositifLa Classe, l’œuvre ! mené en partenariat avec le ministère de l’Education nationale.

Valentin Oller a participé à l'opération le dispositif La classe, l’œuvre ! au musée Agathois
Valentin Oller a participé à l'opération le dispositif La classe, l’œuvre ! au musée Agathois - musée Agathois

Dans toute la France, des classes de tous niveaux ont travaillé en partenariat avec des musées pour devenir médiateurs le soir de la Nuit des musées. Ainsi, Valentin Oller et sa classe de CP a conçu un récit autour d’une œuvre du musée Agathois, à Agde. « C’est l’histoire d’Etienne, un enfant très courageux, qui voyage avec son oncle sur un bateau pour sauver des naufragés. On a écrit l’histoire tous seuls, explique fièrement Valentin. On a visité trois fois le musée. Il y avait quelqu’un pour nous faire visiter. Il expliquait bien. » La classe de Valentin s’est intéressée à une maquette d’un bateau, la Sylvie, qui faisait le voyage jusqu’en mer de Chine au 19è siècle. « Les enfants vont lire leur histoire aux visiteurs en déambulant dans les différentes salles du musée, explique Jean-François Castan, médiateur culturel du musée Agathois. L’opération est intéressante pour les enfants mais aussi pour nous parce qu’elle fait venir les parents. »