A Madrid, 2.000 personnes manifestent pour l'abolition de la tauromachie

TRADITION Les corridas sont inscrites depuis 2015 au patrimoine culturel immatériel espagnol...

Benjamin Chapon

— 

Près de 2.000 personnes ont manifesté samedi 13 mai à Madrid pour réclamer l'abolition de la tauromachie

Près de 2.000 personnes ont manifesté samedi 13 mai à Madrid pour réclamer l'abolition de la tauromachie — Mariscal/SIPA

Près de 2.000 personnes ont manifesté samedi 13 mai à Madrid pour réclamer à grands cris « l’abolition de la tauromachie » en Espagne, le pays qui l’a inventée. Depuis des siècles, l’Espagne magnifie l’art d’affronter le taureau et depuis le 11 mai, les arènes de la capitale accueillent les célèbres fêtes taurines de San Isidro. Mais pour les organisateurs de la manifestation anti-tauromachie, ces fêtes « signifient la torture et la mort d’au moins 204 animaux ».

« Nous luttons pour en finir avec les corridas et n’importe quelle fête organisée en Espagne où l’on maltraite les animaux pour que les gens s’amusent », explique une manifestante, Sandra Barrena, avocate de 48 ans, venue spécialement du Pays basque. Pour elle, « on mesure le degré d’éthique, de morale et de civilisation d’un pays au respect qu’il a envers les animaux et à sa façon de les traiter et l’Espagne doit s’améliorer à ce niveau ».

La corrida définitivement radiée du patrimoine immatériel de la France

« La torture n’est pas culture », ont clamé les manifestants, à l’appel du collectif « La tauromachie est violence », composé d’associations de défense des animaux.

Culture ou torture ?

En 2010, le parlement de Catalogne avait voté l’interdiction de la corrida dans cette région du nord-est. Mais la Cour constitutionnelle a annulé l’an dernier cette mesure en jugeant que l’Etat se doit de préserver les corridas, inscrites depuis 2015 au « patrimoine culturel immatériel » du pays.

Les corridas sont de nouveau autorisées en Catalogne

En Espagne, « on dit qu’on ne peut pas maltraiter les animaux sauf dans les spectacles autorisés », a déploré l’un des organisateurs du défilé, Jose Enrique Zaldivar, président d’une association des vétérinaires abolitionnistes de la tauromachie. « Nous avons besoin que la notion de tauromachie comme bien d’intérêt culturel disparaisse », a expliqué ce vétérinaire, ensuite « nous pourrons chercher la voie permettant d’abolir tous les spectacles taurins ».

394 corridas par an

En septembre, plusieurs milliers de manifestants avaient déjà réclamé à Madrid cette abolition. Mais la tradition reste vive en Espagne : 1.736 fêtes taurines y ont été organisées en 2015 dont 394 corridas, selon le ministère de la Culture.

Les défenseurs des animaux avaient cependant remporté une victoire l’an dernier quand la région de Castille-et-Léon (nord) avait annoncé « l’interdiction de la mise à mort de taureaux en public lors de fêtes taurines populaires et traditionnelles ». La dernière édition de la fête du Toro de la Vega à Tordesillas, en septembre, s’est achevée sans mise à mort du taureau en public, alors qu’il y était traditionnellement tué à coups de lance, depuis cinq siècles.