A Londres, Marie Myriam a remporté l'Eurovision 1977 pour la France.
A Londres, Marie Myriam a remporté l'Eurovision 1977 pour la France. - Derek Cattani/Shutterst/SIPA
  • En mai 1977, à Londres (Angleterre), Marie Myriam a remporté l’Eurovision pour la France avec « L’Oiseau et l’enfant ».
  • Dans les jours qui ont précédé le concours, la chanteuse a affronté plusieurs déconvenues.
  • « J’étais fière. J’avais un sentiment de mission accomplie », a déclaré Marie Myriam à « 20 Minutes » en se remémorant sa victoire.

« Quand je suis arrivée à Londres, les gens de la maison de disques qui devaient me représenter sont partis. Contrairement aux autres candidats, je n’avais pas de voiture avec chauffeur, j’allais à Wembley en bus et je revenais en bus. Mais, à la fin, je suis rentrée en Rolls, j’avais mon carrosse ! Tout ça, c’est Cendrillon ! » Dans un éclat de rire, Marie Myriam partage avec 20 Minutes la revanche qu’elle a pris sur le destin qui semblait décidé à jouer les marâtres.

En mai 1977, la chanteuse offre à la France sa dernière victoire en date à l’Eurovision avec L’oiseau et l’enfant, « une chanson populaire au texte sublime, message d’amour et de paix, écrit par Joe Gracy et à la musique, facile à retenir, de Jean-Paul Cara », dixit l’artiste. Pourtant, il s’en est fallu de peu pour qu’elle ne puisse jamais concourir.

Une première répétition catastrophique

Quelques mois plus tôt, cette chanson est retenue in extremis par le comité de sélection de TF1. Un jury doit choisir, parmi 370 maquettes, quatorze propositions qui pourraient participer à un télécrochet et espérer représenter la France à l’Eurovision. La première liste établie ne comporte que treize morceaux. Il en manque donc un. L’Oiseau et l’enfant a droit à une nouvelle écoute… qui porte ses fruits.

Sueurs froides encore dans les jours précédant la finale de l’Eurovision, organisée à Londres. La première répétition se passe très mal. « Les fameuses huit premières mesures me semblent interminables. Ma voix est timide. Je n’ose pas chanter. Je sors déçue de ma prestation et, ce jour-là, je recule dans les classements des bookmakers anglais », se rappelle la chanteuse dans son autobiographie, La Fille du Ribatejo*.

Chanson trop longue et problème de culottes

A l’issue de la deuxième répétition, rebelote côté angoisse : chrono en main, les organisateurs menacent de disqualifier la chanson car elle dure huit secondes de trop. Il faut absolument la faire tenir dans la limite des trois minutes réglementaires… Lors de l’ultime répétition, la veille de la finale, Marie Myriam se rend compte avec stupeur que les robes de ses choristes, transparentes, laissent entrevoir leurs culottes. La faute aux fourreaux oubliés à Paris.

Mais le 7 mai 1977, le chat noir finit par tourner les talons. Malgré la froideur du public, la voix de la chanteuse française ne s’enrhume pas. Pas davantage que les choristes, bien couvertes dans leurs robes noires. Au décompte des points, la France et le Royaume-Uni ne jouent qu’un temps aux chassés-croisés : Marie Myriam s’impose avec 15 points d’avance sur le duo d’outre-Manche.

« La Française est-elle déjà en train de boire du champagne ? »

« J’ai la tête qui tourne. Je viens de gagner l’Eurovision, et je sais que, dans quelques minutes, je vais devoir rechanter, écrit-elle dans son autobiographie. Je dois me concentrer. Sécher mes larmes. Retrouver mon souffle. Comme c’est difficile. Tirée d’un côté et de l’autre par ceux qui, quelques minutes plus tôt, étaient mes adversaires et qui maintenant veulent me féliciter et m’embrasser, je ne réussis pas à contenir l’émotion qui m’envahit. Je ris et je pleure en même temps. »

Ultime embûche sur le chemin la menant des coulisses à la scène : un cameraman qui la filme en marchant à reculons fait une lourde chute. Marie Myriam se précipite vers lui, demandant qu’on apporte de la glace au malheureux. Le direct attendra. L’animatrice meuble comme elle peut, dans un sourire crispé : « Mais que fait la Française ? Elle est déjà en train de faire la fête ? De boire du champagne ? »

Les larmes du père

L’émotion étreint à nouveau la grande gagnante de la soirée quelques instants plus tard : « Je regarde mon père, l’homme de ma vie, mon héros, qui a tenu à m’accompagner. Je suis heureuse et fière de lui offrir cette victoire, se remémore-t-elle dans son livre. Comme il a l’air sérieux. Réalise-t‑il ce qui m’arrive ? (…) Ce n’est que lorsque débute la conférence de presse, au moment où les médias me pressent de questions, que je comprends enfin. Cet air sérieux, presque sévère, n’est là que pour cacher l’immense émotion qui le submerge. (…) Tout en répondant aux journalistes, j’aperçois, bouleversée, deux grosses larmes qui font de la résistance au bord de ses paupières. »

Quarante ans plus tard, face à 20 Minutes, l’artiste précise : « C’était comme une médaille d’or française. En gagnant l’Eurovision, qui plus est à Londres, j’ai apporté de la joie aux gens, de la fierté, j’ai représenté le drapeau. J’avais un sentiment de mission accomplie. » L’Oiseau et l’enfant s’est depuis écoulé à 4 millions d’exemplaires. La chanson a traversé les décennies et les générations. Et 40 ans plus tard, Marie Myriam attend toujours que quelqu’un lui succède au palmarès des victoires françaises.

* La Fille du Ribatejo, parution le 3 mai aux Editions de l’Archipel. La chanteuse vient de sortir, chez Wagram, un double-album de 40 titres, Marie Myriam, 40 ans de carrière.

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