Isadora Duncan en bande dessinée
Isadora Duncan en bande dessinée - J. Birmant, C. Oubrerie & Dargaud 2017

Quatre-vingt-dix ans après sa mort, la danseuse américaine Isadora Duncan continue d’inspirer de nombreux artistes : alors qu’en novembre dernier, la réalisatrice Stéphanie Di Giusto lui consacrait un film ( La danseuse, dans lequel elle était incarnée par Lily-Rose Depp), la voilà aujourd’hui héroïne de bande dessinée ! «  Isadora » retrace en effet la vie -ô combien romanesque- de celle dont on dit qu’elle révolutionna la danse moderne… « et bien davantage », ajoute la scénariste Julie Birmant, qui revient, pour 20 Minutes et à la suite de la Preview ci-dessous, sur la genèse de l’album. Bonne lecture !

Résumé de l’éditeur : Isadora arrive à Paris en même temps que Picasso, mais, à l’Expo Universelle 1900, c’est Rodin qu’elle découvre. C’est une révélation. Elle qui ne croyait qu’en la beauté simple des Grecs, veut désormais connaître les passions que le sculpteur a frappées dans le marbre. Et d’abord l’Extase. Plus facile à dire qu’à faire… Pourtant, au gré de ses rencontres avec Rodin puis Loïe Fuller, elle approfondit son art, la danse, et traverse les épreuves comme une petite flamme magique qui ne s’éteint jamais.
 

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Les deux faces de « la montagne Duncan »

Alors qu’ils avaient déjà consacré un album (Il était une fois dans l’Est, publié fin 2015) à la relation tumultueuse qu’entretinrent Isadora Duncan et le poète russe Essénine, Julie Birmant et le dessinateur Clément Oubrerie remettent donc le couvert… en étoffant généreusement le menu : dans Isadora, le duo déjà auteur de la tétralogie Pablo déroule toute la vie « professionnelle » de la danseuse américaine, depuis sa traversée de l’Atlantique à bord d’un cargo à bestiaux, en 1899, à sa fin tragique sur la Côte d’Azur, en 1927.

« Dans le premier album, on avait attaqué la montagne Duncan par sa face nord, précise Julie Birmant. Avec celui-ci, on explore sa face sud : sa jeunesse, son accession à la gloire, sa quête d’absolu (amoureux et artistique). Les deux livres se complètent et entrent en résonance, mais ils sont indépendants l’un de l’autre ».

J. Birmant, C. Oubrerie & éd. Dargaud 2017
 

On comprend que les auteurs aient du mal à « lâcher » le personnage d’Isadora Duncan, artiste solaire qu’on qualifie aujourd’hui de « hippie avant l’heure ». « Il faut se rendre compte que dans les années 1920, elle dansait presque nue sur de la musique classique. Elle bouleversait les milliers de spectateurs qui se pressaient à ses spectacles depuis 1903, confirme Julie Birmant. Isadora dresse le portait d’une femme exaltée, nomade, et en même temps habitée par un talent immense. Elle traverse les mers avec son clan, notamment son frère Raymond, l’inventeur loufoque du happening. Elle est à la recherche d’un public qui comprenne le vent de révolution qu’elle apporte ».
 

J. Birmant, C. Oubrerie & éd. Dargaud 2017

Une liberté scandaleuse

Après une escale à Londres, on assiste à l’arrivée d’Isadora Duncan à Paris… et à sa rencontre avec Rodin. « Ce fut pour elle une révélation, un tournant dans sa vie ». Puis on la suit en Grèce, où elle et sa famille vivent nus comme dans l’Antiquité ; à New-York, où elle déclenche un scandale en dévoilant un sein sur scène ; à Moscou, où elle s’efforce -en vain- d’aider son mari, le poète Essénine, à en finir avec l’alcoolisme qui le détruit à petit feu…
 

J. Birmant, C. Oubrerie & éd. Dargaud 2017

Danser la vie

L’album comporte évidemment plusieurs séquences -magnifiques de grâce- dans lesquelles Isadora s’adonne à son Art, la danse. Pourtant, si celle-ci est présente, elle n’est pas omniprésente. « Comment faire ressentir ce qu’ont éprouvé tous ceux qui l’ont vue danser ? Isadora dansait sa vie. En la dessinant, on essaie de faire sentir ce que devait dégager sa danse, admet Julie Birmant. Et puis la danse, ce n’est pas seulement une discipline artistique qu’on va parfois admirer sur une scène. Ça concerne tout le monde : qui ne voudrait savoir danser, réussir à bien bouger son corps ? C’est cela qu’a apporté Isadora : l’évidence que l’on ne peut pas être libre sans avoir un corps libre. »
 

J. Birmant, C. Oubrerie & éd. Dargaud 2017

Captivant, le livre rappelle évidemment combien Duncan fut, à travers ses audaces, une grande et importante artiste de son temps. Mais il brosse aussi -surtout ? - le portrait d’une femme libre, soucieuse de ne se laisser guider que par son désir. Aussi lorsqu’on lui demande ce qu’elle espère inspirer aux futurs lecteurs d’Isadora, Julie Birmant n’hésite pas une seconde : « J’aimerais que cette femme ressuscite dans leur esprit, et qu’elle y vive comme une flamme que rien ne peut éteindre au lieu de n’évoquer qu’une écharpe coincée dans un essieu de voiture de course… ».

 

Isadora, de Julie Birmant & Clément Oubrerie - éditions Dargaud, 22,90 euros

En vente le 14 avril 2017

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