Montage photo - La délégation russe à l'Eurovision en mai 2016.
Montage photo - La délégation russe à l'Eurovision en mai 2016. - JONATHAN NACKSTRAND / AFP

En langage Eurovision, on appelle ça un « Eurodrama ». Ailleurs, on parle de mini-crise diplomatique. Ce mercredi, l’ Ukraine, qui organise le concours cette année, a interdit pour trois ans l'entrée sur son territoire à la représentante de la Russie. Ce qui, de fait, l'empêchera de participer au concours qui se déroulera en mai à Kiev.Les relations entre les deux pays sont à couteaux tirés depuis l’annexion par Moscou de la péninsule ukrainienne de Crimée il y a trois ans. La Russie n'avait pas vraiment besoin de ça pour entretenir la relation d'amour/haine avec le concours. Retour sur quatre ans de « je t’aime moi non plus »...

2014 - Conchita Wurst hérisse les poils russes 

Les pétitions lancées en Russie n’auront servi à rien : en mai 2014, Conchita Wurst a bel et bien pu participer à l’Eurovision organisé à Copenhague (Danemark). Et pour le plus grand déplaisir des signataires, la drag-queen autrichienne a triomphé avec Rise like a Phoenix. Vladimir Poutine lui-même aurait eu du mal à digérer la victoire de la diva barbue, à un tel point qu’ il aurait songé à relancer Intervision, un concours sur le modèle de l’Eurovision mais réservé aux pays du l’ex-bloc soviétique. La pilule a été d’autant plus dure à avaler que les candidates russes, les sœurs jumelles Tolmatchevy, ont été copieusement huées.

Dur, dur pour ces artistes de 17 ans qui n’y étaient pour rien : en sifflant, les spectateurs protestaient avant tout contre la politique du Kremlin et notamment les lois anti-gays mises en place en 2013.

2015 - Gagarina et la « propagande sodomite »

Lors du concours, organisé à Vienne (Autriche), un dispositif a été prévu pour rendre les éventuelles huées inaudibles pour les téléspectateurs. Hélas, la candidate russe Polina Gagarina a quand même été conspuée ce qui a conduit Conchita Wurst, qui officie alors comme animatrice, à rappeler le public à l’ordre. Une fois rentrée en Russie, Gagarina se prendra une volée de bois vert pour avoir publié un selfie avec la drag queen.

« Qu’y a-t-il de réjouissant à saluer un pervers malade mental ? Gagarina est une traîtresse à la Mère patrie (…) alors elle peut maintenant assurer la propagande des valeurs sodomites de l’Ouest », s’est indigné le député russe Vitaly Milonov. Ambiance.

2016 - L’affront ukrainien 

L’Ukrainienne Jamala remporte le concours avec 1944 dans laquelle elle chante : « Quand les étrangers arrivent… Ils débarquent chez vous. Ils vous tuent et disent : "Nous ne sommes pas coupables" ». ? Officiellement, le texte fait référence à la déportation des Tatares de Crimée sur ordre de Staline, mais l’artiste avait raconté elle-même qu’elle en a écrit les paroles « en état d’impuissance » après l’annexion de la Crimée – territoire revendiqué par l’Ukraine - par la Russie en 2014.

Pour le sénateur russe Frantz Klintsevitch, ce n’est pas la chanteuse qui a gagné l’Eurovision, « c’est la politique qui a battu l’art ». Le président du comité des Affaires étrangères du Sénat, Konstantin Kossatchev ira jusqu’à dire que « c’est la guerre qui a gagné », sous entendant que le résultat de l’Eurovision compromettait le processus de paix dans l’Est de l’Ukraine. A Moscou plusieurs voix s’élèvent pour demander le boycott de l’édition 2017.

2017 - Le veto ukrainien 

Le 12 mars, la Russie officialise sa candidature : Ioulia Samoïlova chantera Flame is burning (« La flamme brûle »).

Atteinte de la maladie de Werdnig-Hoffmann, l’artiste se déplace en fauteuil roulant. Les cyniques font remarquer que le pays de Poutine se met ainsi à l’abri des huées du public « Il est difficile de considérer le choix de la candidate russe à l’Eurovision, qui aura lieu à Kiev – quasiment dans « le repaire de l’ennemi » – en dehors du contexte politique des relations entre la Russie, l’Ukraine et l’Europe. Il est clair que des réactions négatives à la prestation de Ioulia Samoïlova ne feraient pas honneur au public. Conspuer une personne handicapée est ignoble en soi », avance le site d’actu russe Gazeta, cité par Courrier international.

L’Etat ukrainien a été bien moins bienveillant. Il a interdit ce mercredi à la chanteuse russe d'entrer sur le territoire ces trois prochaines années. Pourquoi ? Parce qu'elle a donné un concert en Crimée en 2015, soit un an après l’annexion de ce territoire par la Russie. « Nous devons respecter les lois du pays hôte, cependant nous sommes profondément déçus par cette décision qui nous semble aller à l’encontre de l’esprit du concours et de la notion d’inclusion, une valeur qui nous tient à cœur, a réagi dans un communiqué l’UER (Union européenne de radio-télévision) qui organise l’Eurovision. Nous continuerons à discuter avec les autorités ukrainiennes afin de nous assurer que tous les artistes pourront participer au concours à Kiev. »

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