BoxSons, Binge Audio, Nouvelles Ecoutes... Va-t-on enfin se mettre aux podcasts ?

tendance On annonce leur arrivée massive depuis dix ans déjà. Avec les nouvelles initiatives de professionnels des médias, cette fois, c’est la bonne ?

Mélanie Wanga

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Daniel Andreyev, Alexandre Hervaud, Rafik Djoumi et Thomas Rozec, lors d'un l'enregistrement du podcast NoCiné, produit par Binge Audio. 

Daniel Andreyev, Alexandre Hervaud, Rafik Djoumi et Thomas Rozec, lors d'un l'enregistrement du podcast NoCiné, produit par Binge Audio.  — Joel Ronez/Binge Audio

Ça fait des lustres qu’on nous l’annonce, depuis le début des années 2000, en fait : ça y est, les podcasts arrivent et tout le monde va s’y mettre. Avec des résultats plutôt mitigés à la clé… Mais aujourd’hui, les preuves sont là : avec 270 millions de téléchargements rien que pour Radio France sur l’année 2015, la révolution du podcast semble bien à nos portes. La toute jeune boîte de production de podcasts Nouvelles Ecoutes revendique quant à elle 150.000 téléchargements sur ses deux premiers mois d’existence…

Entre les convertis qui écoutent chaque semaine leurs émissions préférées et le grand public qui a du mal à faire la différence avec la radio classique, l’écart se resserrerait-il ? Cette fois, en tout cas, les professionnels y croient.

De nouvelles offres pour faire décoller le marché

Première raison : une flopée de nouvelles initiatives francophones indépendantes voient le jour. A la tête de la fronde, on trouve des projets d’anciens cadres des médias classiques, bien décidés à faire leur trou dans cette niche… et à la diversifier. Ainsi, l’offre propose pêle-mêle du reportage, du feuilleton, de la discussion intime ou encore de la table ronde. Autant de formats auxquels professionnels comme amateurs se frottent avec passion. L’initiative la plus récente s’appelle BoxSons et est menée par Pascale Clark, ex-voix culte de France Inter. Après une levée de fonds sur Ulule qui a atteint 50.073€, l’entreprise, qui fonctionnera sur le principe de l’abonnement, va proposer des reportages et « d’autres types de programmes », selon Le Nouvel Obs.

Notons aussi le site Slate.fr qui, grâce son partenariat avec Audible, propose plusieurs podcasts dont Transfert, un format storytelling qui raconte une histoire différente par épisode, et Les Sales Gosses, à destination des parents.

Ancien d’Arte, Joël Ronez a lui fondé la boîte de production Binge Audio, qui propose principalement des formats table ronde comme NoCiné, NoFun, NoGame et l’émission de storytelling Superhéros. Le projet est lui aussi passé par la case Ulule, en levant 21.696€. « Après une carrière dans les médias traditionnels [chez Arte], je voulais créer une formule plus légère, déclare-t-il. L’âge moyen des auditeurs de radio est assez élevé. Moi, je crois au Web et à la dynamique des nouveaux médias en ligne. »

De son côté, Julien Neuville, cofondateur de Nouvelles Ecoutes aux côtés de l’ex-journaliste d’Elle Lauren Bastide, acquiesce : « La radio perd 1,5 % de son écoute chaque année… et connaît également certains enjeux de diversité. A travers notre projet, nous voulions mettre en avant des voix qu’on n’a pas l’habitude d’entendre. Les histoires qui nous intéressent ne collent pas avec les formats actuels, et nous voulons pouvoir prendre le temps de les raconter. » Comme La Poudre, une conversation à deux entre Lauren Bastide et une invitée. Leila Slimani, Inna Modja ou Garance Doré se sont déjà prêtées à l’exercice. La version sportive s’appelle Banquette et donne la parole à des acteurs du monde du football.

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Ecouter des podcasts en faisant la vaisselle

L’ambition est belle, mais elle est la même depuis le début des podcasts. Pourquoi ça marcherait ce coup-ci ? Parce que les pratiques évoluent enfin. Silvain Gire, responsable d’Arteradio.com qui produit des podcasts depuis 2002, dont Le Mike et l’enclume, explique : « Le podcast est dans un mode d’écoute solitaire, avec une personne investie et concentrée qui reçoit une histoire qu’elle écoute en entier. C’est différent de la radio, où on arrive au milieu d’un flux de programmes et où il n’y a jamais vraiment de fin. » Si Radio France reste le principal pourvoyeur de podcasts (50 % du marché), ses émissions ne représentent qu’un petit échantillon de ce qui existe. Qu’on se dise : la vraie force des podcasts, ce sont les formats innovants.

Ils s’écoutent donc sur le trajet pour aller bosser, en faisant la vaisselle, dans la salle d’attente du dentiste… « En vrai, les podcasts existent depuis le début des années 2000. Le mot a d’ailleurs été inventé en 2004 aux Etats-Unis : c’était le concept de radio à la demande, sur le Web, entièrement téléchargeable, poursuit Silvain Gire. Mais ce qu’il a véritablement fait émerger l’écoute régulière, c’est l’application Podcasts, installée par défaut sur les iPhones. » On peut aussi citer celles disponibles dans le Google Play Store, comme PocketCast ou PodcastAddict. En bref, si vous avez un smartphone, les podcasts sont à portée de doigts…

Aux sceptiques qui ne croient pas à l’émergence durable du podcast, Joël Ronez rétorque : « C’est comme se demander pouquoi Friendster n’a pas marché alors que Facebook, oui. Il y a une question de timing. Il y a dix ans, les smartphones et la 4G ne faisaient pas encore partie de l’équation et l’offre restait assez amateur. Aujourd’hui, on se base sur un marché connu : la consommation de podcasts est en augmentation constante. Et puis, les gens utilisent déjà des applications comme Spotify, Deezer, Apple Music… Ils sont habitués à écouter en marchant. »

A la recherche du podcast français à succès

Aux Etats-Unis, c’est en 2014 que le marché du podcast a connu le choc Serial, produit par la radio publique WBEZ Chicago. Une histoire a priori simple, qui raconte l’histoire d’Adnan Syed, ado des années 1990 accusé du meurtre de sa petite amie Hae min-Lee, et emprisonné à vie. Mené par la journaliste Sarah Koenig, le format mêle enquête journalistique, dénonciations du système juridique américain… et suspens insoutenable. 100 millions de téléchargements et quelques prestigieux prix plus tard, les dix épisodes ont montré que le succès grand public dans le podcast était bel et bien possible.

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Ce qui entraîne la question : quel sera ce hit de bien de chez nous qui rendra enfin les podcasts mainstream ? Julien Neuville théorise : « Il faut raisonner sans trop s’inspirer des US. Je ne pense pas que le podcast à succès en France viendra du domaine du faits divers, trop connoté chez nous. Ce sera peut-être une fiction de qualité, avec des noms connus… » On tend l’oreille, donc.

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