Le style Averty expliqué à la génération Beyoncé

TELEVISION Jean-Christophe Averty, le réalisateur qui a révolutionné le petit écran en sublimant les chansons des stars des années 1960 et 1970 est décédé ce samedi. France 3 lui avait consacré un documentaire en février...

Fabien Randanne

— 

Mosaïque de différentes réalisations de Jean-Christophe Averty.

Mosaïque de différentes réalisations de Jean-Christophe Averty. — montage FTV à partir de documents INA / JC AVERTY

Cet article publié à l'occasion de la diffusion du documentaire sur France 3 en février 2017 a été mis à jour le 4 mars après l'annonce du décès de Jean-Christophe-Averty.

« C’est la haute couture de la télévision à la portée de tous. » Voilà comment Mireille Dumas commentait le fabuleux défilé d’images du documentaire qu’elle a consacré à Jean-Christophe Averty et qui a été diffusé en février sur France 3.Trésors cachés des variétés rendait hommage à l’œuvre d’une figure du petit écran, décédé le 4 mars à l'âge de 88 ans, et que les moins de 20 ans ne connaissent hélas sûrement pas. Pourtant, des années 1960 aux années 1980, les plus grandes stars de la chanson française se sont bousculées pour que Jean-Christophe Averty mette en scène et en images leurs chansons dans l’une des cinq cents émissions qu’il a produites. Ses scénographies apparaissaient comme autant de révolutions graphiques et ingénieuses dans la télé de l’époque. Un avant-gardisme qui n’a quasiment pas pris une ride et qui mérite d’être redécouvert par les jeunes générations. La preuve en quatre exemples.

  • Avant les Daft Punk, il y a eu Marcel Amont

Jean-Christophe Averty avait un indéniable sens de l’image et il le mettait au service des tubes des artistes de l’époque. « Chaque chanson est pensée, dessinée à la mesure près. Pour lui, la musique dicte tout », soulignait Mireille Dumas dans le documentaire. Pour La Leçon de solfège de Marcel Amont, par exemple, les notes de musique sont incarnées par des danseuses qui, sur une portée, ouvrent et ferment leurs parapluies colorés au rythme de la mélodie.

«La Leçon de solfège» de Marcel Amont mise en images par Jean-Christophe Averty.
«La Leçon de solfège» de Marcel Amont mise en images par Jean-Christophe Averty. - MD Prod

« L’idée, si poétique, continue à m’épater. Pour moi, ça constitue un petit chef-d’œuvre », glissait le chanteur à la journaliste. C’est autour d’un concept similaire que Michel Gondry a construit le clip d’Around The World, en 1997, avec des personnages qui représentent chacun un instrument de musique ou une piste du morceau des Daft Punk…

 

  • Avant Christine and the Queens, il y a eu Sylvie Vartan

En 1964, devant la caméra d’Averty, Sylvie Vartan est « la plus belle pour aller danser ». La chanteuse apparaît par moments de dos, le réalisateur s’amuse à superposer les images et à multiplier les effets visuels. « Vous vous rendez compte ? C’était tellement nouveau. C’était même pas envisageable, on ne faisait jamais ça à l’époque », témoignait l’artiste dans le documentaire de France 3.

Autrement dit, Sia n’a rien inventé avec ses apparitions en live, dos tourné au public. Ce qui passe pour une coquetterie aujourd’hui était, dans la France de De Gaulle, une réinvention totale de la grammaire télévisuelle. Jean-Christophe Averty accomplissait tout cela en optant davantage pour le minimalisme que pour les exubérances tape-à-l’œil. Une sobriété graphique que l’on retrouve dans les premiers clips de Christine and the Queens.

  • Avant Kanye West, il y a eu Gilbert Bécaud

« Jean-Christophe Averty s’inspire de tous les courants artistiques qui ont nourri l’art moderne », notait Mireille Dumas. L’un des exemples les plus flagrants, présentés dans le documentaire, est la chanson Catch me, de Gilbert Becaud, dont la mise en scène est un clin d’œil flagrant à l’œuvre de Marcel Duchamp La mariée mise à nue par ses célibataires, même.

Gilbert Bécaud chante «Catch Me» devant la caméra de Jean-Christophe Averty.
Gilbert Bécaud chante «Catch Me» devant la caméra de Jean-Christophe Averty. - MD Prod

 

Will.i.am, qui s’incruste dans les œuvres du musée du Louvre pour Mona Lisa Smile, ou Kanye West, qui fait clairement référence au travail de Vincent Desiderio avec le clip de Famous, sont donc loin d’être les premiers à clamer leur amour de l’art.

  • Avant Beyoncé, il y a eu Serge Gainsbourg et Jane Birkin

Vous avez été emballé par Lemonade, le film-album de Beyoncé qui, en une heure, rend hommage aux Afro-américaines ? Le concept n’avait rien d’inédit. En 1971, Jean-Christophe Averty a mis en image Histoire de Melody Nelson en invitant Serge Gainsbourg et Jane Birkin à se balader dans des œuvres surréalistes de Paul Delvaux ou Salvador Dali.

Les incrustations vidéo, avec des protagonistes filmés devant un fond bleu, étaient l’une des marottes du réalisateur qui a osé aussi des incartades dans le psychédélisme, à la limite du cinéma expérimental. « Quand on cherche à faire différent, on se casse souvent la gueule. Mais c’est tant mieux. Faut-il vivre dangereusement en essayant de faire quelque chose plutôt que de se traîner comme une larve dans la médiocrité ? », se demandait Jean-Christophe Averty. La réponse était dans sa question. Et dans chacune de ses réalisations.