Ian Alexander et Brit Marling dans «The OA».
Ian Alexander et Brit Marling dans «The OA». - Myles Aronowitz/Netflix

Cet article a été rédigé de manière à ne pas révéler d’élément majeur de The OA qui gâcherait au spectateur le plaisir de la découverte, cependant il fait référence à certains points concernant la tonalité, l’esthétique et les thématiques générales.

« Bonne année, bonne santé, faut qu’on parle de The OA. » Si vos collègues vous ont accueilli comme ça, entre deux bises, à la machine à café : bienvenue au club ! Mise en ligne tout juste avant les fêtes, la nouvelle série de Netflix a déboulé sans prévenir, comme une étrenne à découvrir entre deux réveillons. Mais l’histoire de Prairie, une jeune aveugle qui, sept ans après avoir disparu, réapparaît en ayant recouvré la vue, n’a rien de la consensuelle fable de Noël. Au bout des huit épisodes, le spectateur se retrouve la tête secouée de points d’interrogation, sans être sûr d’avoir tout compris.

Un peu comme ce collègue qui, fin décembre, a envoyé un mail à l’ensemble de la rédaction de 20 Minutes en quête d’une voix amie capable de venir à bout des interrogations qui le taraudaient. « J’ai besoin d’en parler. Je fournis le café et le mot d’excuse aux chefs de service pour pause prolongée non justifiée ».

Capture d'écran d'un mail d'un journaliste de «20 Minutes».
Capture d'écran d'un mail d'un journaliste de «20 Minutes». - DR

 

Un appel à l’aide resté lettre morte car aucun chef de service n’aurait été convaincu par ledit mot d’excuse, mais surtout car l’on défie quiconque d’apporter une réponse définitive aux flous de l’intrigue. « C’est une série où tu n’as pas de certitude. Elle est inattendue dans son déroulement, elle prend toujours la direction opposée de celle que l’on pense qu’elle va suivre », souligne Renan Cros, critique séries chez Stylist.

Flirt avec les ridicule

Les créateurs de The OA, Zat Bagmanglij et Brit Marling – qui incarne aussi l’héroïne principale –, assument toutes les audaces, à commencer par ce générique qui surgit dans le premier épisode alors qu’on ne l’attend plus. Le duo a osé coucher sur le papier des idées flirtant avec le ridicule ou le too much. La brutalité du fait divers côtoie ainsi par moments l’esthétique new age, les codes mélodramatiques se heurtent à ceux des séries ados, et les accents anxiogènes s’entrechoquent avec des élans de pure naïveté.

« Pour Zat Bagmanglij et Brit Marling, The OA n’est pas une série mais un film de 8 heures, dont chaque épisode constituerait un chapitre », reprend Renan Cros. Pour le spectateur, The OA semble perpétuer la tradition du conte oral, des récits narrés au coin du feu. C’est d’ailleurs à la lueur de bougies et face à un auditoire rassemblé en demi-cercle que Prairie raconte ce qui lui est arrivé durant les sept années où elle avait disparu.

La mise en abyme est délibérée : on regarde les personnages qui boivent ses paroles et l’on ne perd pas une goutte de ces flash-back où se mêlent scènes dignes d’un thriller et expériences paranormales. Les mythes, mais aussi la foi ou, plus largement, la croyance – ce à quoi l’on croit ou non – sont au cœur même de The OA.

« Accepter l’irréalisme »

Mais tout le monde n’est pas forcément prêt à déchiffrer les indices (le violet, couleur symbolique du surnaturel, occupe une place prépondérante d’un plan à l’autre) ni à céder aux embardées mystiques de Prairie. « C’est une série finalement plutôt risible dans sa volonté de laisser planer un mystère sur la foi de quelques phrases laissées en suspens et de personnages au passé trouble, critique Nico Prat, journaliste chez Rockyrama. Ce qui m’intéresse le plus, c’est ce qu’il y a autour, les réactions des gens, qui plongent la tête la première ou qui restent au bord. J’aime quand une série divise. C’est selon moi la seule qualité de The OA. »

Chacun est donc invité à choisir son camp face à cette série qui a tout pour devenir un « slow-burner », une œuvre qui atteint le succès sur la durée, grâce au bouche-à-oreille. « Netflix a planqué The OA pendant longtemps, explique Renan Cros, qui l’a découverte il y a plusieurs semaines. On ne pouvait pas dire qu’elle allait sortir. Ce serait formidable qu’elle devienne un phénomène car elle demande d’accepter la fiction, l’irréalisme - soit tout ce que refuse le cinéma aujourd’hui, même Rogue One cherche le réalisme. Ça me déprime de voir ses détracteurs ricaner car cette série nous demande d’accepter de ne pas tout comprendre. » On vous laisse là-dessus, il est temps d’aller présenter nos vœux au collègue qui avait tant besoin de parler autour d’un café.

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