Ademo et N.O.S chantent le rap, la célébrité et le désespoir
Ademo et N.O.S chantent le rap, la célébrité et le désespoir - Capture d'écran Youtube

Quand, début février 2017, Ademo et N.O.S monteront sur la scène du Zénith de Paris pour venir chercher leur Victoire du meilleur album de Chansons, il ne faudra pas faire les étonnés. Les rappeurs de PNL présentent effectivement leur album Dans la légende, déjà triple disque de platine, dans la catégorie « album de Chansons » et non pas en « Musiques urbaines » où on aurait pu légitimement les attendre.

PNL fait partie des artistes présélectionnés pour la Victoire de l'album Chanson 2016
PNL fait partie des artistes présélectionnés pour la Victoire de l'album Chanson 2016 - deezer

Retenu dans la présélection au milieu des Renaud, Christophe et autre Julien Doré, PNL pourrait bien créer la surprise. A 20 Minutes, on se mouille un peu et on les annonce placés, voire gagnants. En tout cas, pour la beauté du geste, on a voté pour eux.

Une stratégie payante ?

Récemment, Abd Al Malik (2007, 2009, 2011) et Oxmo Puccino (2010 et 2013) ont remporté la Victoire de l’album de Musiques urbaines avec des disques qui auraient très bien pu figurer dans la catégorie Chansons.

L’an dernier, Abd Al Malik avait choisi de concourir dans la catégorie Musiques électroniques pour son album Scarifications coréalisé avec Laurent Garnier. Sans succès. Et depuis deux ou trois ans, plusieurs morceaux de hip-hop ont été présentés dans la catégorie Chanson de l’année.

En 2016, c’est Maître Gims qui l’emportait avec Sapés comme jamais. Dans les maisons de disques, on refuse, plus ou moins poliment, de commenter les décisions de faire concourir les artistes hip-hop dans telle ou telle catégorie : « Ecoute, t’es bien gentil, mais si je t’explique ma stratégie aux Victoires et que notre artiste n’est même pas dans les trois nominés, hé ben je vais passer pour un con. »

Les artistes présélectionnés pour la Victoire de l’album de Musiques urbaines sont S-Crew, Booba, Georgio, Jul, Kool Shen et MHD. Du classique… En comparaison, la présence de PNL parmi Christophe Maé, Benjamin Biolay ou Vincent Delerm est plus étonnante, et donc susceptible d’attirer les suffrages des membres de l’académie de votants. A moins que ces derniers, des professionnels de la musique plutôt parisiens, plutôt blancs, plutôt CSP +, ne connaissent pas PNL et votent (encore) Vianney.

« Le rain-té jalouse ma plume »

Une Victoire de PNL dans la catégorie Chansons ne manquerait pas de relancer deux débats sans fin : « Le rap, est-ce de la chanson comme les autres ? » et « Pourquoi une Victoire des musiques urbaines et pas de Victoire des musiques rurales ? » Puisqu’ils n’accordent pas d’interviews, il faut aller piocher dans les paroles des chansons de PNL pour essayer de connaître leur position sur ces questions.

Le duo semble mépriser tout à la fois un certain rap (« J’écoute pas leur rap, leurs putains d’mythos sur fond vert » dans Humain) et le monde de la musique savante (« Les chicos rayent le sol, j’connais pas ré-mi-sol, la 'sique j’m’en bat les couilles » toujours dans Humain). Se flattant à plusieurs reprises des millions de vues récoltées par ses chansons sur Youtube, le duo clame dans un même élan contradictoire ne pas se soucier du succès et « pisser sur le trône ».

Notamment sur le titre DA :

« J’connais le million mais j’chante toujours pas la-la-la-la/J’fais qu’du taga, QLF se fait le rap FR
Wesh mes cliquos je vends plus/le rain-té jalouse ma plume »

Et sur Sheita :

« Disque d’or, ah bon c’est nous ? Wallah, j’savais pas/Pourtant meilleurs dans la drogue, mais bon »

Dans d’autres titres, PNL affecte un autodénigrement des paroles de ses chansons : « J’sors des mots de merde » dans Dans la légende, « La feuille est si belle, plus j’écris plus j’salis » dans Jusqu’au dernier gramme.

S’il affecte la plupart des codes du hip-hop, y compris dans sa façon de s’en démarquer, PNL s’inscrit aussidans une certaine tradition de la chanson française avec sa mélancolie de classe et ses sentiments contradictoires exacerbés. La prépondérance des paroles sur la musique, littéralement d’accompagnement, évoque aussi un héritage du monde de la chanson. Bien qu’ils se soucient probablement assez peu de notre assentiment (« J’m’en bats les couilles, j’suis faya » dans J’suis QLF), PNL est parfaitement légitime à figurer dans la catégorie Chansons.

S’ils remportent la Victoire, en toute logique, on peut se risquer à parier que l’album de Jeanne Cherhal sera nommé la prochaine fois dans la catégorie Musiques urbaines.

 

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