La halle du PArc Floral de Paris accueille le festival électro The Peacock Society
La halle du PArc Floral de Paris accueille le festival électro The Peacock Society - Yulya Shadrinski

Paris n’est peut-être pas redevenu tout à fait une fête, mais Paris reprend du poil de la bête. Des clubs ouvrent, la musique est bonne, l’ambiance aussi. C’est du moins ce qu’affirment plusieurs organisateurs d’événements festifs parisiens. Mais pour ce qui est de faire la fête, les Parisiens ont le droit d’être exigeants, vu son long et glorieux passé festif. Sous l’Ancien régime déjà, on s’enjaillait sévère à la cour de Versailles si l’on en croit l’exposition que le château de Versailles consacrera à partir du 28 novembre aux Fêtes et divertissements à la cour. Et sous Napoléon III ? D’après l’exposition Spectaculaire Second Empire, au musée d’Orsay, ça se la donnait pas mal aussi. Et que dire des bien nommées Années folles ou des mythiques années 1980…

Pour comparer, il convient d’opérer une étude qualitative des différentes grandes périodes de fête selon les critères suivants :

Musique : Était-elle riche, variée, enthousiasmante ?
Danse : Comment Se trémoussait-on ? Sagement ? Sauvagement ?
Psychotropes : Quelles étaient la qualité et la variété des moyens mis à disposition des fêtards pour s’oublier quelque peu ?
Technologies : Le monde de la fête a-t-il permis ou profité d’avancées technologiques ? Ambiance : C’était vraiment la fête ? Pour tout le monde ?

Nous avons interrogé des spécialistes puis avons accordé notes et appréciation à cinq périodes historiques incontestablement considérées comme des époques festives.

 

Ancien régime

Le physio a l'entrée des fêtes à Versailles était plutôt coolos (Huile sur toile, XVIIème)
Le physio a l'entrée des fêtes à Versailles était plutôt coolos (Huile sur toile, XVIIème) - RMN-Grand Palais / Christophe Fouin

Jérôme Delagorce, co-commissaire de l’exposition Fêtes et divertissements à la cour, « ces grandes fêtes de cour étaient au départ des événements politiques puis se sont multipliés et étaient liés aussi aux événements dynastiques : mariages, baptêmes… A ces occasions, les fêtes avaient lieu dans les jardins de Versailles. »

Musique. 4/20
« C’est la musique de Lully qui régnait. La musique de cour pouvait rejoindre la musique populaire. Lully intégrait des airs qui pouvaient être repris en chœur. Le public dans l’Opéra chantait pendant les représentations. »

Danse 5/20
« Louis XIV était très bon danseur. Mais à l’époque, ce sont surtout des professionnels qui dansent. Même s’il y a quelques farandoles autour de mats disposés dans les jardins. »

Psychotropes 2/20
« On mangeait beaucoup, du poisson surtout, et on buvait un peu de vin coupé à l’eau. »

Technologies 16/20
« Tout était fait pour magnifier les jardins, notamment avec des feux d’artifice incroyables. Il y avait aussi des décors avec des mécanismes ingénieux, sans parler des systèmes de fontaines pour les jeux d’eaux. Le meilleur de la technologie de l’époque était mis au service de ces fêtes. »

Ambiance 10/20
« En gros, n’importe qui pouvait venir pour peu qu’il soit bien habillé et porte une épée. Il suffisait de connaître un garde. Evidemment, tout était gratuit. Ces fêtes étaient une façon de gagner la confiance du peuple, une représentation du pouvoir. »

Moyenne : 7,2/20. Elève m’as-tu-vu et fanfaron, médiocre dans les matières générales mais montrant de belles dispositions en techno. Orientation vers un cycle court souhaité.

 

Second Empire

Contrairement à ce que
Contrairement à ce que - RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt


Marie-Paule Vial co-commissaire de l’exposition Spectaculaire Second Empire au musée d’Orsay.

Musique 2/20
« Offenbach est la grande figure de cette époque mais pas le seul. Il y a beaucoup de grands compositeurs à cette époque. C’est la naissance de l’opérette, de l’opéra-bouffe. »

Danse 6/20
« Il y a quelques lieux pour danser. Dans les salles de spectacles, il y a toujours une piste de danse. »

Psychotropes 16/20
« Ce sont les années Champagne. C’est à cette époque que l’on invente la classification des vins et des grands crus de Bordeaux notamment. Mais vraiment on boit beaucoup de champagne. »

Technologies 10/20
« Les avancées technologiques servent l’architecture de lieux d’un nouveau genre. L’Opéra Garnier est bâti à cette époque mais il est loin d’être le seul. On construit aussi le Bataclan à Paris par exemple. »

Ambiance 12/20
« L’ambiance de fête ne touche pas seulement l’entourage du couple impérial et la bourgeoisie. Le peuple a accès aux lieux de fêtes. »

Moyenne : 9,1/20. Elève ambitieux et appliqué mais encore un peu faible dans les deux grandes matières de la fête. Doit travailler la musique pour espérer passer dans la classe supérieure.

 

Les années folles

Joséphine Baker, égérie des années folles
Joséphine Baker, égérie des années folles - SIPA

 

L’historienne Régine Beaulieu est spécialiste du début du XXe siècle.

Musique 14/20
« On entre dans une ère de grande variété musicale mais c‘est encore l’Opérette et la chanson qui dominent, avec Maurice Chevalier et Mistinguett pour les plus populaires. »

Danse 14/20
« Le triomphe du music-hall apporte de nouvelles danses dont tout le monde s’empare ; La danse devient un art à la fois noble et populaire avec la figure de Joséphine Baker bien sûr. »

Psychotropes 14/20
« Il y a l’arrivée de l’opium et de la cocaïne mais aussi la démocratisation de la consommation de cigarettes et d’alcools forts malgré l’interdiction de l’absinthe. On invente aussi les cocktails. Dans les fêtes d’artistes, on consomme tout cela en esthètes avec une relative modération. »

Technologies 12/20
« Les nouvelles musiques afro-américaines apportent en France de nouveaux instruments à vent. »

Ambiance 10/20
« Les années folles le sont surtout pour une élite intellectuelle et artistique. Hors de Montparnasse et Montmartre, l’ambiance est plus lourde, on panse les plaies de la première guerre mondiale. Avec le recul, ce sont de grandes années pour les arts, mais des années difficiles à vivre sans doute »

Moyenne : 12,8/20. Bon élève, motivé et inventif. Parfois un peu sombre en classe. Attention à ne pas redoubler sa première (guerre mondiale).

 

1980

Une soirée ordinaire au Palace en 1980
Une soirée ordinaire au Palace en 1980 - DE KEERLE/SIPA

La sociologue Séverine Rocher a étudié l’année 1980 du point de vue de l’impact des arts sur la société française.

Musique 12/20
« Le début des années 1980 a longtemps souffert de la comparaison entre les glorieuses années 1970 et les expérimentations techno qui surviennent plus tard. Pourtant, aujourd’hui, de nombreux musiciens reconnaissent sa valeur. »

Danse 16/20
« La danse est depuis quelques années déjà un élément important de la vie des gens. Des écoles de danse ouvrent en grand nombre ainsi que des discothèques. Chaque village a la sienne. La danse devient un art de vivre. »

Psychotropes 4/20
« L’alcool de mauvaise qualité et de grande consommation domine. Pour ce qui est des drogues, c’est l’arrivée des drogues de synthèse et de la toxicomanie sévère. »

Technologies 8/20
« Les grandes avancées technologiques de l’époque concernent assez peu le monde de la fête de l’époque qui recycle celles des années 1970. »

Ambiance 16/20
« Plus de dix ans après 1968, la société française est moins divisée et le concept de fête est très positivement perçu. Prendre soin de soi en s’amusant et fréquenter de larges cercles d’amis deviennent même des vertus, on invente une hygiène de vie sociale où la fête a un rôle majeur. »

Moyenne : 11,2/20. Elève joyeux et enthousiaste. Attention à l’insouciance qui peut conduire à la perte de repères.

 

2016

Yoann Dimet, fondateur de Soukmachines et organisateur d’événements.

Musique 16/20
« Il y a incontestablement une grande variété musicale dans les fêtes parisiennes parce que notre ville est un carrefour des cultures même si les mastodontes techno house emportent tout sur leur passage. »

Danse 10/20
« Chez nous, ça danse pas mal, toute sorte de danses. Mais dans la plupart des clubs, il y a quand même une tendance aux danses minimales, tournées vers le DJ et les yeux vers le sol. »

Psychotropes 10/20
« On en trouve trop facilement et partout. Les mineurs y ont accès. Cela entraîne des consommations déraisonnables. En même temps, la prévention est de plus en plus efficace. »

Technologies 15/20
« La grande tendance que nous voulons porter, c’est de réoccuper des lieux industriels abandonnés. Ça n’a rien de nouveau mais ça permet de faire vivre autrement des quartiers. Mais au niveau des sound systems il y a eu des évolutions considérables et qui rendent les fêtes très confortables pour les tympans. »

Ambiance 15/20
« Il me semble qu’il y a aujourd’hui beaucoup d’offres, pour tous les goûts et toutes les bourses. Nous voulons créer des événements qui sortent un peu des sentiers battus et qui séduisent au-delà des branchés parisiens. »

Moyenne : 13,2/20. En net progrès. Elève consciencieux et appliqué, mais qui manque parfois de maturité et peut avoir tendance à l’égocentrisme.


 

 

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