VIDEO. Duras, Girardot, Robin... Vincent Dedienne se confie sur les femmes qui l'inspirent

INTERVIEW L'humoriste, qui publie ce mercredi un recueil de chroniques chez Flammarion, explique à « 20 Minutes » pourquoi il a fait référence à certaines figures féminines dans son one-man-show...

Propos recueillis par Fabien Randanne

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L'humoriste Vincent Dedienne.

L'humoriste Vincent Dedienne. — Fabienne RAPPENEAU

Dans Quotidien, sur TMC, Vincent Dedienne signe régulièrement une revue de presse toute personnelle. Ce mercredi, il publie chez Flammarion un recueil de ses portraits caustiques et hilarants des invités du Supplément : Les bios (très) interdites. Dans le même temps, il continue de jouer son one-man-show, S’il se passe quelque chose*, sur les routes de France. Un spectacle irrésistible dans lequel il se raconte à grand renfort d’humour absurde, de réflexions pince-sans-rire et d’embardées farfelues traversées d’élans mélancoliques. Plusieurs figures féminines sont convoquées au fil de cet autoportrait comique. 20 Minutes a recueilli les confidences de Vincent Dedienne sur ces femmes qui l’ont tant marqué…

« S’il se passe quelque chose » s’ouvre par un extrait d’une interview de Marguerite Duras… Pourquoi l’avoir choisi ?

Elle est à l’origine, quasiment, du spectacle. Au début, ce n’était pas un spectacle que j’écrivais, mais plutôt un journal intime sur Word. J’étais en train de lire Marguerite Duras et de découvrir sa littérature, ce qui a eu comme effet de me décomplexer complètement dans l’idée de l’autofiction et de l’écriture de soi. Je me rendais compte qu’elle parlait, ligne après ligne, d’elle, beaucoup, et que ça me parvenait très fort. Je me disais : « C’est marrant, parce que ce n’est pas ma génération, c’est une femme, ce n’est pas le même milieu, cette dame n’a rien à voir avec moi et pourtant, elle ne semblait parler que de moi en permanence. » Ça m’a permis de me dire que j’avais le droit d’écrire sur moi sans la crainte que ce soit nombriliste, obscur ou ennuyeux.

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Vous proposez aussi au public d’entendre un extrait sidérant du passage d’Alice Sapritch au « Jeu de la vérité »…

C’est vrai que le passage est sidérant par ce qu’elle dit… On ne va pas le dévoiler, comme ça, ça laisse la surprise. Mais en fait Alice Sapritch ramène les gens de ma génération à l’enfance, parce qu’elle existe très fort par rapport à La folie des grandeurs et que c’était un des films du dimanche soir quand le lendemain il y avait école. Elle fait ce strip-tease insensé où elle a des fesses de deux formats différents, ce qui est quand même curieux…

En même temps, il y a une autre génération qui trouve ça abracadabrant que je connaisse Alice Sapritch, que j’en parle. C’était une manière de réconcilier les générations à travers une figure très fantasque.

Vous auriez pu être ami avec Alice Sapritch ?

(il rit) Ben, j’ai pas de voiture. [Ceux qui ont vu le spectacle comprendront]

Dans un sketch, vous interprétez une comédienne des Branquignols. Colette Brosset ?

Non, ça ne peut pas être Colette Brosset parce qu’elle dit qu’elle était dans la même troupe que Colette Brosset. Mais cela dit, comme elle n’est pas très en forme, qu’elle perd un peu la boule et qu’elle fatigue un petit peu, ça pourrait être elle, mais ça pourrait aussi être Roselyne Luguet, qu’on connaît moins. C’était un peu une manière d’évoquer sans l’évoquer totalement Annie Girardot. Je n’avais pas envie d’incarner Girardot du tout mais une figure qui n’existe pas vraiment mais qui peut être plusieurs… (Il rebondit sur une autre idée) Il y a une belle phrase [de Robert Mitchum] qui dit « Une actrice, c’est un peu plus qu’une femme et un acteur c’est un peu moins qu’un homme », ce personnage est un peu toutes les actrices à la fois.

Qu’est-ce qui vous connecte aux Branquignols qui ne sont pas du tout de votre génération ?

(Il sourit) J’ai un problème, c’est que je ne connais rien de ma génération. Je suis très ringard comme bonhomme et je connais beaucoup plus les choses que mes parents, voire mes grands-parents connaissent par cœur. En fait mon lien avec les Branquignols… C’est insensé cette interview. (Il rit) Les gens doivent être atterrés, ils vont aller voir sur Wikipédia en se disant « Quel âge il a ? » C’est Louis de Funès, le lien. J’ai lu une biographie écrite par Bertrand Dicale [Louis de Funès, grimaces et gloire, Grasset] et je ne savais pas qu’il avait fait ses débuts, au théâtre avec les Branquignols, du coup, je me suis passionné pour ça au moment où j’écrivais le spectacle, mais je ne connais pas plus que ça, à vrai dire.

Vous ne l’incarnez pas sur scène, mais Annie Girardot apparaît quand même via un extrait de « Vivre pour vivre »…

Oui, de Lelouch. Y’a pas de question, là ! (il rit)

Justement, pourquoi cet extrait ? C’est une actrice que vous admirez ?

Oui. Déjà, c’est mon actrice préférée parce que j’adore ses films et l’actrice qu’elle a été et en plus j’adore la vieille dame qu’elle a été. Il y a quelque chose de bouleversant dans son parcours, dans son destin, dans le fait d’avoir été à ce moment-là boudée, oubliée, par toute la profession, jusqu’à en oublier ce qui est pratiquement inoubliable.

J’ai choisi cet extrait parce qu’elle est au zénith de sa beauté. Elle n’a jamais été aussi belle que dans cette scène. Et c’est aussi un plaisir égoïste, étant donné que je le joue beaucoup, ce spectacle, cela me permet de beaucoup voir cet extrait et de partager un peu la scène avec Annie Girardot, qui faisait partie de mes fantasmes d’enfant.

On voit aussi un bout de « L’addition », le sketch de Muriel Robin. C’est l’idole ultime ?

Muriel Robin, pour moi, c’est difficile d’en parler parce que, comme j’en parle beaucoup, je commence à m’énerver un peu parce que je n’arrive pas à réinventer tout à fait ce que je voudrais dire sur elle. Cette nuit j’ai rêvé d’elle par exemple. C’était bizarre, j’ai rêvé qu’elle était la dernière personne à Paris qui avait une cuisine biseautée. Je ne savais pas ce que ça voulait dire et apparemment, c’était quasiment du patrimoine. Je ne voyais pas ce que ça avait de spectaculaire, ni de biseauté, d’ailleurs. (Il sourit)

Voilà, je ne sais pas si ça répond à la question, mais Muriel Robin, c’est le déclic absolu, c’est le coup de tonnerre, c’est le coup de foudre. En fait, ça a été comme un prof, un dictionnaire et un cours de solfège parce qu’elle m’a appris la musique. Tout est musical dans le théâtre, l’humour, ce n’est que de la mélodie, que du rythme. Je pense que c’est plus facile d’être drôle quand on connaît la musique. Moi, j’ai pris des cours de rattrapage avec Muriel Robin. Quand je l’ai découvert, j’avais une espèce de pressentiment que j’étais un petit garçon très rigolo et en même temps très mélancolique et elle, elle réconciliait tout ça et en faisait des spectacles et des fêtes. Cela a été très inspirant.

Vous l’avez donc rencontrée, et elle vous a offert un chat. C’est une blague ?

Pas du tout. J’ai vraiment un petit chat, qui s’appelle Michoko, qui a un peu plus de 3 mois, qui est tout marron, et qui est en pleine adolescence là, il me réveille la nuit. En fait, je voulais un petit chat, et je lui ai demandé d’être marraine parce que je me disais « C’est quand même classe – pour lui, hein – d’avoir comme marraine Muriel Robin. C’est pas rien. » Un jour elle m’a envoyé un texto, avec la photo d’un petit chat, me disant « Est-ce qu’il te plaît ? Il s’appelle Michoko. » J’ai répondu : « Oh ben oui, il est trop mignon. » Et elle me dit : « Alors vient le 24, à Toulouse, à 18h. » Donc j’ai pris un avion et je me suis retrouvé avec un petit chat.

Il y a une autre femme qui apparaît dans votre spectacle, mais qui n’est pas actrice, c’est votre mère. Cela a été facile de la convaincre de se laisser filmer pour une vidéo diffusée au cours d'un spectacle appelé à être vu par des milliers de personnes ?

Au début, c’était pas prévu que ça soit vu par des milliers de personnes. Si elle l’avait su, elle l’aurait peut-être pas fait. C’est marrant parce que, à la fin du spectacle, il y a beaucoup de gens qui me demandent le nom de cette actrice. Des gens un peu de mauvaise foi qui me disent : « Dans quoi je l’ai vue ? Elle était pas dans le dernier Ozon ? » (Il sourit) Ben non, elle est éducatrice spécialisée, donc elle est pas chez Ozon. Mais c’est une leçon de comédie parce que, comme elle n’a pas envie de le faire, comme elle attend juste que ça passe, elle est d’une justesse insensée. Là où mon père, qui joue dans la même petite vidéo est un peu cabot. Ma mère, on dirait Jean-Pierre Bacri quoi ! Elle est confondante de justesse et elle l’a fait pour me faire plaisir parce qu’elle n’apparaît sur aucune photo depuis cinquante ans.

Elle apparaissait néanmoins sur la précédente affiche du spectacle…

C’est pareil, c’était vraiment pour me faire plaisir. C’est comme quand je lui ai dit que je voulais arrêter la fac, que je voulais faire L, que je voulais pas être médecin ou avocat, que je voulais faire une école de théâtre à Saint-Etienne, être intermittent du spectacle… Elle a dit oui pour me faire plaisir à chaque fois.

Elle m’a engueulé quand même une fois parce que j’étais passé dans C à vous et ils avaient montré l’affiche avec elle dessus. Le lendemain, à Champion, la caissière lui a dit : « Ah, mais je vous ai vue, hier, chez madame Lapix ! » Et là, elle m’a appelé tout de suite et je me suis fait démonter. Je me suis dit qu’il ne fallait plus jamais que ça se reproduise (rires).

* Vincent Dedienne jouera S’il se passe quelque chose le 17 novembre à Agen, le 18 novembre à Portel des Corbières, etc. Il se produira à au Trianon, à Paris, entre le 21 et le 29 décembre. Toutes les dates sont consultables sur le site www.vincentdedienne.fr