Virginia et Bill traversent encore de sales moments dans la saison 4 de «Masters of Sex».
Virginia et Bill traversent encore de sales moments dans la saison 4 de «Masters of Sex». - Warren Feldman

En France, on n’a pas de pétrole, mais on a des sexologues. Mieux, on a Brigitte Lahaie. L’animatrice radio ( désormais sur Sud Radio), égérie de l’âge d’or du cinéma X des années 1970, prodigue ses conseils sur la sexualité depuis ses débuts sur 3615LAHAIE il y a vingt-cinq ans. « Bien sûr que je connais le travail de Bill Masters et Virginia Johnson, ce sont les pionniers de la sexologie, ils ont fait avancer les choses de manière formidable. Ils sont à l’origine de la première étude sérieuse et scientifique sur la sexualité dans les années 1960. » Mais nous savons déjà tout ça parce que nous avons suivi, avec avidité, les quatre premières saisons de la série Masters of Sex.

Alors que la saison 4 vient de s’achever aux Etats-Unis (toujours disponible en France sur OCS), nous avons décidé de regarder le dernier épisode en présence de Brigitte Lahaie, dans les locaux de Sud Radio.

L’épisode démarre par une scène de bonheur conjugal, ou plutôt préconjugal, qui fait sourire Brigitte Lahaie : « Ils ont l’air de jeunes amoureux romantiques alors qu’ils se connaissent depuis des années. » Mais la suite montre une série de couples se déchirant à propos de leurs mariages ratés. Très philosophe, l’animatrice prend immédiatement du recul sur la chose : « Quand on parle de sexologie, on imagine que les gens veulent à tout prix une sexualité de haut niveau, mais c’est un faux Graal. En réalité, ce à quoi ils aspirent c’est d’être heureux avec quelqu’un. »

Des acteurs méritants

A propos du jeu des acteurs principaux Lizzy Caplan et Michael Sheen, Brigitte Lahaie estime très vite qu’« ils ont du mérite parce que certaines scènes sont assez bébêtes ». On pardonne à Brigitte Lahaie de ne pas avoir été bouleversée par cet épisode très centré sur la relation amoureuse d’un couple que les fans de la série ont suivi pendant quatre saisons d’errance sentimentale douloureuse.

« Dans la série, Bill Masters a l’air un peu mou même s’il a un certain charme. Le vrai Bill Masters a dérangé les bonnes mœurs, c’était un vrai pionnier. » Là encore, Brigitte Lahaie parle du Bill de la saison 4, anéanti par un divorce et un procès infamant. Concernant Lizzy Caplan, notre experte est en revanche enthousiaste : «  L’actrice joue bien, elle rend Virginia sympathique, ce qui est primordial pour qu’elle ne passe pas pour une froide arriviste. Son opposition avec le personnage de Nancy est intéressante, la blonde et la brune qui se ressemblent et se détestent… »

« Les femmes sont beaucoup plus phalliques que les hommes dans la série. »

L’autre personnage qui a marqué Brigitte Lahaie est l’ex-femme de Bill Masters, Libby, qui, dans cette saison 4, expérimente tout un tas de choses très à la mode en 1969, mais s’essaye aussi au bonheur et à l’humour. « Il y a une vraie prise de pouvoir des femmes dans cette série. Elles sont beaucoup plus phalliques que les hommes. »


Pourtant, Brigitte Lahaie estime que les femmes montrées dans la série étaient des exceptions à cette époque. « Il a fallu énormément de temps pour que la révolution sexuelle, qui avait fait tomber les carcans, s’étende. Dans la série, on est en 1969. La liberté sexuelle ne concernait encore qu’une petite minorité. Moi, j’avais 20 ans en 1975 et il n’y avait pas beaucoup de femmes libérées autour de moi. » D’ailleurs, dans cet ultime épisode, la propre mère de Virginia est rétive à parler de sexualité, quelque chose qui a sa « place dans la chambre à coucher ou le confessionnal », mais ne concerne pas des médecins selon elle.

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Les sexologues sont des névrosés comme les autres

Que ce soit Virginia avec ses parents ou Bill avec son fils, Brigitte Lahaie trouve « troublant par rapport à la réalité qu’ils soient aussi peu psychologues dans leurs vies. Les vrais Bill et Virginia étaient sans doute de fins psychologues. Bill qui dit "Contente-toi d’être un enfant", alors que c’est la pire phrase à dire à un adolescent, ce n’est pas réaliste ». Et pourtant, dans la série, le Bill de la saison 4 a fait d’incommensurables progrès en psychologie…


Alors que l’on voit Bill et Virginia empêtrés dans un délicat litige sur la propriété intellectuelle de leurs recherches, Brigitte Lahaie explique être déçue que cet épisode ne montre pas le couple au travail comme dans les précédentes saisons. « Leur contribution à la sexologie est énorme, historique. Tant mieux si la série a mis ça en valeur. Mais là, cet épisode est très romancé. J’ai croisébeaucoup de sexologues et j’ai décelé deux profils. Certains ont eu une vie débridée et ont eu envie de transmettre. D’autres ont eu une vie sexuelle décevante et ont besoin de sublimer. La connaissance technique ou médicale est primordiale, mais ne pas avoir d’expérience intime de la sexualité, c’est un handicap. Masters et Johnson ont osé quelque chose qui semble fou aujourd’hui : observer scientifiquement des centaines de couples en train de faire l’amour. En partie grâce à eux, aujourd’hui, consulter un sexologue est entré dans les mœurs, c’est devenu assez banal. »

Le sexe, ce n’est pas que dans la tête

Pour autant, la série n’a rien à voir avec le travail des sexologues du XXIe siècle selon Brigitte Lahaie : « Aujourd’hui, on a des médicaments. Régler des troubles de l’érection en discutant, je n’y crois pas trop. Je dis souvent qu’il est plus rapide de régler les problèmes par le corps que par l’esprit. » Bill et Virginia sont bien d’accord mais ce dixième épisode ne montre, fait rarissime, aucune scène de sexe. Sans être pudibonde, Masters of Sex reste dans les standards des séries américaines, avec notamment la sacro-sainte règle qui interdit le pénis à l’écran… « Dieu sait que je la critique aujourd’hui, mais je crois que la pornographie a aidé à cette époque, commente Brigitte Lahaie, actrice de films X jusqu’en 1980. Les gens voyaient des fellations, des cunnilingus, des positions non conventionnelles dans les films, et ensuite ils essayaient la même chose à la maison. Tout ça a contribué à la libération des mœurs. »

Alors que l’épisode se termine sur une scène de bonheur inquiet, avec une Virginia triomphante, Brigitte Lahaie revient sur les liens entre médecine et sexualité : « J’ai étudié l’histoire de la sexualité. Et la médecine a toujours fait évoluer les mœurs de façon incroyable. Par exemple, il y a très longtemps, avant que l’on découvre que les hommes jouaient un rôle dans la procréation, les femmes étaient des déesses. Et en même temps, la sexualité n’est pas quelque chose de très scientifique. Par exemple, on ne sait pas exactement quel rôle jouent les hormones. La sexualité est cognitive et culturelle. C’est pour cela que je prône des cours de culture affective à l’école, plutôt que des cours d’éducation sexuelle au sens strict. »

La médecine et la sexologie ont encore beaucoup de choses à découvrir : l’anatomie du clitoris n’a été décrite qu’en 1998, par la gynécologue Odile Buisson. « Mais peut-être que cela arrange tout le monde de ne pas trop comprendre ce qui se passe dans le corps féminin, estime Brigitte Lahaie. Il y a encore cette croyance que si on libérait le corps de la femme, ce serait le chaos dans la société », sourit-elle. Des inquiétudes pas si éloignées de celles qui ont entouré les publications de Masters et Johnson dans les années 1960 et qui sont relatées dans la série.

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