Line et KakaoTalk: Au paradis des fans du Japon, de la Corée... et des stickers

JAPAN EXPO Les fans de culture japonaise vont sur Line, ceux de culture coréenne sur KakaoTalk. A l'occasion de la Japan Expo, zoom sur ces deux concurrents de WhatsApp en opération séduction hors de leurs frontières... 

Annabelle Laurent

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Les services de messagerie instantanée Line (Japon) et KakaoTalk (Corée) comptent plus de 220 millions d'utilisateurs chacun et des centaines de stickers qui font en partie leur succès

Les services de messagerie instantanée Line (Japon) et KakaoTalk (Corée) comptent plus de 220 millions d'utilisateurs chacun et des centaines de stickers qui font en partie leur succès — DR

Messenger, iMessage, Whatsapp : si l’on vient de citer vos trois plateformes de messagerie quotidiennes, il y a de fortes chances pour que l’évocation de « KakaoTalk » vous laisse (très) perplexe. Disons 97 % de chances : soit exactement le pourcentage d’utilisateurs de smartphones Coréens qui posséderaient l’application, rien que ça. Du coup, si l’on est français et passionné de culture coréenne, il n’y a pas mille autres options pour parler K-Pop avec des natifs.

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Quant au fan de culture japonaise, il aura téléchargé Line, toute aussi puissante, les deux ayant plus de 220 millions d’utilisateurs dans le monde…

Mais du coup, on y fait quoi, sur KakaoTalk et Line?

On y bosse la langue, d'abord. Aléxa, 21 ans, y chatte depuis deux-trois ans avec des Coréens. « Je les rencontre d’abord sur des applis linguistiques comme ePenPal, HelloTalk ou InterPal [vous n’en connaissiez aucune, nous non plus] où je peux indiquer que je parle français et aimerais pratiquer mon coréen, mais dans les 3 minutes, ils m’ont déjà demandé quel est mon identifiant KakaoTalk pour pouvoir s'y parler» 

Une conversation de Sheya sur Kakao Talk

Alors qu'elle ne jurait plus jeune que par les mangas et le Japon, Aléxa s'est intéressée à la Corée « vers 2010, avec la vague des produits dérivés coréens», jusqu’à étudier la langue à l’INALCO, à Paris. Même si « on (lui) rit souvent au nez. Les gens ont des a priori. On me prend pour une groupie fan de K-Pop, alors qu'il y a tellement plus que ça en Corée, ne serait-ce que la littérature… ». Sur KakaoTalk, «c’est linguistique, mais au fur et à mesure ça devient de l’amitié.» 

Même logique pour Sheya, «amoureuse de la culture japonaise, cosplayeuse et rédactrice pour le @SiteDuJapon» pour citer sa bio Twitter, et qui échange sur Line «surtout avec des Japonais», en anglais, ou avec ses bases de japonais apprises « grâce aux animés qu’[elle] regarde une fois par jour depuis 10 ans ».

«Un de mes correspondants coréens m’a demandé si je portais un béret»

Une conversation d'Aléxa sur Line

A l'ordre du jour? « Des choses banales, comme avec des amis : ils m’envoient des photos de leur ville, de ce qu’ils mangent, de leur voyage, etc. Et je fais pareil». Comme vous l’avez peut-être fait avec vos correspondants linguistiques par lettre, avec des enveloppes, et des timbres, il y a des siècles. Et avec les questions indémodables: «Tous les clichés sur la France, ils les ont, lance Aléxa. Un de mes correspondants coréens m’a demandé si je portais un béret!».

«Il n’y a jamais eu autant de Français au m2 utilisant KakaoTalk qu’à Bercy pour la K-Con»

Mais on y est aussi pour le mignon.... « Au final, il n’y a pas tant de gens que ça qui parlent aux Coréens en coréen, estime Aléxa. Beaucoup de fans de K-Pop téléchargent l’appli pour faire comme leurs idoles mais ne s’y parlent qu’entre Français : en le disant je me rends compte que c’est un peu débile… Il n’y a jamais eu autant de Français au m2 utilisant KakaoTalk qu’à Bercy pour la K-Con! C’est aussi pour l’interface: ceux qui aiment tout ce qui est mignon sont servis.» 

Surtout ceux qui aiment les stickers: Line et KakaoTalk en sont le paradis, et restent les plus généreux en la matière, même si Facebook, Snapchat ou WhatsApp (entre autres) ont tous rallié la mode depuis, bien inspirés par le grand potentiel lucratif des stickers payants. Sheya peut ainsi retrouver sur Line « tous les stickers de personnages manga, comme Hatsune Miku, Shingeki no Kyojin, etc. », et discuter avec ses amis français, y compris avec « certains qui n’ont aucune attirance pour l’Asie, mais aiment simplement l'interface et les stickers (que Line adapte en fonction du pays)».

KakaoTalk a ses propres personnages, dérivés en stickers
KakaoTalk a ses propres personnages, dérivés en stickers - DR

C’est tout l’enjeu pour ces plateformes asiatiques : séduire hors de leur territoire grâce à leurs univers ludique, que l’utilisateur soit intéressé par la culture coréenne, japonaise ou chinoise (pour WeChat)… ou pas du tout.

Valorisée à 5 milliards de dollars, Line s'apprête à entrer en bourse mi-juillet et ce n'est autre que la plus « importante introduction en bourse de l’année 2016 dans le digital », explique Fortune. Septième application de messagerie la plus utilisée au monde, elle a réussi à bondir de 13 (en 2011) à 218 millions d’utilisateurs (en mars 2016) et voit encore plus grand. Mais a-t-elle suffisamment d’atouts pour convaincre, s’interrogeait fin juin ce journaliste de CNN (vraisemblablement conquis par les filtres de l’application)?

D’ici là, les applis peuvent compter sur les fans comme Sheya, qui, cet été, posera pour la première fois les pieds au Japon. Et aura pour guides ses amis rencontrés sur Line.