Blanche Gardin, l'humoriste qui fait du bien là où ça fait mal

SPECTACLE Découverte sur Canal+, méconnue du grand public, l'humoriste Blanche Gardin verse dans l'humour noir et vise juste sur nos vies avec un nouveau spectacle inmanquable...

Vincent Julé

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Blanche Gardin, à l'affiche de «Je parle toute seule» jusqu'au 26 juin 2016 à la Nouvelle Seine, à Paris.

Blanche Gardin, à l'affiche de «Je parle toute seule» jusqu'au 26 juin 2016 à la Nouvelle Seine, à Paris. — JF Robert

La robe a changé de couleur, du rouge au bleu, mais Blanche Gardin est toujours derrière son micro, droite comme un « i », sage comme une image. A balancer le pire sur sa vie, nos vies, devant une salle hilare, gênée, émue, parfois les trois. Ah si, elle a ajouté un collier à perles : « Quitte à ne pas se faire baiser, autant ressembler à une femme de lettres. » Le ton est donné.

En 2015, l’humoriste s’adressait déjà au public dans Il faut que je vous parle (le texte brut est publié aux éditions First) et continue aujourd’hui avec Je parle toute seule, jusqu’au 26 juin à la Nouvelle Seine à Paris. Un deuxième spectacle qu’elle considère comme le vrai premier et qui fait salle comble auprès de la génération Canal +. Blanche Gardin a déjà eu plusieurs vies (ado fugueuse, punk à chien, flic, ébéniste…), lorsqu’elle est repérée par Karl Zéro puis révélée avec le Jamel Comedy Club et la série WorkinGirls. La chaîne Comédie ! lui confie même sa propre émission, Ligne blanche, laboratoire de son humour ravageur et de ses personnages perchés ( éternelle Marjorie Poulet). Son apparition dans le film 20 ans d’écart, dans le rôle de la photographe Patrick, valait à elle seule le déplacement.

Un humour trash ?

Et la scène ? « Après le Jamel Comedy Club, j’ai fait une pause de cinq ans, explique-t-elle. C’est à cause de Louis CK que j’y suis revenue, son travail m’a bouleversée. » Le stand-uper new-yorkais, connu pour ses spectacles sur HBO et sa série Louie sur FX, partage avec la Française cette même manière d’envoyer bouler le politiquement correct, de ne pas s’épargner, de n’éviter aucun sujet : le célibat, la solitude, la maladie, la mort, la religion, le sexe ou même la pédophilie… Les médias parlent ainsi souvent, et à tort, d’humour « trash » - le spectacle est d’ailleurs interdit aux moins de 17 ans.

« Je ne suis pas fan du mot, ni des étiquettes d’ailleurs, confie la comique. Déjà, cela veut dire "ordure" en anglais, et je ne pas sûr que mon spectacle puisse être qualifié d'"ordurier". Ensuite, je n’ai pas l’impression de dire des horreurs, je raconte juste la vie. Notre société privilégie tout ce qui va bien, les coeurs et pouces levés sur Facebook, une idéologie « powerfull », héritée des années 80, où tout le monde est intelligent, performant, prend de la coke… Sauf que la vraie vie, ce n’est pas ça. Quand tu te lèves le matin, bah, tu sais qu’une journée de merde t’attend… (rires)… avec peut-être des moments positifs. »

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« Depuis qu’on a compris que Daesh n’était pas une marque de lessive, c’est tendu. »

Blanche assume de ne pas faire un spectacle « divertissant », dans le sens où le public n’y oubliera pas tous ses soucis : « Au contraire, il est plutôt question de jouer avec, de les retourner, d’aller dans les faiblesses, la tristesse, l’incomplétude. » Je parle toute seule peut ainsi paraître moins drôle, moins immédiat qu’attendu, mais il est aussi plus profond, juste et émouvant. L’actualité est passée par là, l’ambiance a encore changé.

Déjà évoqués dans Il faut que je vous parle (« Ca va devenir compliqué de rigoler tous ensemble. Depuis qu’on a compris que Daesh n’était pas une marque de lessive, c’est un peu tendu. »), les attentats de Paris ouvrent son nouveau show, et elle n’hésite pas à tacler la lâcheté « pas très rock’n’roll » des Eagles of Death Metal qui ont filé en coulisses. « Trois jours après le 13 novembre, j’étais sur un plateau d’humoristes avec un sketch sur le sujet, et les gens rigolaient tellement que c’était presque effrayant, raconte Blanche. Tu comprends qu’ils ont besoin, vite, de rire de l’horreur, de prendre de la distance, et tu te dis que tu fais quand même un métier utile. »

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La voix de sa génération, « ou au moins une voix d’une génération »

A l’instar de son idole Louis CK, Blanche Gardin ne fait pas seulement évoluer son spectacle en permanence, elle a décidé d’en changer chaque année, de tout jeter et recommencer. Si elle se sent bien, « en sécurité », à la Nouvelle Seine, l’humoriste partira d’ici la fin de l’année en tournée dans toute la France, avant des dates début 2017 dans une salle parisienne. Sous-entendu, une salle plus grande. En revanche, le petit écran devra se passer d’elle, la comédienne ne reprendra pas son rôle culte d’Hélène Grilloux dans la saison 4 de WorkinGirls : « Je n’ai malheureusement pas le temps, j’ai beaucoup de projets et je commence bientôt le tournage d’une comédie que j’ai co-écrite et que réalise Eric Judor. »

Sans équivalent français actuel, Blanche Gardin peut être comparée aux comiques américaines Amy Schumer et Sarah Silverman, mais l’on pense aussi à Lena Dunham, créatrice et actrice de la série Girls, qui fait dire à son personnage : « Je pourrais bien être la voix de ma génération. Ou au moins une voix d’une génération. » Il y a de ça.

 

Blanche Gardin, Je parle toute seule, vendredi et samedi à 21h30, dimanche à 20h, jusqu’au 26 juin, La Nouvelle Seine, Paris.

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