Pourquoi se déplacer au Salon Du Livre quand on peut rester dans son lit?
Pourquoi se déplacer au Salon Du Livre quand on peut rester dans son lit? - Mad Men/AMC

« Ça me dépasse. Je ne comprends pas pourquoi les gens paient 10 euros pour aller porte de Versailles se perdre dans un hall rempli de bouquins. Ils peuvent en acheter dans la librairie en bas de chez eux, non ? ». Vous êtes de l’avis du jeune homme sceptique que nous croisons à la sortie du Salon du Livre (rebaptisé «Livre Paris») ce vendredi midi, sous un grand soleil qui ne donnerait envie à personne-de-normalement-constitué d’aller traîner dans des dédales de stands numérotés éclairés au néon ? C’est vrai, après tout, pourquoi va-t-on au Salon du Livre ?

…Pour puiser de l’inspiration et se faire son stock de l’année

Quitte à avoir du choix, autant aller dans un grand magasin ? L’avantage du salon peut être de choisir ses livres directement à la source, notamment auprès des petits éditeurs qui vous donneront de l’inspiration en défendant leurs ouvrages et leurs auteurs. « Je viens faire mon stock pour l’année, nous dit Sylvie. J’arrive avec une liste des livres que je ne trouve pas partout, et j’en repars toujours avec deux fois plus que prévu ».1.200 éditeurs sont présents. Cela vous semble énorme ? Ça ne fait guère qu’une partie des 10.000 éditeurs que compte la France selon le SNE (20 éditeurs ont plus de 5.000 titres chacun et environ 5.000 éditeurs ont moins de 10 titres) !

Contre-indication : Si vous êtes un grand lecteur mais n’avez plus un rond. La tentation sera partout, fuyez.

… Pour les auteurs

Pour leur dire un mot ou en récupérer un d’eux. Au nombre de 3.000 cette année, ils sont l’attraction principale du salon. Samedi et dimanche seront les grands jours des dédicaces [le programme est là] et de leurs lois impitoyables, la pire de toutes étant qu’un auteur délaissé aura tendance à inspirer méfiance et à être laissé à sa solitude tandis qu’une longue file d’attente intriguera les visiteurs qui s’ajouteront en bout de file. L’attente devrait notamment être longue pour des auteurs de best-sellers comme Delphine de Vigan (dim 16h), Amélie Nothomb (sam 15h30) ou Eric-Emmanuel Schmitt (dim 14h30), les people comme Gérard Depardieu (dim 11h), Yann Moix (sam 18h), Lorànt Deutsch (dim 15h), les auteurs de BD comme Boulet ou Riad Sattouf, les politiques ou les chefs et critiques gastronomiques (Jean Imbert, Thierry Marx). Sans oublier les nombreux essayistes et scientifiques présents et les auteurs des pays et villes invités, que sont cette année la Corée, Brazzaville et Pointe Noire.

Contre-indication : Si voir les auteurs en chair et en os ne vous fait ni chaud ni froid.

… Pour faire plaisir à son prof de français

C’était du moins le cas d’une bonne partie des ados que nous croisions vendredi, second jour du salon et jour connu comme celui de l’invasion des scolaires, nombreux dans les stands de BDs et Manga. Parmi les 200.000 visiteurs attendus (contre 180.000 l’an dernier), les organisateurs espèrent la visite de 40.000 jeunes. A noter que si le prix pour le grand public est de 12 euros, l’entrée est gratuite pour les moins de 18 ans et de 6 euros pour les moins de 26 ans étudiants.

Contre-indication : Si votre prof de français ne le mérite pas.

… Pour voir les politiques se battre

Samedi, Alain Juppé, François Fillon et Jean-François Copé dédicaceront chacun leur livre, à 15h30, 17h30 et 18h, aux stands d’Albin Michel, de JC Lattès et de Stock. Fillon et Copé dédicaceront donc leurs livres en même temps, à quelques dizaines de mètres d’écart, et ça vaut au moins le coup d’aller montrer à l’un que quand même, la dédicace de son rival était plus inspirée. Et vice-versa. Une chance unique de voir le dessin si bien vu de Baptiste Chouët s’animer sous vos yeux :

En prime, des grands moments peuvent se dérouler sous vos yeux, comme l’improbable selfie d’Emmanuel Macron avec Cyprien, jeudi, jour de la manifestation des lycées contre la loi El Khomri…

Contre-indication : Si vous vouliez voir Nicolas Sarkozy, car il brillera par son absence.

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… Pour les rencontres

A l’heure où nous passions vendredi échangeaient sur l’estrade de la Grande scène littéraire trois auteurs de premier romans très remarqués, Olivier Bourdeault (En attendant Bojangles, qui vient de remporter le Grand Prix RTL/Lire), Isabelle Bunisset et Emmanuel Régniez. Pour les auteurs stars, des rencontres s’ajoutent souvent aux dédicaces, comme pour la star internationale de la BD Craig Thompson qui échangera avec Martin Winckier dimanche à 14h. 800 rencontres ont lieu lors du salon, sur tous les thèmes. « Que mangera-t-on dans 50 ans ? » en est un (sam 17h) : il n’est pas question que du droit des auteurs, loin de là. Cette année, un « square » réservé aux religions s’ajoute aux espaces. Des « flâneries littéraires » sont par ailleurs organisées pour ceux qui veulent être guidés à travers le salon (par exemple : « Les livres interdits » (dim à 16h) ou « A la recherche des éditeurs contestataires, samedi 14h).

Contre-indication : Si rien ne vous intéresse. Mais ça paraît compliqué.

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