Umberto Eco le 5 février 2011
Umberto Eco le 5 février 2011 - GIUSEPPE CACACE / AFP

Il est surnommé «l'homme qui savait tout». Grand intellectuel italien, l'écrivain Umberto Eco, décédé dans la nuit de vendredi à samedi à l'âge de 84 ans, était un universitaire, linguiste et philosophe, qui a connu la gloire mondiale avec un thriller médiéval et érudit, Le Nom de la rose.

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Ce philosophe de formation, célébré sur le tard alors qu'il approchait de la cinquantaine, a réussi un coup de maître avec son premier roman publié en 1980: Le Nom de la rose s'est vendu à plusieurs millions d'exemplaires et a été traduit en 43 langues. Consécration: il a été adapté au cinéma en 1986 par le Français Jean-Jacques Annaud avec Sean Connery dans le rôle du frère Guillaume de Baskerville, l'ex-inquisiteur chargé d'enquêter sur la mort suspecte d'un moine dans une abbaye du nord de l'Italie.

Un petit-fils d'éditeur issu de la petite bourgeoisie

Truffé de latin, le polar de ce sémiologue de renom à la rondeur affable a même été la cible d'éditions pirate, notamment en arabe sous le titre «Sexe au couvent».... Autre conséquence, non négligeable pour l'édition italienne, «Le Nom de la rose a relancé le roman en Italie et la littérature italienne à l'étranger. Les écrivains italiens ont à nouveau été traduits», souligne le critique et romancier italien Alain Elkann.

Eco, un petit-fils d'éditeur issu de la petite bourgeoisie, a raconté avoir commencé à écrire dès l'âge de dix ans des histoires dont il réalisait lui-même l'édition. Né à Alessandria (nord de l'Italie) le 5 janvier 1932, il a étudié la philosophie à l'Université de Turin et consacré sa thèse au «problème esthétique chez Thomas d'Aquin».

Ce spécialiste de l'histoire médiévale, qui a traduit Nerval en italien et qui connaissait par coeur Cyrano de Bergerac, a aussi travaillé pour la radio-télévision publique italienne Rai, l'occasion pour lui d'étudier le traitement de la culture par les médias.

«Le laid est infini»

Polyglotte, marié à une Allemande, Eco a enseigné dans plusieurs universités, en particulier à Bologne (nord) où il a occupé la chaire de sémiotique jusqu'en octobre 2007, date à laquelle il a pris sa retraite. Umberto Eco a expliqué s'être mis sur le tard à la fiction car «il considérait l'écriture romanesque comme un jeu d'enfant qu'il ne prenait pas au sérieux».

Après Le Nom de la rose, il a notamment offert à ses lecteurs Le Pendule de Foucault (1988), L'île du jour d'avant (1994) et La mystérieuse flamme de la reine Loana (2004). Son dernier roman, Numéro zéro, publié en 2014 est un polar contemporain centré sur le monde de la presse.

«Le beau se situe à l'intérieur de certaines limites tandis que le laid est infini, donc plus complexe, plus varié, plus amusant», expliquait-il dans une interview en 2007, ajoutant qu'il avait «toujours eu de l'affection pour les monstres».

Un combat pour protéger le pluralispe de l'édition

Affirmant «écrire pour s'amuser», Il Professore - des yeux malicieux derrière des lunettes et une barbe blanche - était aussi bibliophile et possédait plus de 30.000 titres dont des éditions rares. Homme de gauche, Eco n'avait rien de l'écrivain enfermé dans sa tour d'ivoire et ce joueur de clarinette écrivait régulièrement pour l'hebdomadaire L'Espresso.

Son dernier combat l'a mené aux côtés d'autres écrivains, dont Sandro Veronesi (Chaos calme), pour protéger le pluralisme de l'édition en Italie après le rachat de RCS Libri par Mondadori, propriété de la famille Berlusconi.

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