Le rappeur Kanye West à Los Angeles en janvier 2016
Le rappeur Kanye West à Los Angeles en janvier 2016 - CALPIX/SIPA

Après avoir longtemps fait lambiner ses fans, Kanye West a révélé son nouvel album vendredi 11 février lors d’un show au Madison Square Garden. Disponible à l’écoute et à la vente durant le week-end, The Life of Pablo (nom finalement retenu par l’artiste pour « le meilleur album de tous les temps », après avoir envisagé Waves, Swish et So Help Me God) a été retiré par l’artiste lui-même. Kanye West a expliqué sur Twitter qu’il souhaitait retravailler l’un des titres de l’album et demandé, par respect pour son œuvre, de ne plus écouter la version actuelle. Pour autant, The Life of Pablo est toujours disponible sur Tidal, plateforme de streaming dont le rappeur est actionnaire.

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Déjà très riche, peut-être trop, The Life of Pablo ressemble à une œuvre surréaliste impossible à réellement « achever ». Kanye West est parti dans un nombre invraisemblable de directions, multipliant les allusions aux grands artistes qu’il admire (tous morts, bien sûr) et les featurings (Frank Ocean, Rihanna, Future, Kid Cudi, Post Malone, Chance the Rapper…)

Comme Bach, Rembrandt et Kubrick avant lui

Kanye West n’est pas le premier artiste à ne pas savoir achever une œuvre. On ne compte plus les tableaux ou les symphonies inachevées. Si Mozart a une bonne excuse pour n’avoir jamais fini son requiem (il est mort), tout comme Gaudi et sa Sagrada Familia, Bach, Schubert ou Tchaïkovski ont travaillé des années sur des pièces sans jamais y mettre une touche finale.

Les méthodes de scanner modernes qui emploient jusqu’à treize longueurs d’onde de lumière ont permis de découvrir les brouillons de nombreux chefs-d’œuvre. Pour sa Joconde, Leonard De Vinci est revenu plusieurs fois sur le chevalet. Mona Lisa a ainsi connu différentes vies. Raphael et Rembrandt étaient aussi coutumiers du fait. Van Gogh, quant à lui, réutilisait des tableaux achevés pour en peindre d’autres.

Sur l’échelle de Bonnard

La rumeur prétend que Pierre Bonnard se rendait parfois en cachette dans les musées qui exposaient ses toiles pour les retoucher encore et encore. D’ailleurs, le fait de retoucher ses œuvres en permanence a pris le nom de « bonnarder ». Au cinéma, Stanley Kubrick est l’exemple le plus célèbre de « bonnardeur ». Découvrant Shining sur grand écran, après sa sortie, le réalisateur décida d’en changer la fin et de supprimer plusieurs séquences. Plusieurs autres réalisateurs, notamment Wong Kar-wai ont l’habitude retravailler leurs films après les avoir présentés en festivals. Et que dire de Steven Spielberg et George Lucas, qui se sont attiré les foudres de leurs fans, en modifiant numériquement E.T. ou Star Wars des années après leur sortie en salle ?

Même les écrits, qui normalement ne s’envolent pas mais restent, subissent parfois la retape de leurs auteurs. Maupassant s’y est repris à trois fois avant d’être satisfait de son Horla. Même score pour D.H. Lawrence et son chef-d’œuvre L’Amant de lady Chatterley. En règle générale, quand il est réimprimé pour cause de succès, un roman est très souvent modifié par son auteur.

Morts prématurément, éternels insatisfaits, opportunistes ou nonchalants, les artistes ont mille et une raisons pour ne jamais « vraiment » achever leurs œuvres. Kanye West a promis que ses ultimes modifications ne lui prendraient pas plus d’une semaine. Rendez-vous dans quelques jours pour connaître le niveau atteint par le rappeur sur l’échelle de Bonnard.

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