L'exposition «Sublime. Les tremblements du monde» est à découvrir au Centre Pompidou-Metz jusqu'au 5 septembre.
L'exposition «Sublime. Les tremblements du monde» est à découvrir au Centre Pompidou-Metz jusqu'au 5 septembre. - A. Demoulin/20 Minutes

Pourquoi les ouragans, tsunamis, tempêtes et autres éruptions volcaniques fascinent-ils ? L’expo « Sublime, les tremblements du monde », jusqu’au 5 septembre au Centre Pompidou-Metz, explore l’ambivalente fascination qu’exerce sur nous la tourmente des éléments. « “Sublime” interroge les discours produits autour des catastrophes climatiques et environnementales, où l’on retrouve à chaque fois le récit du pire comme dans les films catastrophe », commente Hélène Guenin, la commissaire de l’exposition. Visite filmoguidée d’une expo hors normes.

Fan d’« Everest »…

Défier les extrêmes géographiques pour grimper au sommet de l’Everest ne vous fait pas peur ? « Pour beaucoup de gens, “sublime” est juste un superlatif, alors que c’est avant tout une notion esthétique née au XVIIIe siècle qui exprime ce mélange d’effroi et de fascination positive face aux déchaînements de la nature », explique Hélène Guenin. Un concept qui naît au moment des grandes explorations, des abysses aux cimes. Des prises de vues des sommets des Alpes des frères Bisson en 1861 et 1862 au 3440 m de Dove Allouche en passant par les pastels sur peau de récifs coralliens de Zarth Pritchard, la première étape de « l’odyssée au travers notre relation tumultueuse, ravageuse et ravagée à la nature » vous ravira.

Anonyme, Avalanche, milieu XIXe siècle, plaque de lanterne magique Royal Polytechnic (Collection CNC Cinémathèque française/Photo : Stéphane Dabrowski)

Fan de « Lame de fond »…

La tempête vous fait vibrer ? La salle baptisée « Déferlantes » fait dialoguer un des grands maîtres du genre, Turner et son Paysage marin avec tempête qui approche avec l’œuvre de l’artiste conceptuelle anglaise Susan Hiller qui a collecté les cartes postales colorisées de la fin du XIXe siècle, représentant l’impact des vagues sur les côtes britanniques ou encore une encre signée Victor Hugo. « Cette salle consacrée à la mer traduit l’esprit d’un XVIIIe siècle qui cherche une explication de l’origine du monde, dans une grande mer originelle qui aurait façonné les côtes, les montagnes », commente la commissaire.

Joseph Mallord William Turner, Seascape with Storm Coming On (Paysage marin avec tempête qui approche), 1840, huile sur toile. (Tate, London 2015)

Fan du « Pic de Dante »…

Vous vous imaginez chasseur de volcans ? En 1788, le géologue écossais James Hutton lance sa théorie du « plutonisme », qui défend une genèse du monde par le feu, plus précisément par le magma en fusion au centre de la Terre. Au XXe siècle, le couple de vulcanologues, Maurice et Katia Krafft, a observé, photographié et filmé pas moins de 175 éruptions et a réuni une immense collection de peintures volcaniques. « Le XVIIIe siècle est marqué par la découverte des vestiges de Pompéi, la peinture de volcans en éruption devient alors un genre particulièrement prisé », précise la commissaire.

Extrait du documentaire Au rythme de la Terre de Maurice et Katia Krafft.

Fan d’« Armageddon »…

La fin du monde vous fait fantasmer ? La deuxième partie de « Sublime » explore ces récits du Déluge à la craie noire de Léonard de Vinci aux reliques du désastre mis en scène par Laurent Grasso en passant par cette hallucinante compilation des textes sur Les Fins du monde de Dora Garcia. « Pourquoi cette persistance en Occident d’une fascination pour la catastrophe et la disparition ? Du film de Lars von Trier Melancholia qui raconte comment la Terre est percutée par une autre planète à des films comme Le Jour d’après, pourquoi avons-nous envie de nous projeter dans le frisson de l’extinction ? », s’interroge la commissaire.

Extrait du film Melancholia de Lars von Trier.

Fan de « Take Shelter »…

Vous flippez sur l’état dans lequel vous laisserez la planète à vos enfants ? « Aux XVIIIe et XIXe siècles, l’Homme a le fantasme de dominer la nature et d’endiguer ses débordements. Au XXe siècle, l’Homme prend conscience qu’il n’est pas seulement spectateur mais aussi acteur d’une partie de ces débordements », explique la commissaire. L’exposition aborde la notion d’anthropocène, un terme qui désigne l’ère qui a débuté lorsque les activités humaines ont eu un impact global significatif sur l’écosystème terrestre. Une notion qui s’exprime notamment l’œuvre des artistes le Deep Time Closet de Mark Dion, les capsules temporelles de Chen Zen.

Deep Time Closet de Mark Dio, 2001. (A. Demoulin/20 Minutes)

Fan d’« After Earth »…

Vous êtes un activiste écolo ? « La catastrophe, qui est au départ, quelque chose de sensationnel comme le volcan qui explose ou la comète qui menace de tomber, quitte un peu ses formes habituelles pour devenir plus insidieuse avec la pollution, le nucléaire », commente l’experte. Place aux œuvres qui montrent l’impact des ravages de l’activité humaine sur la planète, comme les photographies de Nicolas Garcia Uriburu qui entre 1968 et 1970 a coloré l’eau de l’East River de New York, la Seine à Paris ou encore le Rio de Plata à Buenos Aires pour dénoncer une pollution lancinante ou celles de Peter Goin, qui fut l’un des premiers civils à photographier les sites de tests nucléaires du désert du Nevada en 1991.

La série « Nuclear Landscapes, the Nevada Test Site », The Nevada Museum of Art. (A. Demoulin/20 Minutes)

Fan d’« Elysium »…

Vous êtes persuadés que les générations futures vivront dans une colonie sur Mars ? L’exposition s’achève sur une note d’optimisme avec les alternatives. De nombreux architectes ont imaginé des « réponses à l’après-catastrophe », comme le dôme au-dessus de Manhattan de Richard Buckminster Fuller ou le Village sous-marin de Jacques Rougerie ou les bulles de Zamp Kelp. « Ici, on est à la frontière de la recherche et de la science-fiction », s’enthousiasme la commissaire. Place ensuite aux artistes éco-activistes « qui travaillent avec des scientifiques pour régénérer les sols, réinvestir d’anciens sites industriels », précise Hélène Guenin. « Il fallait s’émanciper des discours de la catastrophe et s’ouvrir sur des pratiques alternatives et des façons de réenchanter le monde. A la fin de l’exposition, l’homme n’est plus dans un rapport de domination, mais dans des actes qui ne laissent pas d’empreinte », conclut la commissaire.

A gauche, le Village sous-marin de Jacques Rougerie, 1973, et à droite, Protected Village de Zamp Kelp, 1970.

 

 

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