Ils racontent quatre fois la même histoire en épousant chacun le point de vue d’un protagoniste différent… Et chacun des quatre romans qui constitue U4 (Ed. Nathan et Syros) trône chaque semaine depuis la rentrée dans les 25 meilleures ventes jeunesse de Livres Hebdo. Un exploit quand on a pour concurrent L’Epreuve, le blockbuster américain du moment (Pocket Jeunesse), le dernier Tara Duncan (XO) ou l’édition spéciale éditée pour les dix ans de Twilight (Hachette). Non, le phénomène ici est à rapprocher du succès l’an dernier (et qui se poursuit cette année encore) de Nos étoiles contraires, ce roman exceptionnel et singulier de John Green (Nathan).

Cette série de quatre romans pour adolescents regroupée sur le nom de code U4 est tout aussi exceptionnelle. Le titre vient du nom d’un filovirus aux effets foudroyants, qui a décimé la population mondiale en quelques jours, ne laissant la vie sauve qu’à quelques milliers d’adolescents entre 15 et 18 ans. L’oeuvre flirte avec le fantastique -il y est question d’épidémie mondiale et de survie dans un monde apocalyptique, mais l’intérêt est ailleurs : dans la crédibilité de personnages -des jeunes gens, deux garçons et deux filles, aux caractères particulièrement fouillés. Normal, direz-vous : ils se sont pris à quatre auteurs pour en définir les contours.

« On s’appelle un peu moins par le nom de nos personnages »

Yves Grevet, Florence Hinckel, Carole Trebor et Vincent Villeminot étaient au salon du livre jeunesse de Montreuil pour rencontrer le public jeudi dernier et ce lundi après-midi. L’occasion de réexpliquer leur démarche et de revenir sur l’accueil qui leur a été fait. Et de se revoir puisqu’à l’instar de leurs personnages, ils ne vivent pas du tout au même endroit. « Depuis la rentrée, on arrive un peu à se détacher, on s’appelle un peu moins par le nom de nos personnages », rigole Vincent Villeminot, la grande barbe de la bande…

Un détachement tout frais, puisque chacun des auteurs a passé deux ans et demi avec son personnage dans un travail d’écriture, avec ses temps morts à attendre celui des autres, parfois long et éprouvant. « Il a fallu apprendre à lâcher prise résume sobrement Yves Grevet. Travailler à quatre impose de faire des concessions sur nos propres personnages et encore plus sur ceux dont on n’avait pas la maîtrise. Les personnages devaient à la fois pouvoir vivre ce qu’on avait prévu nous même, chacun individuellement, et accueillir l’imprévu inventé par les autres. »

Le collectif a fini par l’emporter

« On avait un droit de regard important dans le roman des autres, note Florence Hinckel. iI y avait un risque de voir apparaître des contradictions, ajoue-t-elle, il fallait détricoter et retricoter en permanence. » « C’était aussi une confrontation de styles, c’est dans ce genre de défis qu’on se rend compte qu’on a chacun un style, une façon particulière d’écrire et de raconter les scènes », raconte Carole Trébor. Le tout était de trouver une unité. C’est que les éditeurs de Syros et Nathan, qui ont coédité les quatre livres, ont aidé. « Certains d’entre nous ont dû faire le deuil des fins qu’ils avaient imaginé », souligne Carole Trébor.

Mais avec la même volonté de briser les stéréotypes et d’arpenter le champ des possibles que représente l’adolescence, le collectif a fini par l’emporter. Aujourd’hui qu’ils ont pris un peu de distance, les quatre auteurs sont revenus avec plaisir témoigner de leur expérience au Salon du livre de Montreuil. Redire qu’il n’y a pas d’ordre de lecture, que les quatre livres se répondent et s’enrichissent mutuellement, que celui par lequel on commence est souvent déterminant pour la suite, que les lecteurs se les échangent ou se les offrent entre amis, qu’ils cherchent quasiment toujours dans un deuxième recueil, voire un troisième et même un quatrième des réponses aux questions qu’ils se posaient dans le premier…

Bref, les auteurs de U4 ont réussi leur coup. Mais vu la somme de travail que cela leur a demandé, avec ces « 25 mails de problèmes à résoudre chaque matin », comme le rappelle Vincent Villeminot, il y a de forte chance que ce coup-là reste unique. Mais fort, malgré tout. Et singulier.

 

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