Rentrée littéraire: Les sept raisons de lire «La Septième fonction du langage»

ROMAN Laurent Binet, prix Fnac 2015, livre un hilarant, délirant et foisonnant thriller sémiologique...

Anne Demoulin

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L'écrivain français Laurent Binet, le 8 juillet 2015 à Paris

L'écrivain français Laurent Binet, le 8 juillet 2015 à Paris — Joel Saget AFP

Un objet littéraire non identifié. Le 25 février 1980, le sémiologue Roland Barthes est percuté par une camionnette, alors qu’il vient de déjeuner avec François Mitterrand. Il décède un mois plus tard. Un banal accident ? Dans son roman La Septième fonction du langage (Grasset, 496 pages, 22 euros), Laurent Binet privilégie la thèse du complot. Sept entrées pour se plonger dans cet hilarant, délirant et foisonnant thriller sémiologique.

Un polar à la façon de Sherlock Holmes.

Bayard, commissaire des RG, ancien d’Algérie, inculte, mais malin, est dépêché pour mener l’enquête parmi la crème de l’intelligentsia des années 1980. « Epistémè, mon cul », maugrée le flic. Bayard s’adjoint les services de Simon Herzog, jeune linguiste, pour lui traduire le jargon universitaire. En bon sémiologue, le doctorant interprète les « signes » et devient, dans ce contexte policier, l’alter ego de Sherlock Holmes.

Un hommage au « Nom de la rose »

Comme dans le policier médiéval signé Umberto Eco, la piste se concentre vers un mystérieux manuscrit, aussi convoité que maudit. Ici aussi, l’érudition se mêle au désir. L’auteur italien figure d’ailleurs l’un des protagonistes du roman.

Les codes d’un James Bond.

Au début du roman, une truculente analyse des « chiffres et des lettres dans James Bond », puis, une mystérieuse DS noire, une course-poursuite automobile, des parapluies bulgares, des espions du KGB, une mallette avec des explosifs, des ninjas japonais, une poursuite en bateau dans la lagune de Venise… Laurent Binet s’amuse avec les codes de la saga d’Ian Fleming.

Des combats façon « Fight Club »

Laurent Binet s’est inspiré du Fight Club de Palahniuk et de Fincher pour imaginer une société secrète spécialisée, le Logos Club, où se jouent de terribles joutes rhétoriques, le perdant y laisse au mieux une phalange…

Une introduction à la sémiologie

Mieux que La sémiologie pour les nuls ! Ce roman sera un précieux outil pour vous initier aux textes fondateurs de la discipline, de Saussure à Peirce en passant par Barthes.

Un roman pop sur les années 1980

Avis aux nostalgiques. Le livre nous replonge dans cette époque où l’on buvait du Malibu-orange en se déhanchant sur Gaby oh Gaby de Bashung, où Balavoine faisait passer Mitterrand pour un « vieux », où l’on écoutait Blondie avec un Walkman, et où l’on roulait en R5.

Une satire de l’intelligentsia germanopratine

Binet s’amuse à imaginer Deleuze devant un match de foot, Foucault sous LSD, BHL trés excité à un dîner organisé par Sollers et Kristeva, et un colloque de la French Theory qui vire à l’orgie ! A l’exception de Bourdieu et Lévi-Strauss, le roman réunit toute l’intelligentsia de l’époque de Lacan à Derrida en passant par Jakobson. Loin d’être réservé à un entre soi intello, l’érudition est passée au tamis de la comédie burlesque. Jubilatoire !