Reprenant un argumentaire jadis utilisé par Véronique Genest, Michel Houellebecq a déclaré, à un journal anglais, être islamophobe au sens de « peur de l’islam ». Comme la comédienne à la retraite, l’écrivain a argué de l’étymologie du mot « islamophobie. » Pourtant, l’emploi du suffixe «– phobie » ne signifie pas « peur », comme l’explique Michel Rougier, professeur de grec et auteur d’une étude pour le compte de l’Académie française.

« L’islamophobie n’exprime pas la peur des musulmans mais le rejet, affirme l’helléniste. Le terme phobie, utilisé en suffixe, peut revêtir deux significations. Il peut indiquer la peur, c’est vrai. Mais c’est alors un terme médical. La médecine a fixé certaines pathologies avec le suffixe «– phobie » pour décrire des craintes excessives et irraisonnées qu’il convient de traiter. Mais, en français, les termes non-médicaux associant ce suffixe n’ont pas un sens de crainte. On est alors plus proche du terme grec « phobos » qui évoque un rejet actif. Il indique alors la répulsion, voire la haine. »

« Un mouvement de haine réfléchi »

Depuis la loi sur le mariage pour tous, des opposants s’étaient vantés d’être homophobes. « C’est un contresens, affirme Michel Rougier. Il n’y a pas de pathologie liée à une angoisse provoquée par la fréquentation des homosexuels. L’homophobie est un mouvement de haine, réfléchi, et donc répréhensible. »

Pour le chercheur, l’emploi que la médecine fait du suffixe «– phobie » « a brouillé le sens du terme grec. Il désigne quelque chose que l’on choisit d’appréhender et de considérer comme potentiellement néfaste ou dangereux. »