Trois ans après la sortie fracassante du très cru Une semaine de vacances (2012), qualifié aussi bien de «chef-d’œuvre» que de récit répulsif et racoleur, cette rentrée est plus calme pour l’auteure de l’Inceste (1999).

Si Un amour impossible évoque à nouveau le viol qu’Angot a subi, enfant, par son père, il raconte, pour la première fois, l’histoire de sa mère, et de l’amour qui va la détruire. L’auteure décrit ce père, monstre manipulateur, qui n’a pas voulu la reconnaître, sa mère, qui a tout accepté, et n’a rien vu des viols répétés. C’est aussi l’histoire de l’amour mère-fille si fusionnel au départ qui devient brutalement impossible.

Si ce roman en «réconcilie» plus d’un avec Angot, elle-même plus apaisée, il lui reste des ennemis. Elle évoque encore et encore le même sujet. Pour certains, elle épuise le «filon», vendeur, en prime. D’autres critiquent son image médiatique et les clashs dont elle a l’habitude. Papesse de l’autofiction ou auteure surestimée, les critiques s’écharpent, mais les lecteurs sont là. Flammarion n’a pas tiré Un amour impossible à 25.000 exemplaires par hasard. Pour tous les curieux, et pour les «fans». La parole aux lecteurs: pourquoi lisent-ils Christine Angot ?

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«Evidemment que c’est racoleur»

«Je ne sais pas exactement ce qui attire, s’interroge Nicolas Vivès, de la librairie Ombres Blanches à Toulouse, car on a pourtant l’impression que les clients passent leur temps à nous demander des livres légers… » C’est le fameux pouvoir de l’autofiction, du label «histoire vraie».

«J’ai commencé à la lire très jeune, à l’âge de 15-16 ans», raconte Sophie, professeur d’histoire à Paris de 30 ans. Elle les a presque tous dévorés depuis avec, à chaque fois, «le droit à 5 heures de lecture en plongée». Sophie la lit d’abord par goût pour l’autofiction, sans pour autant «s’être intéressée à elle en dehors de ses livres». Plutôt pour «l’honnêteté, une espèce de mise à nu qui n’impose pas de chercher à savoir si tout est vrai.»

«C’est assez rare, la vraie autofiction. C’est pour ça que je l’aime», confie François, écrivain, qui a tout lu d’elle et la compte parmi ses auteurs favoris, «avec Houellebecq et Jean-Philippe Toussaint». Le sujet de l’inceste ? «Je me fous du sujet. Il m’interpelle très peu. C’est possible qu’elle ait choisi un sujet scabreux intentionnellement. Evidemment, il doit y avoir de vieux vicelards que ça excite… Mais pour moi c’est l’exercice de style. Elle fait son vrai métier d’écrivain: transmettre son émotion au lecteur.»

«Christine Angot a utilisé l’écriture comme moyen de défense. Elle a surtout un courage admirable de livrer ça», poursuit ce lecteur, qui «sépare complètement l’auteur de celle qui va sur les plateaux.»

Fan de Christine Angot, un statut à défendre

Car c’est aussi la personnalité médiatique que beaucoup rejettent. La jugeant trop présente -ce à quoi elle répond: «Il est important de parler à l’ouvrière du textile comme à la journaliste de Libération» - ou très agressive, intolérante à la critique: quand elle quittait le plateau de Thierry Ardisson à l’époque de Tout le monde en parle, ou plus récemment, quand elle s’offusquait des commentaires de Natacha Polony sur La Petite foule (2014), dans On n’est pas couché. Samedi dernier, à nouveau chez Ruquier, apprenant que Houellebecq était également invité, elle aurait selon L’Express menacé de boycotter l’émission. Elle s’est finalement arrangée pour quitter le plateau à son arrivée.

«Heureusement que je ne savais presque rien d’elle avant de lire Un amour impossible», confie Véronique, une fonctionnaire de 52 ans, qui lisait Angot pour la première fois et reste chamboulée par sa lecture. «Son père est une ordure. J’ai avalé le livre il y a quelques semaines, en une journée. J’y pense encore beaucoup».

De son côté, Sophie la suit depuis des années. Elle a vu son image évoluer et Angot devenir «respectable. Ça m’a agacée. Peut-être que j’aimais lire cette auteure non respectée.»

Reste que depuis quinze ans qu’elle la lit, elle n’a «jamais cru qu’il fallait la défendre». «Mais quand les gens me raillent, je demande toujours à mon interlocuteur s’il l’a déjà lue. Et la réponse est toujours "non"».

Une semaine de vacances, Christine Angot, 19 août 2015, 18 euros.