E3 2015: Le coproducteur français de «Shenmue 3» raconte les dessous du revival

JEU VIDEO Cédric Biscay a beaucoup œuvré pour que le projet devienne réalité...

Philippe Berry

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Une image de «Shenmue 3»

Une image de «Shenmue 3» — YU SUZUKI INC

De notre correspondant à Los Angeles,

C'est l'histoire d'un fan qui se retrouve coproducteur d'un jeu attendu depuis près de 15 ans. Sur la page Kickstarter de Shenmue 3, qui a atteint son but de 2 millions de dollars en moins d'une demi-journée, mardi, un Français est listé aux côtés de Yu Suzuki comme coproducteur du projet: Cédric Biscay, via sa société Shibuya Productions. Si son nom est peu connu du grand public, des millions de joueurs peuvent lui dire merci.

Sega conserve la licence

«A la base, j'adore Shenmue. J'ai joué aux deux premiers épisodes en japonais dès leur sortie», confie le producteur à 20 Minutes. Par sa société Shibuya International, qui développe des ponts économiques entre la France et le Japon, il rencontre Yu Suzuki. «Nous avons commencé à parler du projet en 2013 à Monaco puis nous avons échangé à Tokyo et encore San Francisco.» Les deux hommes hésitent d'abord entre deux solutions: une véritable suite ou «quelque chose de moins risqué financièrement. Nous avons finalement choisi la première approche car c'est ce que tout le monde attendait», précise le Français.

Reste à régler le problème Sega. Pendant des années, l'entreprise a refusé de produire une suite de Shenmue, qui s'était soldé par un fiasco financier sur Dreamcast. Mais l'entreprise japonaise ne voulait pas non plus céder les droits de licence, malgré les demandes de Suzuki. Biscay ne livre pas les détails mais indique que «Sega conserve les droits et a accepté le projet actuel ainsi que ses partenaires.»

Sony à la rescousse

Aucun jeu n'avait atteint deux millions de dollars sur Kickstarter aussi vite que Shenmue 3. Mais pour réaliser un blockbuster ambitieux, c'est presque de l'argent de poche. «Evidemment, ce n'est pas suffisant», constate Biscay. Son entreprise, Shibuya Productions, déjà impliquée dans le reboot de l'anime Astroboy, participe au financement. L'autre chevalier blanc s'appelle Sony.

Si le jeu est une exclusivité Playstation 4 (et PC), ce n'est pas par hasard. Sony et Suzuki ont commencé de négocier en 2014 à la Game Developper Conference. Plus que le financement, Kickstarter sert ici à prendre la température en mesurant l'intérêt des fans. «S'ils soutiennent le projet, alors nous allons le réaliser», a expliqué lors de l'événement Playstation Live Gio Corsi, qui supervise les projets de Sony avec des éditeurs-tiers. Le support n'est pas que logistique. Sony confirme à 20 Minutes qu'il y aura «évidemment» un soutien financier.

Le premier Shenmue avait coûté entre 47 millions de dollars (selon Suzuki) et 70 millions (selon Sega). Cette suite devrait pouvoir être réalisée pour moins que ça, alors que le jeu utilise le moteur Unreal Engine et pas une solution maison créée de toute pièce comme le jeu originel. Selon Biscay, Suzuki a déjà une vision «claire» du découpage de l'aventure, qui devra être accessible à tous ceux qui n'avaient pas joué aux deux premiers volets. «Il ne reste plus qu'à le fabriquer et à relever le challenge pour ne pas décevoir les fans», conclut-il. On espère que le résultat final sera meilleur que le film Veronica Mars.

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