Jean Vautrin en 2009
Jean Vautrin en 2009 - ANDERSEN ULF/SIPA

Emporté et généreux, le romancier et scénariste Jean Vautrin, prix Goncourt en 1989 pour « Un grand pas vers le Bon Dieu », est mort mardi à son domicile à Gradignan, près de Bordeaux, à l’âge de 82 ans, a-t-on appris auprès de son agent, Danielle Gain.

Il a été un écrivain populaire, engagé résolument à gauche. Une de ses œuvres phares, adaptée en bande dessinée par Tardi, est le « Cri du peuple » (Casterman), vaste saga sur la Commune de Paris avec Louise Michel en premier plan.

Touche-à-tout, il avait commencé sa carrière par le cinéma sous son véritable nom, Jean Herman. Sorti premier de sa promotion à l’Institut des Hautes études cinématographiques (Idhec), il devient naturellement assistant réalisateur de Roberto Rossellini en 1959, comme Jean Gruault, le scénariste de Truffaut décédé récemment. Lui aussi a travaillé pour Jacques Rivette, ainsi que pour Vincente Minnelli, avant de devenir réalisateur à son tour et diriger cinq longs-métrages, dont le policier Adieu l’ami (1968) avec Alain Delon et Charles Bronson, ou encore Jeff (1969) toujours avec Delon. Il a écrit de nombreux scénarios pour le cinéma ou la télévision.

Du cinéma au polar et à la littérature

La naissance de son fils Julien, autiste, le forcera à interrompre sa carrière de cinéaste car aucune structure n’est alors prête à accueillir son enfant. « On a galéré trois ou quatre ans avec un enfant auquel on ne comprenait pas grand-chose. A l’époque, l’autisme n’était pas très bien connu », a-t-il raconté plus tard. Ses débuts dans la littérature, dans les années 1970, se font par la Série Noire grâce à une rencontre avec Marcel Duhamel. C’est l’époque du néopolar, dont le chef de file est Jean-Patrick Manchette. Vautrin publie « A bulletins rouges », « Billy-Ze-Kick » et se fait remarquer par son écriture nerveuse et rythmée. Dévoreur de vie et de mots, Vautrin trouve le ton juste dans cette littérature en prise directe avec le quotidien où les héros souvent miteux sont confrontés à la misère et la mort. Il revient au polar au début des années 1980 avec « Canicule », un roman noir étouffant qui sera adapté au cinéma par Yves Boisset, puis par Baru en BD.

Le Prix Goncourt en 1989

En 1989, il connaît la consécration en remportant le Goncourt pour Un grand pas vers le Bon Dieu (Grasset), une saga cajun, au cœur de la Louisiane, au début du XXe siècle. Jean Vautrin continuera d’écrire jusqu’au début des années 2000. Sa série, « Les aventures de Boro, reporter photographe », en neuf volumes, écrite en collaboration avec Dan Franck, connaît un grand succès populaire. Comme son ami Tardi, il est autant passionné que dégoûté par la Première guerre mondiale et a écrit une saga en quatre volumes sous le titre « Quatre soldats français ». Il y dénonce l’absurdité de la guerre et glorifie les mutins et les réfractaires.

Au total, il a écrit une trentaine de romans, essais, recueils de nouvelles et de bandes dessinées. Son dernier roman, « Gipsy Blues » (Allary Editions) a été publié l’an dernier. Il rayonnait par sa vitalité, sa générosité et son humanité. « Le goût de Jean Vautrin pour les petites gens, son talent pour mettre en scène et donner des mots à ceux que notre société met de côté est l’un des fils conducteurs de son œuvre, l’une des plus importantes de la littérature française contemporaine », a estimé son éditrice, Nicole Lattès.

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