Illustration émoticone sur l'iPhone, le 5 février 2015.

Illustration émoticone sur l'iPhone, le 5 février 2015.
 - charlotte Gonthier/20 Minutes
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Personne n’a pu échapper à la folie «emojis». Depuis l’an dernier, l’usage de ces émoticônes mignonnes et «cool» a explosé dans nos SMS, e-mails et échanges sur les réseaux sociaux.  Ils sont partout. Même dans les clips de pop stars comme Katy Perry et Gwen Stefani, jusqu’au très sérieux site Internet du journal britannique The Guardian, qui a traduit en emojis et en temps réel le discours de Barack Obama sur l’Etat de l’Union. Ultime preuve que l’on assiste à leur âge d’or, le mot le plus utilisé sur les réseaux sociaux en 2014 était… l’émoji représentant un cœur ♥ .

Pourtant, après la disparition de la messagerie instantanée MSN qui avait popularisé les émoticônes chez les adolescents, plus personne ne semblait les utiliser en ligne. Et nos SMS étaient surtout ponctués de symboles servant à retranscrire une humeur comme celui-ci «:-D». Avec plusieurs linguistes et informaticiens, Rachel Panckhurst, enseignant-chercheur en linguistique-informatique à l’université Paul-Valéry Montpellier 3, a décortiqué plus de 88.000 SMS en 2011. «Parmi 30.000 binettes de type ":)", il y avait très peu d’émoticônes, de l’ordre de 1%», indique-t-elle.

Apple a relancé le phénomène

A l’époque, «les émoticônes étaient souvent associés à un jeune public, avec des adolescents qui envoyaient des dizaines de cœurs à la fin de leurs messages. Elles avaient une image dégradée auprès de certaines personnes», explique Pierre Halté, docteur et chercheur en sciences du langage. Que s’est-il passé depuis pour en arriver à l’ «émojhystérie» qui touche tous les publics aujourd’hui?

A partir de 2011-2012, plusieurs facteurs ont entraîné l’utilisation massive dans nos messages de ces petites «frimousses». Il y a quatre ans, Apple a intégré un nouvel alphabet à ses iPhone: l’emoji, proposé à l'origine au public asiatique très friand de ces émoticônes, est alors devenu accessible aux utilisateurs du monde entier. Depuis, les possesseurs d’iPhone ont à leur disposition plus de 700 emojis très divers et «fun», et Android et Microsoft ont suivi le mouvement.

Résultat: les émoticônes se retrouvent aussi sur Twitter, Facebook et autres réseaux sociaux populaires, de plus en plus consultés sur mobile. Elles sont utilisées principalement pour retranscrire son état d’esprit, lever une ambiguïté ou bien adoucir un propos☺. Pour Vincenzo Susca, maître de conférences en sociologie de l’imaginaire à l’université de Montpellier, l’émoticône est redevenue «cool» lorsque la culture numérique a cessé d’être considérée comme «un truc de geek».

«Donner beaucoup d’informations très rapidement» 

«Il y a aussi eu l’aspect économique, note Rachel Panckhurst. Les SMS sont désormais illimités dans les forfaits. On s’est alors mis à utiliser le SMS comme on utilisait MSN autrefois.» Rich Harris, un des journalistes du Guardian qui a travaillé sur la traduction du discours d’Obama en emojis, renchérit: «Tout le monde communique avec son smartphone aujourd’hui et taper est une corvée. Les émoticônes permettent de donner énormément d’informations très rapidement, ce qui importe beaucoup à l’ère de Twitter.» Il explique également que «le standard Unicode [universel] permet de s’exprimer de la même manière sur différentes plateformes».

Autant de raisons qui incitent Pierre Halté à penser que les émoticônes sont devenues incontournables au-delà de leur côté ludique: «Nos interfaces de communication en ligne imposent d'être spontané, comme à l’oral, mais avec la contrainte de l’écrit.» Ce que permettent parfaitement nos emojis favoris ✌. 

>> Lire notre article: Non, les emojis n’appauvrissent pas la langue française

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