La Carte et le Territoire avait donné le signe d’un apaisement. Une plongée cinglante et jubilatoire dans le milieu de l’art contemporain, à l’écart de la matière inflammable à laquelle Michel Houellebecq avait habitué ses lecteurs. Juste le temps de décrocher le Goncourt, vraisemblablement, car quatre ans plus tard Houellebecq le polémiste déboule à nouveau pour une rentrée fracassante: on ne parle que de lui depuis l’annonce fin décembre du pitch de Soumission (publié mercredi par Flammarion): une France islamisée. De quoi faire écho aux polémiques qui lui collaient à la peau jusqu’en 2010.

La misogynie des «Particules élémentaires»

Quand sort Les Particules élémentaires, Houellebecq s’est déjà fait remarquer quatre ans plus tôt avec Extension du domaine de la lutte, paru en 1994 chez l’éditeur Maurice Nadeau, qui a déjà imposé son univers, cruel et désenchanté. Mais c’est bien son deuxième roman qui marque son explosion, et se vendra à plus de 500.000 exemplaires et dans le monde entier non sans s’entourer de sa première polémique. Chronique de la misère sexuelle et affective autour de celle de ses deux antihéros Michel et Bruno, Les Particules élémentaires est taxé de racisme, d'homophobie, mais surtout de misogynie: les femmes sont bien souvent traitées de «putes» ou «boudins», et résumées à leur caractère «périssable», tandis que le féminisme et l’héritage de mai 68 sont constamment attaqués. Certains libraires refusent de recevoir l’auteur, qui devient dès lors l’«ennemi public» de la littérature française autant haï qu’adulé.

La promotion du tourisme sexuel dans «Plateforme»

Trois ans plus tard paraît Plateforme (Flammarion), où Michel l’auteur et Michel le personnage nous emmènent de Patong Beach à Koh Phi Phi, hauts lieux du tourisme sexuel. Le narrateur Michel participe à la création des clubs de tourisme sexuel Aphrodite et, dès la parution des premiers extraits dans la presse, Michel Houellebecq est accusé de faire ainsi «la promotion du tourisme sexuel». L’écrivain alimente de lui-même la polémique au travers de l’interview qu’il accorde au mensuel Lire avant la sortie du livre, en lançant: «La prostitution, je trouve ça très bien. Ce n’est pas si mal payé comme métier…». Il ne «faut pas lire au premier degré», insiste le spécialiste de Houellebecq, Bruno Viard, interrogé en décembre par l’AFP, évoquant le sujet au cœur de Plateforme: «Le libéralisme sexuel, il déteste, il est très attaché à l'amour romantique. C'est un conservateur dans le domaine des mœurs. Chaque mot doit bien être interprété selon son contexte.»

L’islamophobie dans l'interview à «Lire»

C'est dans cette même interview au magazine Lire que Michel Houellebecq lâche ce qui déclenchera le plus grand scandale, et qui ne cesse d'être rappelé depuis la parution du pitch de Soumission. Il déclare au journaliste: «La religion la plus con, c’est quand même l’islam. Quand on lit le Coran, on est effondré… effondré!» «La Bible au moins c'est très beau parce que les juifs ont un sacré talent littéraire», avait même insisté l'écrivain, remuant le couteau dans la plaie. Il a approfondi son propos à la question suivante: «L’islam est une religion dangereuse, et ce depuis son apparition. Heureusement, il est condamné. D’une part, parce que Dieu n’existe pas, et que même si on est con, on finit par s’en rendre compte […] D’autre part, l’islam est miné de l’intérieur par le capitalisme [...] Le matérialisme est un moindre mal. Ses valeurs sont méprisables, mais quand même moins destructrices, moins cruelles que celles de l’islam.»  Après ces déclarations, plusieurs associations musulmanes ont porté plainte contre l’écrivain pour injure raciale et incitation à la haine religieuse. Michel Houellebecq a finalement été relaxé un an plus tard. Le tribunal avait considéré que la critique d’une religion ne pouvait pas s’apparenter à des propos racistes: «Ecrire que "l'islam est la religion la plus con" ne revient nullement à affirmer ni à sous-entendre que tous les musulmans devraient être ainsi qualifiés.»