«C’est la première fois que je dois prononcer un discours devant une si nombreuse assemblée et j’en éprouve une certaine appréhension.» Patrick Modiano est connu pour sa timidité, son élocution hésitante, ses phrases jamais terminées. Avec son inhibition habituelle, l’écrivain français a prononcé ce dimanche à 17h30 un très beau discours de réception du prix Nobel, retranscrit en intégralité par Le Monde ou BibliObs.

«L’écrivain a une parole hésitante, à cause de son habitude de raturer ses écrits», a expliqué Patrick Modiano, issu d’une génération «où on ne laissait pas parler les enfants». «D’où, sans doute, ce désir d’écrire qui m’a pris, comme beaucoup d’autres, au sortir de l’enfance. Vous espérez que les adultes vous liront. Ils seront obligés ainsi de vous écouter sans vous interrompre et ils sauront une fois pour toutes ce que vous avez sur le cœur.»

Modiano raconte sa perception de la «curieuse activité solitaire que celle d’écrire», «le manque de lucidité et de recul critique d’un romancier vis-à-vis de l’ensemble de ses propres livres» avant de s'appuyer sur ce qui a été dit de son oeuvre («J’ai retenu la phrase suivante: "Il a dévoilé le monde de l’Occupation"») pour mieux l'expliquer, commentant son rapport à la grande ville («C’est en consultant d'anciens annuaires de Paris que j’ai eu envie d’écrire mes premiers livres»), sa sensibilité aux thèmes de la mémoire et de l'oubli. 

La littérature sans la part de secret, entamée par le monde «connecté»

Pour lui qui n'a pas de mail et n'utilise pas son téléphone portable, Internet est lointain. Mais en rien inquiétant pour la littérature, a t-il expliqué: 

«J’appartiens à une génération intermédiaire et je serais curieux de savoir comment les générations suivantes qui sont nées avec l’internet, le portable, les mails et les tweets exprimeront par la littérature ce monde auquel chacun est "connecté" en permanence et où les "réseaux sociaux" entament la part d’intimité et de secret qui était encore notre bien jusqu’à une époque récente –le secret qui donnait de la profondeur aux personnes et pouvait être un grand thème romanesque. Mais je veux rester optimiste concernant l’avenir de la littérature et je suis persuadé que les écrivains du futur assureront la relève comme l’a fait chaque génération depuis Homère…»

Patrick Modiano recevra son prix mercredi à Stockholm des mains du roi de Suède, Carl XVI Gustaf, en même temps que les autres lauréats 2014.