VIDEO. 30 ans du salon: Montreuil veut ériger le livre de jeunesse au rang de 10e art

JEUNESSE Le Salon de Montreuil, qui s’est ouvert ce mercredi matin, fête sa 30e édition… et revendique pour le livre de jeunesse le statut de 10e art...

Stéphane Leblanc

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Le 29e Salon du livre jeunesse de Montreuil (Seine-Saint-Denis), le 26 novembre 2013.

Le 29e Salon du livre jeunesse de Montreuil (Seine-Saint-Denis), le 26 novembre 2013. — V. WARTNER / 20 MINUTES

  • Sylvie Vassallo revendique le statut de 10e art pour faire reconnaître la dimension artistique de la littérature jeunesse.
  • Daniel Pennac fête au salon les 30 ans de «L'oeil du loup», son roman culte pour enfants à partir de 9 ans.
  • Le romancier revient avec humour sur l'émoi provoqué par le livre «Tous à poils».

20.000 visiteurs à la création du Salon du livre de jeunesse de Montreuil en 1985, 162.000 l’an dernier. Et la production est à l’avenant: en 2013, la littérature jeunesse a enregistré 13.000 parutions dont 6.000 nouveautés. Elle touche désormais toutes les tranches d’âge, du nourrisson au jeune adulte. La liberté d’expression est de mise, et les thèmes abordés sont infinis. Depuis la saga Harry Potter, qui a vu ses héros grandir en même temps que ses lecteurs, la littérature jeunesse a mûri. Les romans pour adolescents figurent en tête des ventes. Même quand le sujet pourrait, a priori, rebuter de jeunes lecteurs. Nos étoiles contraires, édité par Nathan Jeunesse, sur l’histoire d’une adolescente atteinte d’un cancer est le best-seller jeunesse de l’année avec 600.000 exemplaires vendus depuis sa parution.

L'album, forte valeur ajoutée

Mais la fierté de l’édition jeunesse, ce sont surtout ses albums, ses auteurs et ses illustrateurs. C’est ce format à forte valeur artistique ajoutée, mis en avant lors de la remise des Pépites chaque année, qui a incité Sylvie Vassallo, la directrice du salon, à revendiquer pour le livre jeunesse le statut de 10e art. «C’est une boutade, prévient-elle, juste une façon de rappeler que si la littérature jeunesse connaît un vrai succès public, elle n’est pas encore reconnue dans sa dimension artistique. Certains la réduisent encore à sa fonction purement éducative ou à sa vocation morale d’origine». Un statut permettrait sans doute «de mieux mesurer la force, mais aussi la fragilité du travail des auteurs et des illustrateurs, qui aujourd'hui sont mieux reconnus en Belgique ou l’Allemagne qu’en France».

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Lui aussi fête ses 30 ans: Daniel Pennac. Pas l’écrivain, mais l’une de ses œuvres les plus célèbres : L’œil du loup, qui s’adressait à l’époque, et encore aujourd’hui, aux enfants à partir de 9 ans. Le romancier assistait ce mercredi à la représentation d’une adaptation de son roman. «30 ans, c’est incroyable, c’est scandaleux. Faut-il que je sois discret pour ne pas avoir vu tout ce temps passer…», s’est-il confié à 20Minutes.

Sur les thèmes multiples de la cruauté de l’homme, du déracinement et de l’intégration, de l’amitié aussi, Daniel Pennac raconte dans ce roman le face-à-face, prolongé et apparemment muet, entre un vieux loup d'Alaska borgne et un enfant africain, de part et d'autre de la grille d'un zoo. «On pourrait croire à un conte, mais le point de départ est très réaliste, raconte l'écrivain: Je passais chaque matin et chaque soir devant la cage des loups du Jardin des plantes. Mais un jour, la louve a disparu. Elle était morte et j’ai vu le loup tourner inlassablement en rond. Il se laisse mourir m’expliqua le gardien, dont la bienveillance attentive m'inspira le personnage du garçon africain du livre.»

Lecteur à part entière

Sans cesse réédité depuis 30 ans, L'œil du loup marqua la littérature jeunesse. Avec modestie, Pennac préfère dater des années 1960 le fait de considérer l’enfant comme un «lecteur à part entière et même un interlocuteur». Ce fan des romans de Roald Dahl (Charlie et la chocolaterie ou James et la pêche géante) n’a pas attendu la saga Harry Potter pour savoir qu’«un bon livre pour enfants doit aussi passionner ses parents». Pour ceux-là, il conseille de partager la lecture en famille.

Daniel Pennac sait qu'il existe aussi «des bouquins qui nous cassent les pieds et qu'ils adorent». Il n'en cite aucun, mais quand on le lance sur la polémique qui entoura Tous à poils, l’écrivain, qui «ne se place pas dans la théorie des genres», mais croit au principe de «l’égalité absolue entre les garçons et les filles d’une même famille», sourit. «Je ne sais pas comment Jean-François Copé est tombé sur ce livre, mais ça lui apprendra à vouloir se faire mousser sur le dos de la littérature jeunesse. Son indignation n’a eu qu’un effet : multiplier par 100 les ventes du livre».

 

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