Le 26 novembre 1974, Simone Veil tenait un discours historique pour défendre sa loi légalisant l'avortement à la tribune de l'Assemblée nationale. Quarante ans plus tard, Colombe Schneck s’apprête à publier un livre (à paraître en janvier prochain chez Grasset) dans lequel elle se livre sur son avortement un mois avant de passer le bac. Trois questions à la journaliste et romancière.

Est-ce que l’on peut dire que les 40 ans de la loi Veil ont une résonance particulière pour vous?

Oui. D’un point de vue intime d’abord, car j’ai avorté quand j’avais 17 ans. Dans mon livre à venir, Dix-sept ans, je raconte les circonstances de cet avortement. Cet enfant qui n’est pas né est resté comme un absent pendant très longtemps à côté de moi. Et d’un point de vue politique aussi, parce qu’on donnait pour la première fois une très grande liberté, douloureuse mais fondamentale, aux femmes. On a un peu oublié l’importance du combat de Simone Veil, la façon dont elle s’est battue contre son propre camp. Quand vous voyez les images aujourd’hui, elle est d’une dignité! C’est impressionnant.

Pourquoi avoir choisi de vous livrer sur votre avortement?

Il y a eu un débat important en début d’année autour du projet de loi pour l’égalité hommes-femmes [qui contient entre autres des dispositions renforçant le droit à l’avortement]. François Fillon [ancien Premier ministre et député UMP] avait déclaré: «En choisissant de réécrire la loi de 1975 sur l’IVG, le gouvernement (…) risque de "banaliser" l’avortement.»  J’avais trouvé ça horrible. L’avortement n’est jamais banal et confortable. Ça vous hante toute votre vie. C’est quelque chose de douloureux. Je me suis dit: «De quel droit François Fillon me dit ce que je dois faire de mon corps?» Mon livre est une réponse à François Fillon et à l’UMP.

Etes-vous inquiète concernant le droit à l’avortement en France aujourd’hui?

Le droit à l’avortement a été menacé en Espagne et aux Etats-Unis. En France, c’est difficile d’avorter aujourd’hui. Rien n’est jamais acquis pour les femmes. J’ai aussi eu envie d’écrire Dix-sept ans après avoir lu une interview qu'Annie Ernaux avait donnée à L’Humanité l’an dernier, sur l’avortement clandestin qu’elle avait subi en 1964. Elle dit que si les femmes ne disent pas qu’elles ont avorté, elles prennent le risque que ce droit disparaisse. Les propos de la romancière m’ont marquée.